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Thaïlande : la colère contre le FMI et la Banque mondiale éclate à Bangkok

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Manifestants opposés au FMI et à la Banque mondiale face à un important dispositif policier à Bangkok

Des centaines de personnes ont manifesté à Bangkok les 15 et 16 octobre 2026 contre les politiques du FMI et de la Banque mondiale.

Agriculteurs et militants dénoncent l’influence des deux institutions sur les pays en développement et réclament des politiques économiques plus favorables aux populations.

La police a déployé des barrages et des conteneurs métalliques pour les empêcher d’approcher du sommet international.

Voir : La Thaïlande accueille le sommet FMI-Banque mondiale à Bangkok

Pourquoi les manifestants s’opposent au FMI et à la Banque mondiale

Manifestants opposés au FMI et à la Banque mondiale à Bangkok, avec des drapeaux verts et des banderoles dénonçant les deux institutions

Des manifestants dénoncent les politiques du FMI et de la Banque mondiale lors d’un rassemblement à Bangkok en octobre 2026. Photo : Khaosod

Des agriculteurs et des militants thaïlandais et étrangers se sont mobilisés dans la capitale à l’occasion des assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, organisées du 12 au 18 octobre 2026.

Ces réunions se tiennent au Centre national de conventions Reine Sirikit, où sont réunis des responsables financiers, des représentants gouvernementaux et des dirigeants économiques du monde entier.

À l’origine de la mobilisation figure notamment l’Assemblée des pauvres (Assembly of the Poor), membre du mouvement paysan international La Via Campesina.

Selon Paitoon Kaewsod, l’un des responsables de l’Assemblée des pauvres, le mouvement vise à dénoncer l’ingérence des deux institutions dans les affaires intérieures des pays en développement, à travers leur puissance financière.

Les organisations participantes leur reprochent de favoriser les grandes entreprises au détriment des agriculteurs, des travailleurs et des populations défavorisées.

Elles les accusent également de porter atteinte à la démocratie et à la souveraineté alimentaire, et de perpétuer une forme de néocolonialisme.

Premières manifestations et tensions avec la police le 15 octobre

Altercation entre policiers et manifestants sur une passerelle piétonne à Bangkok, lors des protestations contre le FMI et la Banque mondiale

Une altercation oppose des policiers et des manifestants sur une passerelle piétonne à Bangkok, le 15 octobre 2026. Photo : Khaosod

La mobilisation a débuté le jeudi 15 octobre, alors que les assemblées annuelles se poursuivaient dans la capitale.

Les protestataires ont tenté de se rapprocher du centre de conférences pour faire entendre leurs revendications, mais leur progression a été arrêtée par les forces de l’ordre près du carrefour de Khlong Toei.

Des incidents ont opposé policiers et manifestants, faisant plusieurs blessés légers parmi ces derniers.

Dans une tribune publiée le lendemain par Khaosod English, le journaliste Pravit Rojanaphruk accuse la police d’avoir frappé des protestataires au cours de cette première journée.

Il écrit :

« La police thaïlandaise craignait probablement qu’aucun journaliste ne se présente pour couvrir les manifestations contre les réunions du FMI et de la Banque mondiale.

C’est pourquoi elle a frappé les manifestants jeudi à Bangkok.

Aujourd’hui, les journalistes sont venus en masse.

Cela me rappelle le dicton thaïlandais : “Stupide, mais travailleur”. »

La nouvelle de ces heurts s’est rapidement propagée sur les réseaux sociaux, suscitant de nombreuses réactions.

Malgré ce premier blocage, les organisateurs ont maintenu leur mobilisation pour le lendemain.

Le 16 octobre, des conteneurs pour bloquer les manifestants

Conteneurs métalliques installés sur une route de Bangkok pour empêcher les manifestants contre le FMI et la Banque mondiale d'accéder au sommet

Des conteneurs métalliques bloquent une route de Bangkok, le 16 octobre 2026, pour empêcher les manifestants opposés au FMI et à la Banque mondiale d’approcher du centre de conférences. Photo : Khaosod

Vendredi matin, les participants se sont rassemblés dès 8 heures à l’entrée du parc Lumphini, face au commissariat du même nom.

Le cortège souhaitait rejoindre le Centre national de conventions Reine Sirikit pour y remettre une pétition.

Mais les autorités avaient renforcé leur dispositif de sécurité.

Des conteneurs métalliques ont été installés des deux côtés de la route Ratchadaphisek pour barrer les accès au centre de conférences.

La police a d’abord bloqué les manifestants au carrefour Rama IV.

Le cortège a alors emprunté un autre itinéraire, passant par Ploenchit pour se diriger vers Asok.

Les protestataires ont finalement été stoppés au carrefour d’Asok, à proximité du lieu des réunions.

Une portion de la route Ratchadaphisek, entre les carrefours d’Asok et de Khlong Toei, a été fermée à la circulation.

La station de métro MRT Queen Sirikit National Convention Center a également été temporairement fermée.

Ces mesures visaient à protéger les participants aux assemblées annuelles et à maintenir les manifestants à distance.

Les organisateurs ont revendiqué la participation de 1 000 personnes, contre environ 800 selon la police métropolitaine.

La mobilisation coïncidait avec la Journée mondiale de l’alimentation et une journée internationale d’action pour la souveraineté alimentaire.

Elle s’inscrivait dans une action coordonnée menée par des membres de La Via Campesina dans plus de 60 pays.

Six revendications contre le FMI et la Banque mondiale

Manifestants opposés au FMI et à la Banque mondiale défilant dans une rue de Bangkok avec une grande banderole verte « NO WB IMF ».

Des agriculteurs et militants défilent dans les rues de Bangkok avec une banderole dénonçant le FMI et la Banque mondiale, lors des manifestations d’octobre 2026. Photo : Khaosod

Malgré l’impossibilité d’accéder au centre de conférences, les protestataires ont rendu publiques leurs demandes.

Le Réseau populaire contre la Banque mondiale et le FMI a lu une déclaration présentant six revendications :

  1. Annuler les dettes des pays à revenu faible ou intermédiaire confrontés à une crise de l’endettement.
  2. Permettre aux citoyens d’examiner les dettes contractées à l’étranger par leurs gouvernements.
  3. Mettre fin aux subventions accordées aux grandes entreprises, réorienter les financements publics vers l’agroécologie et détourner les investissements dans l’alimentation, l’agriculture et le climat des chaînes d’approvisionnement dominées par les grandes entreprises.
  4. Instaurer une fiscalité plus progressive, avec une taxation accrue des bénéfices des entreprises et des grandes fortunes.
  5. Rendre les banques centrales démocratiques, transparentes et responsables devant les citoyens, pour qu’elles défendent les intérêts des travailleurs plutôt que ceux des grandes entreprises.
  6. Placer les populations et la protection de l’environnement au centre des politiques économiques.

Les organisations estiment que ces changements sont nécessaires pour protéger les communautés, les systèmes alimentaires et la souveraineté économique des pays concernés.

Après la lecture de leur déclaration, les organisateurs ont annoncé la fin de la manifestation du vendredi 16 octobre.

La crise de 1997 et le barrage de Pak Mun au cœur des critiques

Manifestation sur Silom Road à Bangkok en 1997, pendant la crise financière asiatique, après l'effondrement du baht et l'intervention du FMI

Des manifestants défilent sur Silom Road, à Bangkok, en 1997, pour protester contre les conséquences de la crise financière et les mesures d’austérité imposées par le FMI. Photo : Reuters

En Thaïlande, cette mobilisation ravive des controverses anciennes sur les conséquences des interventions du FMI et de la Banque mondiale.

La crise financière asiatique de 1997 reste particulièrement présente dans les mémoires.

Après l’effondrement du baht, la Thaïlande avait accepté un programme international d’aide financière coordonné par le FMI, accompagné de mesures d’austérité et de réformes économiques.

Dans sa tribune, Pravit Rojanaphruk estime que les conditions imposées par le FMI ont pu entraîner une baisse des financements des universités publiques.

Certaines ont alors augmenté leurs frais de scolarité, au détriment des étudiants issus de familles modestes.

Le FMI défend toutefois le rôle de son intervention dans la stabilisation de l’économie thaïlandaise, tout en ayant reconnu que les restrictions budgétaires initiales étaient excessives.

Autre dossier controversé : le barrage hydroélectrique de Pak Mun, dans le nord-est du pays.

Soutenu financièrement par la Banque mondiale, ce projet est accusé par des communautés locales d’avoir perturbé la pêche et leurs moyens de subsistance.

Voir : En Thaïlande, le FMI et la Banque mondiale ravivent de vieilles blessures

Une contestation qui divise la société thaïlandaise

Manifestants opposés au FMI et à la Banque mondiale défilant dans une rue de Bangkok, au milieu de la circulation, avec des drapeaux et des pancartes

Des agriculteurs et militants défilent dans les rues de Bangkok contre le FMI et la Banque mondiale, les 15 et 16 octobre 2026. Photo : Khaosod

Les manifestations des 15 et 16 octobre ont provoqué des réactions contrastées sur les réseaux sociaux.

Certains internautes reprochent aux protestataires de perturber la circulation et de ternir l’image du pays pendant un événement international majeur.

D’autres mettent en doute leur connaissance du rôle du FMI et soupçonnent certains participants d’être rémunérés par des organisations étrangères ou de chercher à embarrasser le gouvernement d’Anutin Charnvirakul.

À l’inverse, l’ancien candidat du Parti du peuple Suphalak Bumroongkit estime que les critiques des manifestants sont fondées.

Il évoque des habitants privés de leur logement, de leurs terres et de leurs sources de nourriture, citant le barrage de Pak Mun et des projets de mines de potasse.

Dans sa tribune, Pravit Rojanaphruk souligne cette fracture : selon lui, l’opinion des Thaïlandais sur le FMI et la Banque mondiale dépend largement de leur classe sociale et de leur idéologie.

Baramee Chairat, membre de l’Assemblée des pauvres, lui a expliqué que les désagréments causés par les manifestations ne duraient que quelques heures.

En revanche, les conséquences des politiques économiques contestées peuvent affecter des communautés pendant plusieurs générations.

D’autres voix rappellent que le FMI constitue un filet de sécurité financière pour les pays en crise, tandis que la Banque mondiale finance des projets de développement et apporte une assistance technique.

Bangkok veut profiter du sommet pour attirer les investissements

Responsables du FMI et représentants thaïlandais devant une grande fresque sculptée en bois au Centre national de conventions Queen Sirikit, à Bangkok

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, entourée de responsables internationaux et thaïlandais au Centre national de conventions Queen Sirikit, à Bangkok, lors d’une visite préparatoire le 6 mars 2026. Photo : QSNCC

Cette contestation contraste avec les ambitions affichées par le gouvernement thaïlandais.

Les autorités espèrent tirer parti de ce rendez-vous pour renforcer l’attractivité économique du royaume et attirer de nouveaux investissements.

L’événement devrait également générer d’importantes retombées pour l’hôtellerie, la restauration et les autres activités touristiques.

Voir : FMI et Banque mondiale en Thaïlande : un pactole pour le tourisme

Alors que les assemblées annuelles doivent s’achever le dimanche 18 octobre, les manifestations rappellent que les orientations économiques défendues par les institutions financières internationales continuent de susciter des oppositions dans une partie de la société thaïlandaise.

Voir aussi :


Sources : Khaosod English, Khaosod English, Khaosod English, Thai PBS World, Bangkok Post.

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