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Cancer, médicaments : la Thaïlande mise sur l’intelligence artificielle

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Illustration de l'intelligence artificielle médicale en Thaïlande avec un robot analysant une radiographie pulmonaire sur un ordinateur

La Thaïlande veut devenir un leader régional de l’intelligence artificielle médicale pour améliorer le dépistage et le traitement des maladies.

Le gouvernement entend exploiter les données médicales du pays, accélérer les essais cliniques et attirer des investissements internationaux pour passer du statut d’utilisateur de l’IA à celui de producteur de technologies médicales.

Lors du Global Medical AI Summit 2026, organisé le 30 octobre à Bangkok, le vice-Premier ministre Yodchanan Wongsawat a présenté les ambitions du pays dans ce secteur.

Selon lui, la Thaïlande ne peut pas rivaliser avec les grandes puissances dans le développement d’une intelligence artificielle généraliste.

Elle doit plutôt miser sur ses propres atouts, notamment ses données cliniques, sa recherche médicale et la diversité de sa population.

Les autorités souhaitent ainsi développer des modèles d’IA adaptés aux populations d’Asie du Sud-Est, dont les caractéristiques démographiques et médicales sont encore insuffisamment prises en compte par les systèmes existants.

Du cancer aux jumeaux numériques, sept missions pour l’IA médicale

Yodchanan Wongsawat prend la parole lors d'une conférence consacrée à l'intelligence artificielle médicale en Thaïlande

Le vice-Premier ministre thaïlandais Yodchanan Wongsawat présente les ambitions du pays dans le domaine de l’intelligence artificielle médicale. Photo : Thairath

La Thaïlande dispose d’archives d’imagerie de tissus humains couvrant 50 ans dans ses hôpitaux universitaires.

Ces données pourraient être analysées par des systèmes d’intelligence artificielle afin de mieux comprendre le développement des cancers et de contribuer à la mise au point de traitements personnalisés.

En croisant les images médicales avec les informations génétiques et moléculaires, les chercheurs espèrent identifier plus précisément les caractéristiques des tumeurs.

Le vice-Premier ministre a présenté sept missions nationales dans l’IA médicale, couvrant notamment la génomique, la détection des cancers, la découverte de médicaments, les neurotechnologies et les assistants cliniques intelligents.

Parmi ces missions figurent aussi les « jumeaux numériques », des modèles informatiques permettant de simuler certains aspects du fonctionnement d’un organisme ou de l’évolution d’une maladie.

Ces technologies pourraient aider les médecins à mieux anticiper les risques de diabète, de maladies cardiovasculaires ou de problèmes rénaux.

L’intelligence artificielle pourrait également accélérer la recherche de médicaments en automatisant certaines expériences et en étudiant les propriétés de substances naturelles présentes en Thaïlande.

La Thaïlande attire des essais cliniques internationaux

Supachai Parchariyanon, fondateur de RISE, prend la parole sur scène lors du Global Medical AI Summit 2026 à Bangkok

Supachai Parchariyanon, fondateur de RISE et associé gérant de SeaX Ventures, présente les initiatives visant à développer l’intelligence artificielle médicale en Thaïlande lors du Global Medical AI Summit 2026. Photo : Thairath

Au-delà de ces ambitions, des entreprises étrangères choisissent la Thaïlande pour mener leurs recherches médicales.

Supachai Parchariyanon a cité l’exemple d’une entreprise de San Francisco développant une technologie susceptible de remplacer certains examens d’échocardiographie.

Après six mois d’essais aux États-Unis sans aucun patient inscrit, cette société a recruté 50 participants en seulement six semaines en Thaïlande, dans le cadre d’un protocole respectant les normes de la FDA américaine.

Le pays est ainsi devenu son principal site de recrutement de patients.

Autre exemple : le réseau régional SEA Health Innovation Hub accompagne l’entreprise américaine Skribe Medical dans la préparation de premiers essais sur l’humain en Thaïlande pour un médicament anticancéreux découvert grâce à l’IA.

Ce réseau à but non lucratif, créé par RISE et SeaX Ventures, a réuni, en neuf mois environ, 50 systèmes de santé partenaires, couvrant quelque 30 millions de patients.

Son objectif est d’étendre cette couverture à 100 millions de patients d’ici fin 2028.

Ces initiatives pourraient permettre aux patients thaïlandais de participer à des recherches innovantes, tout en renforçant les compétences des équipes médicales locales.

44 entreprises thaïlandaises accompagnées vers les marchés internationaux

Pour concrétiser ce projet, le gouvernement cherche à rapprocher les universités, les hôpitaux, les entreprises technologiques et les investisseurs privés.

Un programme national accompagne 44 entreprises thaïlandaises spécialisées dans l’IA médicale. Quatorze d’entre elles ont présenté leurs innovations lors du sommet.

Le soutien porte notamment sur les essais cliniques, les certifications, l’accès aux marchés étrangers, ainsi que le respect des règles éthiques et la protection des données médicales.

Les établissements universitaires sont au cœur de ce dispositif.

Selon Yodchanan Wongsawat, ils sont à l’origine de 80 à 90 % des innovations médicales du pays.

Quinze sociétés de valorisation de la recherche universitaire ont été réunies au sein d’un consortium pour faciliter les investissements, la création d’entreprises et la commercialisation des découvertes.

Mais le financement public ne suffira pas.

Le gouvernement estime nécessaire d’attirer du capital-risque international et de développer des infrastructures adaptées, notamment des centres de données performants, une alimentation électrique fiable et des laboratoires partagés.

L’arrivée des technologies dans les hôpitaux reste également un défi.

Selon Supachai Parchariyanon, les principaux obstacles concernent la validation clinique, l’intégration aux pratiques hospitalières, la question de la prise en charge des coûts et la confiance des médecins.

La vente d’un système d’IA à un établissement hospitalier nécessite en moyenne 12 à 18 mois.

La Thaïlande espère néanmoins tirer parti de son réseau hospitalier, de ses chercheurs et de sa position géographique au carrefour de plusieurs grands marchés asiatiques pour devenir un acteur majeur de l’IA médicale en Asie du Sud-Est.

Voir aussi :


Sources : Bangkok Post, Thairath, NBT World

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