L’un des hommes recherchés par la police après le meurtre d’un opposant franco-cambodgien à Bangkok est le frère d’un politicien cambodgien.
Après le meurtre du politicien cambodgien, le tireur a été arrêté par la police cambodgienne et a été extradé en Thaïlande, et l’on pensait à tort qu’il serait difficile de retrouver les commanditaires.
Voir : Thaïlande : le tueur du politicien franco-cambodgien a été payé 1 686 euros
L’un des autres principaux suspects, un Cambodgien de forte corpulence, arrivé à Bangkok dans le même bus que M. Lim Kimya, et qui avait fait le guet et désigné la victime au tueur, avait été identifié comme Kimsrin Pich.
Il s’était enfui au Cambodge peu après le crime.
Il vient d’être identifié comme le frère d’un politicien bien connu qui s’était déjà attaqué au parti politique de la victime.
La victime, M. Kimya, était membre du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), un groupe d’opposition populaire qui a été dissous par un tribunal en raison d’un présumé complot de trahison avant les élections de 2018.
L’homme politique cambodgien, frère du suspect, qui pourrait donc être le commanditaire du meurtre, est celui-là même qui avait entamé des procédures judiciaires qui ont conduit à la dissolution du CNRP en 2017, selon Radio Free Asia (RFA).
Des images de vidéosurveillance montrent celui que la police thaïlandaise pense être Pich Kimsrin sur les lieux du meurtre, mais on ignore où il se trouve actuellement et on ne sait pas si les autorités cambodgiennes ont ouvert une enquête à son sujet.
Les autorités cambodgiennes ont déclaré à RFA qu’elles n’enquêteraient sur cette affaire qu’à la demande de leurs homologues thaïlandais.
Une bien curieuse manière de réagir après ces révélations, mais il faut se souvenir que ce sont des personnes proches du pouvoir et que, comme avec les politiciens qui seraient liés aux escrocs des centres d’appels, ils sont souvent protégés par les autorités.
Voir : L’industrie de la cyber-escroquerie se développe au vu et au su de tous au Cambodge
Le tireur, Ekaluck Paenoi, un ancien marine thaïlandais, a été arrêté mercredi dans la province cambodgienne de Battambang et a été extradé vers la Thaïlande samedi où il a avoué le meurtre.

Ekkalak Phaenoi est emmené du poste de contrôle frontalier de Khlong Luek dans la province de Sa Kaeo à Bangkok le samedi 11 janvier 2024. Photo : Police thaïlandaise
Un examen des informations accessibles au public par RFA révèle que Pich Kimsrin était le chef adjoint de l’administration gérant le marché Phsar Kandal à Phnom Penh, selon un message depuis supprimé sur la page Facebook du marché.
L’un des comptes Facebook de Pich Kimsrin montre qu’il a commencé sa carrière en tant que journaliste pour un média pro-gouvernemental appelé Fast News Daily, où il écrivait des articles sur le sport et le divertissement qui ont depuis été supprimés du site d’information.
La page Facebook de Pich Kimsrin affichait des articles provenant du compte Facebook du Fast News Daily, des articles sur l’actualité à Phnom Penh, ainsi que des photos de sa propre carte de presse.
Cependant, ce sont ses liens familiaux apparents qui révèlent qu’il est lié à un parti qui a longtemps eu le CNRP dans sa ligne de mire.
Les informations obtenues par RFA et un balayage des médias sociaux montrent de multiples liens entre Pich Kimsrin et Pich Sros, qui est le président du Parti de la jeunesse cambodgienne, ou CYP.
L’acte de naissance de Pich Kimsrin, que RFA a obtenu, mais qui ne peut être vérifié de manière indépendante et qui a été largement diffusé sur Internet, mentionne « Pich Neng » et « Sieng Chinlai » comme ses parents et Kampong Cham comme sa province de naissance.

Photos et vidéos de Kimsrin Pich, l’homme qui accompagnait le tueur et qui lui a désigné la victime avant le meurtre à Bangkok.
Les mêmes parents et le même lieu de naissance figurent sur un certificat universitaire de Pich Sros publié par Fast News Daily.
Sur une photo prise en 2015 lors d’un mariage et publiée sur la page Facebook de leur père, le jeune Pich Kimsrin est assis au centre, à côté des genoux de Pich Neng, entouré de membres de la famille bien placés.
Beaucoup sont liés au CYP de Pich Sros ou travaillent pour des organisations affiliées au gouvernement, comme la Croix-Rouge cambodgienne, une organisation d’aide dirigée par l’ancienne première dame Bun Rany qui avait été critiquée par Lim Kimya, entre autres, pour sa politisation.
Pich Sros, le président du CYP dont la candidature en 2017 a entraîné la dissolution du parti d’opposition cambodgien, sourit à l’arrière.
La mariée, Yi Ratha, et le marié, Pich Kim Sreang, étaient tous deux candidats aux élections de 2023 pour le CYP, tout comme un autre membre du groupe de portraits, Chhuon Limhuot.
Pich Sithan, qui se tient devant Pich Sros en tenant la main d’un bébé, est apparu comme candidat du CYP pour les élections communales tenues un an plus tôt, en 2022.
Au fil des ans, la plupart des membres de la famille figurant sur la photo ont été photographiés avec Pich Kimsrin, a constaté RFA en consultant les médias sociaux.
Cependant, lorsque la nouvelle de son implication présumée dans le meurtre a été rendue publique, les membres de la famille, dont Pich Kim Sreang, Chhuon Limhuot, Lou Leangseng et Suos Sokna, ont commencé l’un après l’autre à verrouiller leurs comptes.
Fast News Daily, où Pich Kimsrin travaillait en tant que jeune journaliste, semble également lié à Pich Sros et à son parti.
Selon le ministère du Commerce, ce média est enregistré auprès de la société Kehaktompor Fast News Daily, qui ne compte qu’un seul directeur, Keo Chan Sophara.
Le nom de Keo Chan Sophara figure sur la liste des candidats du Parti de la jeunesse cambodgienne pour Svay Rieng en 2018, selon le site en ligne Sabay, et comme candidat du parti au conseil municipal de Phnom Penh en 2022, selon le portail en ligne de la Commission électorale nationale du Cambodge.
Fondé en 2015 par Pich Sros, le Parti de la jeunesse cambodgienne est l’un des nombreux petits partis politiques cambodgiens dont les noms sont peu connus à l’extérieur du pays.
Bien qu’il n’ait recueilli que 1 % des voix lors du dernier scrutin, le parti a joué un rôle important dans l’histoire politique récente du pays.
Après l’arrestation à minuit de Kem Sokha, l’ancien président du CNRP qui a ensuite été condamné à 27 ans de prison pour trahison, M. Sros et son parti ont été les premiers à déposer une plainte auprès de la Cour suprême du Cambodge en septembre 2017 pour demander la dissolution du parti.
Deux mois plus tard, le CNRP a été dissous par la Cour suprême et 118 membres du parti ont été interdits de politique pendant cinq ans.
Comment les dirigeants cambodgiens vont-ils réagir maintenant que ces faits ont été révélés dans les médias étrangers ?
C’est la grande question.
Voir aussi :
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Source : Thai PBS News
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2 commentaires
Bon, ben voilà… Comme c’était prévisible, le meurtre de cet opposant politique au gouvernement cambodgien et au parti qui en assure le fonctionnement, la Présidence et le poste de Premier Ministre, respectivement par Hun Sen (le père et ancien premier ministre) et Hun Manet (le fils et premier ministre actuel) est étroitement lié au pouvoir cambodgien en place.
De ce fait, je doute fort que, même dans le cas où les autorités thaïlandaises demanderaient à leurs homologues cambodgiens d’ouvrir une instruction pour déterminer le rôle d’intermédiaire joué par Pich Kimsrin et son inculpation comme complice du meurtre, « sous-commanditaire » supposé dans cette affaire criminelle, lié lui-même à à Pich Sros et à son parti, que cette enquête à la demande de la police thaïlandaise aboutisse à des conclusions satisfaisantes en allant au bout des investigations, toute la famille de Pich Sros étant elle-même mêlé, semble-t-il à cette affaire…
Bref, un fameux sac de nœuds.
Encore faudrait-il que la police thaïlandaise fasse cette demande d’enquête, ce qui est loin d’être certain, car en fin de compte, elle a récupéré (ou plutôt, la police cambodgienne lui a « offert ») le meurtrier sur un plateau, ce qui, dans le fond, est le plus important pour la police et l’appareil judiciaire thaïlandais…
Alors, pourquoi aller chercher plus loin, le reste étant de la vaisselle sale cambodgienne à laver en famille, surtout que notre Thaksin national ne va certainement appuyer cette demande qui pourrait mettre dans l’embarras, son grand ami cambodgien Hun Sen, qui doit être très heureux qu’un opposant notoire au pouvoir de son fils Premier Ministre, soit hors d’état de nuire pour son avenir politique, tout en lançant sous la couverture, un avertissement à tous ceux qui seraient tenter de se lancer dans une opposition politique suicidaire…
On va voir si la note rouge d’Interpol à son sujet va faire effet ou pas…