L’Association des agents de voyage thaïlandais (ATTA) se montre optimiste pour 2026 et prévoit jusqu’à 39 millions d’arrivées étrangères.
Mais cet objectif pourrait être fragilisé par un baht jugé surévalué, qui menace la compétitivité-prix du royaume face à ses rivaux régionaux, du Japon au Vietnam.
Voir : Le baht s’envole : la devise thaïlandaise se rapproche de 30 pour un dollar
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Objectif 39 millions de touristes en 2026 : le pari offensif de l’ATTA

Touristes sur une plage de Phuket. Photo : Bloomberg
Le salon professionnel « Tourisme et MICE en Thaïlande : Perspectives 2026 », prévu le 23 janvier, devrait accueillir entre 1 200 et 1 500 participants thaïlandais et étrangers et générer au moins 3 milliards de bahts de recettes.
Son budget total est estimé à 10 millions de bahts, financé pour moitié par l’Office national du tourisme thaïlandais (TAT), le Bureau thaïlandais des congrès et des expositions et d’autres partenaires.
Selon Thanapol Cheewarattanaporn, président de l’ATTA, environ 300 acheteurs étrangers participeront à l’événement, dont 100 venus de Chine.
La TAT a organisé des voyages de familiarisation afin de leur faire découvrir de nouveaux produits touristiques à travers le pays.
Entre 250 et 300 opérateurs touristiques thaïlandais issus de destinations majeures et secondaires seront présents, y compris ceux des provinces touchées par le conflit frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge ainsi que par les graves inondations dans le sud.
Thanapol estime que plusieurs marchés, dont la Chine, se redressent durant cette haute saison, à la suite de la visite officielle du Roi et de la Reine et de l’augmentation des capacités aériennes via de nouveaux vols charters.
Il se dit confiant quant à une désescalade rapide du conflit avec le Cambodge, en raison de son impact économique et touristique.
Les opérateurs touristiques espèrent que la réunion du comité général des frontières donnera des résultats fructueux.
« Ce salon professionnel doit servir de tremplin pour porter le marché chinois à 20 000 arrivées quotidiennes pendant le Nouvel An chinois, début 2026 », a-t-il déclaré.
Pour 2026, l’ATTA prévoit également plusieurs tournées de promotion en Chine ainsi que dans d’autres marchés clés.
La Thaïlande accueillera par ailleurs plusieurs grands événements internationaux en 2026.
Parmi eux figurent la réunion annuelle du FMI et du Groupe de la Banque mondiale, Gastech 2026, le Global Wellness Summit 2026 ainsi que les réunions d’Amway Chine.
Selon l’ATTA, ces rendez-vous devraient permettre d’augmenter les voyages d’affaires d’environ 20 %.
« 39 millions d’arrivées n’est pas un objectif irréaliste pour 2026, si le secteur du tourisme travaille de manière proactive », a déclaré Thanapol.
Une fois qu’un nouveau gouvernement sera formé l’année prochaine, l’ATTA souhaite renforcer sa collaboration avec le secteur privé afin de consolider les marchés importants.
L’association appelle aussi à repenser les promotions, par exemple en offrant des remises plus importantes, en supprimant certains frais d’entrée (parcs naturels, billets du palais royal) ou en subventionnant une nuitée dans un forfait de 4 à 5 nuits.
Un baht trop fort qui menace la compétitivité du tourisme thaïlandais

Des touristes font la queue à un guichet de change. Photo : Bangkok Post.
Adit Chairattananont, secrétaire général de l’ATTA, avertit qu’un baht « trop fort » pourrait nuire à la compétitivité-prix de la Thaïlande à partir de la haute saison de fin 2025 et jusqu’en 2026.
Selon lui, cela rendrait les voyages et les services en Thaïlande plus chers pour les visiteurs étrangers que dans des destinations concurrentes comme le Japon et le Vietnam.
Il avertit notamment que si le baht s’apprécie au-delà de 30 pour un dollar américain, cela pourrait peser sur le tourisme pendant une longue période.
Il affirme que la Thaïlande affiche déjà le coût de la vie le plus élevé de l’ASEAN et qu’une monnaie plus forte ajoute une pression supplémentaire alors que la concurrence régionale s’intensifie.
Il cite le Vietnam comme concurrent majeur, avec des attractions naturelles et environnementales similaires mais à un coût moindre, et estime que le pays peut se présenter comme une destination plus attrayante, sans faire face aux mêmes enjeux de sécurité touristique.
Adit ajoute que lorsque le baht s’apprécie alors que l’économie thaïlandaise ne se porte pas bien, le problème s’aggrave et le tourisme devient plus difficile à promouvoir.
Il estime que le taux de change le plus approprié serait de 40 bahts pour un dollar, comme après la crise financière asiatique de 1997, quand le baht était stable et favorisait exportations et tourisme.
Dans le contexte actuel, marqué par une situation budgétaire fragile, une croissance des exportations limitée, un tourisme entrant en contraction et une dette des ménages élevée, il estime qu’un ajustement du taux de change est nécessaire.
Selon lui, un retour vers 35 bahts pour un dollar serait au minimum requis, un niveau proche de celui observé en 2019, lorsque les voyages de groupe vers la Thaïlande étaient en plein essor avant la pandémie.
À titre d’exemple, il rappelle que les touristes chinois pouvaient l’an dernier échanger 1 yuan contre environ 5,4 bahts.
Aujourd’hui, ils n’obtiennent plus qu’environ 4,4 bahts par yuan, soit une baisse de près de 20 %.
Cette perte de pouvoir d’achat pousse de nombreux voyageurs à privilégier d’abord des destinations moins chères avant d’envisager un séjour en Thaïlande.
« La Banque de Thaïlande devrait gérer le baht à un niveau approprié », a déclaré Adit, estimant que la monnaie est peut-être portée par la flambée des prix de l’or, des transactions anormales ou des flux liés aux cryptomonnaies difficiles à contrôler.
Touristes chinois : une reprise fragile mais réelle

Groupe de touristes chinois visite le Grand Palais à Bangkok, en Thaïlande. Photo : Xinhua/Wang Teng
Malgré ces inquiétudes, l’ATTA prévoit que la Thaïlande pourrait accueillir près de 9 millions de touristes chinois en 2026, soit environ le double des 4,5 millions attendus cette année.
Voir aussi : La Thaïlande mise sur le retour en force des touristes chinois, +40 % en 2026
Cette dynamique contribuerait à porter le nombre total d’arrivées étrangères à 39 millions l’année prochaine, contre 32 à 33 millions estimés en 2025.
Adit souligne qu’après la visite officielle du Roi et de la Reine en Chine à la mi-novembre, les commentaires en ligne sur les réseaux sociaux chinois ont été très positifs, améliorant l’image de la Thaïlande.
Il note aussi que la TAT a participé au salon CITM 2025 à Haikou, dans la province de Hainan, pour renforcer les liens et promouvoir les voyages entre la Thaïlande et la Chine.
De grandes organisations telles qu’Amway ont par ailleurs montré leur confiance en Thaïlande en organisant des voyages de motivation réunissant au total 13 000 participants, répartis en 10 groupes de 1 300 personnes chacun, entre début mars et début avril 2026.
Adit reconnaît toutefois que plusieurs incidents survenus cette année ont déstabilisé les touristes chinois, notamment le cas de l’acteur chinois Xingxing, porté disparu près de la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie au début de l’année.
Selon lui, l’impact a été durable et a contribué à la perte de millions de visiteurs chinois.
Voir : Thaïlande : annulations ou voyage la peur au ventre pour les touristes chinois
Il affirme néanmoins que la surveillance des réseaux sociaux chinois ne montre désormais presque plus aucune nouvelle négative concernant la Thaïlande.
Il espère également que des pourparlers visant à mettre fin aux affrontements à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge auront lieu prochainement.
Selon lui, une telle évolution contribuerait à améliorer la confiance générale des voyageurs étrangers.
La TAT voit des signes positifs sur le marché chinois

Un groupe de touristes chinois devant le Grand Palais à Bangkok. Photo : Xinhua – Wang Teng.
Pattaraanong Na Chiangmai, directrice exécutive de la région nord de la TAT, indique que l’agence commence à voir des signes positifs après avoir intensifié ses efforts de marketing sur l’image de sécurité de la Thaïlande.
Voir : Sécurité touristique : la Thaïlande lance son “Sceau de Confiance”
Ces deux ou trois derniers mois, il y a eu peu de nouvelles négatives affectant le sentiment des voyageurs, ce qui a incité les agences de voyage à vendre davantage de forfaits, notamment dans les villes chinoises de deuxième et troisième rangs.
Elle précise que les arrivées chinoises en Thaïlande se sont redressées en décembre.
Bien qu’elles restent en baisse de 28 % par rapport à l’année précédente, le recul est moins marqué qu’entre mars et juin, quand elles chutaient de 41 à 48 % après l’affaire Xingxing.
Actuellement, entre 10 000 et 14 000 touristes chinois visitent chaque jour la Thaïlande, contre une moyenne antérieure de 8 000 à 9 000.
Elle évoque aussi l’impact des tensions entre la Chine et le Japon.
Les avertissements chinois déconseillant le Japon ont poussé des voyageurs à se tourner vers d’autres destinations proposant des produits similaires, majoritairement la Corée du Sud.
Elle s’attend à ce que l’effet de report vers la Thaïlande se fasse sentir à partir de décembre prochain.
Selon elle, le total des arrivées chinoises sur l’ensemble de 2025 pourrait même dépasser celui des touristes malaisiens et replacer la Chine au premier rang.
Elle explique que les graves inondations dans le sud ont affecté les voyages transfrontaliers vers le district de Hat Yai, dans la province de Songkhla, durant le dernier mois de l’année.
Le Japon capte toujours massivement les touristes chinois

Touristes dans une rue d’Osaka au Japon. Photo : Nikada
À la suite du différend entre la Chine et le Japon, les derniers chiffres de l’Office national du tourisme japonais (JNTO) montrent qu’en novembre 2025, 562 000 touristes chinois ont visité le Japon, avec une croissance ralentie à seulement 3 % sur un an, contre 715 000 en octobre (+22,8 %).
Le cumul des visiteurs chinois au Japon sur les 11 premiers mois de 2025 (janvier-novembre) s’élève à 8,76 millions, soit une hausse de 37,5 %, ce qui en fait le plus grand groupe de visiteurs étrangers.
Viennent ensuite les Sud-Coréens (8,48 millions), les Taïwanais (6,17 millions), les Américains (3,03 millions), les Hongkongais (2,22 millions) et les Thaïlandais (1,06 million).
Conflit à la frontière cambodgienne et capacité aérienne : les deux variables clés de 2026

Civils thaïlandais déplacés à cause du conflit avec le Cambodge. Photo : CTN News
Pattaraanong rappelle que la TAT vise un retour des arrivées chinoises à 6,7 millions en 2026, soit le même niveau qu’en 2024.
Cet objectif est jugé atteignable si les facteurs négatifs s’atténuent et si les facteurs favorables se renforcent.
Parmi les priorités : le marketing conjoint avec les compagnies aériennes pour augmenter la capacité en sièges sur les lignes Thaïlande–Chine.
En 2024, la capacité totale atteignait 8,81 millions de sièges.
En 2025, elle est tombée à 7,49 millions, soit une baisse de 14 %.
Pour 2026, la demande de vols charters devrait augmenter et la TAT discute de mesures incitatives supplémentaires avec Airports of Thailand (AOT).
Elle avertit toutefois que le conflit frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge reste un facteur majeur de perception du risque.
Si la situation perdure jusqu’à la mi-février 2026, période de pointe autour du Nouvel An lunaire, cela pourrait affecter davantage le marché chinois, surtout dans les villes secondaires plus sensibles à l’anxiété.
Elle souligne que les voyageurs des grandes villes comprennent mieux que la zone de conflit est éloignée de Bangkok.
Elle cite l’exemple de la semaine dernière : les voyagistes ont dû reporter les trois premiers vols charters sur les 13 prévus sur la ligne Haikou–Udon Thani.
Les vols étaient complets, mais après le déclenchement des affrontements à la frontière, certains touristes ont été déroutés par la similitude entre Udon Thani et Ubon Ratchathani, province frontalière du Cambodge, ce qui a entraîné des retards dans leurs projets de voyage.
La Thaïlande aborde ainsi l’année 2026 avec des ambitions élevées, portée par l’objectif de 39 millions de visiteurs et la perspective d’un retour en force du marché chinois.
Mais entre la vigueur persistante du baht, la concurrence régionale accrue et les incertitudes géopolitiques à ses frontières, la reprise du tourisme reste fragile et dépendra largement de la capacité des autorités à rétablir durablement la confiance et la compétitivité du royaume.
- L’ATTA prévoit jusqu’à 39 millions de touristes étrangers en Thaïlande en 2026, dont près de 9 millions de visiteurs chinois.
- La vigueur du baht, proche de 30 pour un dollar, menace la compétitivité-prix du royaume face au Japon et au Vietnam.
- Les grands événements internationaux et la reprise des vols charters pourraient stimuler les voyages d’affaires de 20 %.
- La confiance du marché chinois reste fragile, notamment à cause des tensions régionales et du conflit frontalier avec le Cambodge.
- La capacité aérienne entre la Thaïlande et la Chine sera l’un des facteurs clés du succès touristique en 2026.
Voir aussi :
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Source : Bangkok Post, The Nation Thailand
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