La pollution de plusieurs rivières du nord de la Thaïlande due aux mines de terres rares chinoises en Birmanie continue d’inquiéter.
Voir : Thaïlande : augmentation inquiétante des niveaux d’arsenic dans le Mékong
Alors que des milliers de personnes participent à la « Marche pour la paix des rivières », organisée du 31 mai au 5 juin entre Chiang Mai et Chiang Rai, une déclaration de l’ambassade de Chine en Thaïlande a déclenché une nouvelle vague de critiques.
Une déclaration de l’ambassade de Chine qui fait polémique

Des responsables du Bureau des ressources naturelles et de l’environnement de Chiang Mai ont prélevé des échantillons d’eau à trois endroits le long de la rivière Kok pour les analyser à la fin du mois d’avril 2025. Tous les échantillons contenaient des niveaux dangereux d’arsenic et de plomb. Photo : Panumet Tanraksa
La controverse est née après la publication d’un message sur la page Facebook de l’ambassade de Chine en Thaïlande.
Ce message était présenté comme une réponse à une question des médias concernant les actions prévues par des organisations de la société civile du nord du pays pour dénoncer la pollution des affluents du Mékong.
Dans sa réponse, l’ambassade affirme que la Chine « accorde une grande importance à la pollution par les métaux lourds dans les affluents du Mékong situés en Thaïlande » et indique avoir pris connaissance des résultats de surveillance publiés par les autorités thaïlandaises.
Selon le communiqué, les données disponibles montreraient que la qualité de l’eau dans les cours d’eau concernés respecte globalement les normes de sécurité.
L’ambassade a également déclaré que la Chine soutenait le renforcement de la coopération entre la Thaïlande et la Birmanie, la réalisation d’enquêtes fondées sur des données scientifiques ainsi que la recherche de solutions par le dialogue.
Pékin s’est également dit prêt à renforcer sa coopération avec les pays riverains du Mékong dans le cadre du mécanisme de coopération Lancang-Mékong afin de protéger les ressources en eau et l’environnement.
Des analyses officielles qui racontent une autre réalité

Apichit Panwichai, un résident de la province de Chiang Rai, montre une tortue morte sur les berges de la rivière Kok.
Loin d’apaiser les inquiétudes, cette déclaration a provoqué une vive réaction parmi les groupes environnementaux, les universitaires et les habitants des régions concernées.
Depuis plus d’un an, le Département de contrôle de la pollution (PCD), qui dépend du ministère thaïlandais des Ressources naturelles et de l’Environnement, effectue un suivi régulier de la qualité de l’eau dans plusieurs cours d’eau du nord du pays.
Ses analyses ont mis en évidence à plusieurs reprises des concentrations de métaux lourds supérieures aux seuils de sécurité dans les rivières Kok, Sai, Ruak ainsi que dans certaines zones du Mékong.
Les autorités ont également constaté que ces contaminants pénètrent progressivement dans la chaîne alimentaire à travers les poissons, les rizières et les cultures agricoles.
Voir : Pollution à l’arsenic en Thaïlande : inquiétante découverte dans le Mékong
Parmi les substances détectées figurent notamment l’arsenic et d’autres métaux lourds susceptibles d’affecter durablement les écosystèmes et la santé publique.
Pour de nombreux observateurs, la déclaration de l’ambassade semble minimiser une situation qui affecte directement les populations locales.
Les médias thaïlandais et les communautés riveraines s’interrogent depuis longtemps sur le rôle joué par des entreprises chinoises dans l’exploitation des terres rares et de l’or dans l’État Shan, en Birmanie.
Selon eux, ces activités minières seraient à l’origine d’importants rejets de sédiments et de métaux lourds dans les cours d’eau transfrontaliers.
Les appels visant à renforcer la traçabilité des minerais et à bloquer les importations liées à des exploitations minières illégales ou irresponsables ont jusqu’à présent reçu peu de réponses concrètes.
Des mines de terres rares en forte expansion dans l’État Shan

Une image satellite montre une vue d’ensemble de la mine de terres rares de West River en Birmanie, le 6 mai 2025. Photo : Maxar Technologies
Selon des évaluations confidentielles réalisées par les agences de sécurité thaïlandaises, des enquêtes ont été menées il y a deux ans dans les bassins supérieurs des rivières Kok et Sai.
Ces investigations ont permis d’identifier quatorze sites d’exploitation aurifère et de terres rares dans le bassin du Sai, ainsi que huit autres dans celui du Kok.
Depuis ces premières investigations, le nombre d’exploitations minières aurait fortement augmenté.
Ces sites se situent dans des zones contrôlées par l’armée birmane et par l’Armée unie de l’État Wa (UWSA), une puissante force armée qui exerce une influence importante dans la région.
Selon les services de sécurité thaïlandais et plusieurs habitants vivant à proximité des zones concernées, les autorités birmanes et wa auraient autorisé des investisseurs chinois à exploiter ces ressources avec un contrôle environnemental limité.
Voir : Les Red Wa intoxiquent la Thaïlande : drogue et pollution à l’arsenic
Les activités minières seraient menées directement dans les cours d’eau ou à proximité immédiate de ceux-ci, tandis que certains produits chimiques seraient rejetés sans traitement préalable.
Les terres rares et l’or extraits dans l’État Shan seraient ensuite exportés vers la Chine pour y être transformés.
Une contamination qui menace les populations locales

Deux vues d’un poisson repêché dans le Mékong près de Loei, en Thaïlande, montrant plusieurs bosses et lésions inhabituelles. Le spécimen a été envoyé pour analyse afin de déterminer l’origine de ces anomalies.
Depuis plus d’un an, de nombreuses communautés ont cessé d’utiliser les rivières Kok, Sai et Ruak comme elles le faisaient auparavant.
L’inquiétude est particulièrement forte dans la province de Chiang Rai.
Le Mékong présente également des signes préoccupants de contamination entre le Triangle d’Or et le village de Sop Kok, dans le district de Chiang Saen.
Des analyses de sédiments réalisées dans la région du Triangle d’Or ont révélé des concentrations d’arsenic atteignant jusqu’à neuf fois les seuils considérés comme dangereux.
Les scientifiques alertent sur les conséquences potentielles pour les écosystèmes aquatiques ainsi que pour les populations qui dépendent de ces ressources.
La région du Mékong face à une crise environnementale grandissante

Une ferme piscicole dans le Mékong, près de la rive thaïlandaise, dans la province de Bueng Kan. Photo : Bureau des pêches de la province de Bueng Kan
Une étude du Stimson Center a recensé 2 582 sites miniers non réglementés à travers l’Asie du Sud-Est.
Parmi eux, 834 sont situés dans le bassin du Mékong et 128 dans celui de la Salouen, tandis que plusieurs centaines d’autres se développent rapidement au Laos.
Les critiques soulignent que la Chine applique sur son territoire des réglementations environnementales strictes pour limiter les impacts de l’exploitation minière.
Ils accusent en revanche Pékin de fermer les yeux sur les dommages environnementaux causés par ces exploitations minières en Birmanie qui touchent plusieurs pays voisins.
Face à cette situation, de nombreux habitants du nord de la Thaïlande estiment que leur propre gouvernement ne fait pas suffisamment pour protéger la santé publique et les moyens de subsistance des communautés concernées.
C’est dans ce contexte qu’a été organisée la « Marche pour la paix des rivières », dont l’objectif est de pousser les autorités thaïlandaises à agir de manière plus ferme.
Les organisateurs considèrent également que la Chine, acteur central de la chaîne d’approvisionnement mondiale en terres rares, doit prendre davantage de responsabilités face aux conséquences environnementales de cette industrie.
Le 5 juin, à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement et du dernier jour de la marche, les participants prévoient de remettre une lettre au Premier ministre Anutin Charnvirakul ainsi qu’à l’ambassadeur de Chine en Thaïlande.
Ils les invitent à participer à un forum public organisé à Chiang Rai afin d’entendre directement les témoignages des populations affectées par cette crise environnementale.
Voir aussi :
- Thaïlande : l’impact dévastateur de l’arsenic qui pollue les rivières du nord
- Nord Thaïlande : les enfants empoisonnés à l’arsenic par les mines birmanes
- Thaïlande : les rivières empoisonnées à l’arsenic menacent des milliers de vies
- Les rivières de Thaïlande empoisonnées par les mines chinoises en Birmanie
Source : Bangkok Post
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