La Thaïlande profitera de la visite du président birman, Min Aung Hlaing, pour réclamer une coopération sur la pollution toxique des rivières.
Bangkok souhaite également aborder d’autres dossiers sensibles, notamment les brûlis agricoles transfrontaliers, les réseaux d’escroquerie et la lutte contre le trafic de drogue.
La rivière Kok au cœur d’une pollution qui touche plusieurs cours d’eau

Des agents du Bureau de la santé publique de Chiang Mai et du Bureau de contrôle de l’environnement et de la pollution de Chiang Mai prélèvent des échantillons d’eau de la rivière Kok pour les analyser en avril 2025. Photo : Panumet Tanraksa
S’exprimant à Chon Buri à son retour d’une visite officielle en Chine, le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul a annoncé le mercredi 22 juillet que la contamination de la rivière Kok figurerait parmi les principaux sujets abordés avec le dirigeant de la Birmanie, Min Aung Hlaing.
Ce dernier doit effectuer une visite officielle en Thaïlande les 3 et 4 août.
Selon Anutin, la Thaïlande entend demander directement la coopération des autorités birmanes afin de trouver une solution à ce problème environnemental qui affecte les deux pays.
« Cette question entre pays voisins doit d’abord être discutée et résolue entre nous », a déclaré le Premier ministre thaïlandais.
Il a souligné que cette rencontre ne se limiterait pas à une simple visite protocolaire.
« Il ne s’agira pas simplement d’une visite comprenant un banquet ou une inspection de la garde d’honneur », a-t-il affirmé.
« Nous mènerons des discussions de fond sur des questions qui profitent aux deux pays », a-t-il ajouté.
La rivière Kok prend sa source dans l’État Shan, en Birmanie, avant de traverser la province thaïlandaise de Chiang Rai.
Cette situation rend toute solution dépendante d’une coopération entre Bangkok et Naypyidaw.
Des taux inquiétants d’arsenic et de métaux lourds

Apichit Panwichai, un résident de la province de Chiang Rai, montre une tortue morte sur les berges de la rivière Kok.
L’inquiétude grandit en Thaïlande depuis plusieurs mois après la détection répétée de niveaux élevés d’arsenic et d’autres métaux lourds dans les eaux des rivières Kok, Sai, Ruak et du fleuve Mékong.
Des chercheurs, organisations environnementales et représentants de la société civile estiment que cette pollution est liée à des activités minières d’or et de terres rares menées en amont en Birmanie.
Plusieurs de ces exploitations sont soutenues par des investisseurs chinois.
Face à ces préoccupations, le gouvernement thaïlandais affirme suivre de près l’évolution de la situation et poursuivre la surveillance de la qualité de l’eau.
Anutin a également indiqué que le ministre birman des Affaires étrangères, Tin Maung Swe, avait déjà été informé des préoccupations de la Thaïlande lors d’une rencontre organisée la semaine dernière en préparation de cette visite officielle.
Des manifestations contre la Chine organisées en Thaïlande

Des manifestants portant des masques de Xi Jinping protestent devant l’ambassade de Chine à Bangkok contre la pollution à l’arsenic des affluents du Mékong, qu’ils attribuent à des activités minières en Birmanie financées par des investisseurs chinois. Photo : AP/Sakchai Lalit
La question a donné lieu à plusieurs mobilisations publiques ces dernières semaines.
Le 6 juillet, des associations environnementales et des habitants du nord de la Thaïlande ont manifesté devant le consulat général de Chine à Chiang Mai afin de dénoncer ce qu’ils considèrent comme une pollution transfrontalière liée aux activités minières en Birmanie.
Voir : Pollution à l’arsenic en Thaïlande : la colère monte contre la Chine
Deux jours plus tard, d’autres militants se sont rassemblés devant l’ambassade de Chine à Bangkok.
Ils ont demandé à Pékin de contribuer à la résolution des impacts environnementaux attribués aux projets miniers soutenus par des investisseurs chinois et de mieux protéger les communautés vivant le long des rivières Kok, Sai, Ruak et du Mékong.
Voir : La ruée chinoise sur les terres rares en Birmanie empoisonne la Thaïlande
Mais la Chine, qui pourrait faire pression sur ses entreprises qui exploitent ces mines, s’est contentée de répondre que la Thaïlande et la Birmanie devaient lancer une enquête conjointe afin d’identifier les responsables et de traiter cette pollution de manière appropriée.
Voir : Après la colère en Thaïlande, la Chine réagit à la pollution à l’arsenic
Le problème, c’est que plusieurs de ces mines se trouvent dans des zones que le régime birman ne contrôle pas et qui sont tenues par des groupes ethniques armés protégés ou sous l’influence de la Chine.
Comme les Red Wa, une armée ethnique dominante du nord, qui protègent les intérêts de la Chine en Birmanie.
Voir : Les Red Wa intoxiquent la Thaïlande : drogue et pollution à l’arsenic
Brûlis agricoles, escroqueries et drogue également au programme

Des militaires thaïlandais posent devant les sacs contenant des pilules de méthamphétamines saisies à la frontière avec la Birmanie, en décembre 2023. Photo : Armée royale thaïlandaise
Outre la pollution de la rivière Kok, Anutin a indiqué que les discussions avec le dirigeant birman porteront également sur plusieurs autres problèmes transfrontaliers.
Parmi eux figurent les brûlis agricoles, régulièrement accusés de contribuer au brouillard de pollution qui touche le nord de la Thaïlande, ainsi que les efforts visant à lutter contre la production et le trafic de stupéfiants dans les régions frontalières.
Les deux parties devraient également évoquer les réseaux de criminalité transnationale et les centres d’escroquerie en ligne qui continuent de poser des problèmes de sécurité dans la région.
Voir : Thaïlande : nouveau kidnapping de Chinois par les centres d’appel birmans
Le Premier ministre a expliqué que ces questions environnementales figuraient également parmi les thèmes abordés lors de son récent déplacement en Chine.
Il y a notamment discuté de développement économique vert, d’énergies propres et de réduction des émissions de gaz à effet de serre avec les dirigeants chinois.
La Thaïlande maintient le dialogue avec la Birmanie
Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN à Manille, le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a expliqué que la prochaine visite de Min Aung Hlaing s’inscrivait dans une « approche à deux volets ».
Selon lui, Bangkok doit à la fois traiter des problèmes bilatéraux urgents, notamment la criminalité transnationale, les réseaux d’escroquerie et le trafic de drogue, tout en poursuivant les efforts diplomatiques engagés dans le cadre du plan de paix en cinq points de l’ASEAN.
Le ministre a souligné que cette coopération ne signifiait pas un abandon des objectifs fixés par l’organisation régionale concernant la crise politique birmane.
La Birmanie reste membre de l’ASEAN mais est exclue des principales réunions du bloc depuis le coup d’État militaire de 2021.
À Manille, le pays était représenté par son secrétaire permanent aux Affaires étrangères.
Sihasak a également appelé les pays de l’ASEAN à adopter une approche pragmatique pour évaluer les progrès de la situation en Birmanie.
Il a notamment évoqué la possibilité pour l’envoyé spécial de l’ASEAN de rencontrer Aung San Suu Kyi ou une réduction des violences le long de la frontière thaïlando-birmane comme des signes d’amélioration.
« Il faut être réaliste », a-t-il déclaré, estimant que les progrès ne pourraient se faire que progressivement.
Une visite diplomatique très attendue
Pour Bangkok, cette rencontre représente une occasion rare d’aborder directement plusieurs dossiers sensibles affectant les populations vivant le long de la frontière commune.
La pollution à l’arsenic qui touche plusieurs rivières du nord de la Thaïlande ainsi que le Mékong figure désormais parmi les principales préoccupations environnementales de la région.
Voir aussi :
- Pollution à l’arsenic en Thaïlande : inquiétante découverte dans le Mékong
- Thaïlande : augmentation inquiétante des niveaux d’arsenic dans le Mékong
- Nord Thaïlande : les enfants empoisonnés à l’arsenic par les mines birmanes
- Thaïlande : l’impact dévastateur de l’arsenic qui pollue les rivières du nord
Source : Bangkok Post, Thai PBS World
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