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La Thaïlande appelée à ne pas livrer 26 Karens à la junte birmane

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Véhicule de police au poste-frontière entre la Thaïlande et la Birmanie

La Thaïlande est appelée à suspendre l’expulsion de 26 villageois karens vers la Birmanie, où ils pourraient être exposés à de graves dangers.

Parmi les personnes détenues à Bangkok figurent des enfants et des femmes enceintes, selon l’Association des parlementaires de l’ASEAN pour les droits de l’homme (APHR).

26 villageois karens menacés d’expulsion vers la Birmanie

Logo de l’Association des parlementaires de l’ASEAN pour les droits de l’homme (APHR)

L’Association des parlementaires de l’ASEAN pour les droits de l’homme (APHR) appelle la Thaïlande à suspendre l’expulsion des 26 villageois karens vers la Birmanie. Illustration : InfoQuest

Dans un communiqué publié jeudi 20 août, l’APHR a appelé le gouvernement thaïlandais à suspendre immédiatement l’expulsion de 26 villageois de l’ethnie karen vers la Birmanie et à les libérer du centre de rétention de l’immigration.

L’organisation avertit que leur retour forcé pourrait constituer un refoulement et les exposer à des persécutions ou à des menaces pour leur vie.

L’affaire remonte au 10 août, lorsqu’une opération conjointe de l’armée thaïlandaise, d’agents forestiers et de responsables locaux a été menée dans le village de Ban Pa Deng, situé dans le parc national de Kaeng Krachan, dans la province de Phetchaburi.

L’opération visait des habitants ne disposant pas de documents attestant de la citoyenneté thaïlandaise.

Huit enfants et deux femmes enceintes parmi les personnes arrêtées

Au total, 28 villageois ont été arrêtés, parmi lesquels huit enfants et deux femmes enceintes.

Deux personnes ont ensuite été libérées après vérification de leurs documents d’état civil.

Les 26 autres ont été transférés au centre de détention de l’immigration de Suan Phlu, à Bangkok, en vue de poursuites judiciaires et d’une expulsion imminente vers la Birmanie.

Selon l’APHR, au moins dix villageois ayant fait l’objet d’une précédente expulsion de Ban Pa Deng, environ deux mois auparavant, sont toujours portés disparus.

L’APHR invoque le principe de non-refoulement

L’APHR se fait l’écho des inquiétudes exprimées par Human Rights Watch et estime que le renvoi de ces villageois vers la Birmanie constituerait une violation des obligations de la Thaïlande.

L’organisation cite notamment le principe de non-refoulement du droit international coutumier, la Convention des Nations unies contre la torture ainsi que la loi thaïlandaise sur la prévention et la répression de la torture et des disparitions forcées.

Ces dispositions interdisent le renvoi forcé d’une personne vers un territoire où elle risque d’être persécutée ou où sa vie pourrait être menacée.

L’APHR évoque également le risque de conscription forcée sous le régime militaire birman.

« Il s’agit de 26 personnes, dont des enfants et des femmes enceintes, qui ont déjà tout perdu une première fois. Les renvoyer est une décision qui pourrait coûter des vies, et la Thaïlande devra en assumer la responsabilité », a déclaré Mercy Chriesty Barends, présidente de l’APHR et députée à la Chambre des représentants d’Indonésie.

La politique thaïlandaise envers la junte birmane critiquée

Anutin Charnvirakul accueille Min Aung Hlaing lors de sa visite en Thaïlande

Le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul accueille Min Aung Hlaing, chef du régime militaire birman, avec une garde d’honneur lors de sa visite en Thaïlande le 6 août 2026. Photo : PPIB

L’APHR replace cette affaire dans le contexte du rapprochement de Bangkok avec le régime militaire birman dirigé par Min Aung Hlaing.

Selon l’organisation, quelques semaines auparavant, Bangkok avait réservé un accueil triomphal au chef de la junte et les autorités thaïlandaises s’étaient engagées à contribuer à la réintégration de son régime au sein de l’ASEAN.

L’APHR souligne que les autorités thaïlandaises s’apprêtent désormais à renvoyer des civils birmans vers le régime militaire qu’ils ont fui.

« On ne peut pas accueillir un mois plus tôt le chef de guerre responsable de ces déplacements, puis, le mois suivant, expulser ses victimes pour les livrer entre ses mains. La crédibilité de la Thaïlande concernant le Myanmar dépend de ce qu’elle fait dans ses propres centres de détention, et pas seulement de ce qu’elle déclare lors des réunions de l’ASEAN », a déclaré Kasit Piromya, membre du conseil d’administration de l’APHR et ancien ministre thaïlandais des Affaires étrangères.

Cette affaire rappelle une précédente expulsion controversée de ressortissants birmans par la Thaïlande.

En avril 2023, trois combattants opposés à la junte avaient été arrêtés en Thaïlande alors qu’ils cherchaient à obtenir des soins médicaux, avant d’être renvoyés de l’autre côté de la frontière et remis à une force karen alliée au régime militaire birman.

L’un d’eux avait ensuite été tué par balle, tandis que le sort des deux autres restait incertain.

Voir : La Thaïlande livre 3 combattants anti-junte à la Birmanie, les condamnant au pire

Un dossier sensible avant un examen de l’ONU

Le bilan de la Thaïlande en matière de droits de l’homme doit être présenté en novembre dans le cadre de l’Examen périodique universel (EPU) du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

Pour l’APHR, cette affaire constituera un test direct de l’engagement de Bangkok en matière de protection des droits humains.

Trois demandes adressées au gouvernement thaïlandais

L’APHR demande aux autorités thaïlandaises de mettre immédiatement fin à l’expulsion des 26 villageois et de les libérer du centre de rétention de l’immigration.

L’organisation réclame également la mise en place d’un mécanisme légal et individualisé permettant d’identifier les besoins de protection de chaque personne avant toute expulsion vers la Birmanie.

Enfin, elle demande à la Thaïlande de démontrer, avant l’examen de son bilan par l’ONU en novembre, que son engagement régional concernant la Birmanie s’accompagne de garanties concrètes de protection pour les personnes se trouvant déjà à l’intérieur de ses frontières.

Voir aussi :


Source : ASEAN Parliamentarians for Human Rights (APHR)

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