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Thaïlande : un quasi-monopole sur les œufs fait grimper les prix

6 commentaires 6 minutes à lire
Vendeuse d'œufs dans la province de Nonthaburi en Thaïlande

Le marché thaïlandais des œufs est de plus en plus concentré entre les mains de quelques grands groupes.

Cet article s’appuie sur une analyse de Kamphol Pantakua, chercheur à l’Institut thaïlandais de développement et de recherche (TDRI).

Kamphol estime que la forte concentration du marché des œufs en Thaïlande nuit à la concurrence, pénalise les petits éleveurs et contribue à maintenir des prix relativement élevés pour les consommateurs.

L’analyse de Kamphol Pantakua :

Briser le monopole des œufs en Thaïlande

En économie, peu d’indicateurs de la sécurité alimentaire sont aussi simples — et aussi révélateurs — que le prix des œufs.

Abordables, accessibles et nutritifs, les œufs devraient constituer la source de protéines la plus démocratique dans toute société.

Pourtant, en Thaïlande, un simple œuf en dit long sur une réalité bien plus complexe : celle du pouvoir de marché, d’incitations faussées et d’un système qui ne sert peut-être plus l’intérêt général.

Au cours des deux dernières décennies, l’industrie thaïlandaise des œufs a subi une profonde transformation.

Ce qui était autrefois un secteur composé de petits exploitants agricoles s’est progressivement transformé en un système intégré verticalement.

De grandes entreprises contrôlent la chaîne d’approvisionnement – de la production de reproducteurs et d’aliments pour animaux à la distribution et à la vente au détail.

Ce changement structurel a non seulement modifié la manière dont les œufs sont produits, mais aussi la répartition des bénéfices au sein de l’ensemble du système.

Au cœur du problème se trouve un outil politique en apparence technique : le quota d’importation pour les reproducteurs.

Initialement mis en place pour stabiliser l’offre et prévenir l’effondrement des prix, le système de quotas est devenu un puissant moyen de réguler l’accès.

Dans la pratique, l’accès aux reproducteurs – fondement de l’ensemble de l’industrie – est concentré entre les mains d’un petit nombre d’entreprises.

Les cinq principaux acteurs contrôlent désormais plus de 80 % du marché, poussant les niveaux de concentration vers une mainmise totale sur le marché.

Une telle concentration est importante car elle conditionne tout ce qui se passe en aval.

Lorsque quelques-uns contrôlent l’approvisionnement en poussins, ils acquièrent la capacité d’influencer les décisions de production, les coûts des intrants et, en fin de compte, les prix de détail.

Pour les éleveurs indépendants, les conséquences sont claires : un accès limité aux poussins, des coûts de production plus élevés et un pouvoir de négociation affaibli.

En conséquence, beaucoup n’ont d’autre choix que d’accepter ce que le marché dicte ou de risquer d’être évincés du marché.

Les données du secteur suggèrent que ce déséquilibre n’est pas seulement structurel, mais aussi comportemental.

Des pratiques telles que les ventes groupées — où les éleveurs doivent acheter de l’alimentation, des vaccins et d’autres intrants en même temps que les poussins — réduisent le choix sur le marché et renforcent la dépendance.

Parallèlement, les fluctuations de prix entre les principaux acteurs peuvent ébranler les fondements mêmes des marchés concurrentiels.

Pourquoi les consommateurs paient leurs œufs plus cher

Gros plan sur des œufs de poule disposés sur des plateaux

Les œufs constituent l’une des principales sources de protéines abordables pour les ménages thaïlandais.

Les effets ne se limitent pas aux producteurs.

Les consommateurs, eux aussi, en paient le prix – littéralement.

Bien qu’il s’agisse d’un aliment de base, les œufs en Thaïlande sont souvent plus chers par rapport au revenu que dans de nombreux autres pays.

Cela est particulièrement préoccupant étant donné que les œufs constituent une source essentielle de protéines abordables pour les ménages à faibles revenus.

Lorsque les prix sont élevés, la charge pèse de manière disproportionnée sur ceux qui sont le moins en mesure de la supporter.

Le paradoxe le plus frappant est peut-être le suivant : la Thaïlande exporte des œufs à bas prix tandis que les consommateurs nationaux paient des prix relativement élevés.

Cela s’explique en partie par des mécanismes sectoriels conçus pour « gérer les excédents », notamment des exportations subventionnées financées par des fonds communs du secteur.

Si de telles mesures peuvent contribuer à stabiliser le marché à court terme, elles peuvent également créer une pénurie artificielle sur le marché intérieur, maintenant les prix nationaux à un niveau élevé et renforçant le pouvoir de marché.

D’un point de vue économique, les coûts sont considérables.

Le système génère d’importantes « rentes de quota » — des profits excédentaires tirés d’un accès restreint — ainsi que des pertes de bien-être mesurables pour la société.

Mais au-delà des chiffres se cache une préoccupation plus profonde : le risque de captation réglementaire.

Lorsque les acteurs du secteur exercent une forte influence sur les règles qui les régissent, les politiques publiques peuvent progressivement s’éloigner de leur mission de service à l’intérêt général pour se tourner vers la protection d’intérêts bien établis.

Il ne s’agit pas ici d’un argument contre la réglementation.

Au contraire, une réglementation efficace est essentielle sur les marchés agricoles.

Mais l’objectif doit évoluer : il ne s’agit plus de contrôler les quantités, mais de garantir une concurrence loyale.

La stabilité ne doit pas se faire au détriment de l’efficacité, de l’innovation ou de l’équité.

La réforme ne consiste donc pas à démanteler le système, mais à le rééquilibrer.

Les réformes proposées pour rétablir la concurrence

Premièrement, l’accès aux reproducteurs doit être libéralisé.

Un mécanisme d’attribution plus transparent et plus concurrentiel — permettant aux coopératives et aux nouveaux entrants de participer — réduirait les barrières au sommet de la chaîne d’approvisionnement.

Deuxièmement, les pratiques commerciales déloyales doivent être combattues de front.

Des règles claires contre le regroupement de ventes et les contrats abusifs, soutenues par une surveillance exécutoire, sont essentielles pour rétablir l’équité pour les agriculteurs.

Troisièmement, la gouvernance doit être renforcée.

Des institutions telles que l’Egg Board doivent devenir plus transparentes, plus responsables et plus représentatives — en intégrant les voix des consommateurs et des petits producteurs, et pas seulement celles des grandes entreprises.

Quatrièmement, les charges réglementaires inutiles doivent être allégées.

La simplification des procédures et la réduction des formalités administratives peuvent faire baisser les coûts sans compromettre la sécurité alimentaire.

Enfin, la politique de concurrence doit être appliquée de manière proactive.

Attendre des violations manifestes ne suffit pas sur des marchés où le pouvoir peut s’exercer de manière subtile et cumulative.

L’industrie thaïlandaise des œufs se trouve à la croisée des chemins.

Poursuivre sur la voie actuelle peut préserver la stabilité à court terme, mais cela risque d’ancrer les inefficacités et d’aggraver les inégalités.

La réforme, en revanche, offre une voie vers un système plus dynamique, compétitif et inclusif — un système qui profite aux agriculteurs, aux consommateurs et à l’économie dans son ensemble.

En fin de compte, il ne s’agit pas seulement d’œufs.

Il s’agit de savoir si la Thaïlande est disposée à garantir que les systèmes alimentaires essentiels restent équitables, transparents et véritablement compétitifs.

Car lorsqu’un produit aussi basique qu’un œuf est faussé par le pouvoir de marché, c’est le signe que le système lui-même doit être réformé.

Voir aussi :


Source : Bangkok Post

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6 commentaires

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HANSSON 3 juin, 2026 - 9 h 31 min

Au-delà des manœuvres spéculatives des grands groupes producteurs qui régulent artificiellement le prix des œufs en fonction de leurs intérêts, il faut constater qu’en 2 à 3 ans, le prix des œufs a augmenté de 50%, passant pour un « carton » de 30 œufs de catégorie 1 ou « 0 », de 95 thb à 140, parfois 150 thb !

L’article ne mentionne pas d’échelle comparative des prix, mais je constate également que, me fournissant directement auprès d’un éleveur de poules de mon village et non pas dans les supermarchés de ma ville, celui-ci calque ses prix sur ceux des grands producteurs.

Actuellement, je paie pour 30 œufs de calibre moyen (1 ou 2) 130 bahts pour 30 œufs, sans aucun intermédiaire, remis à domicile sur un simple coup de téléphone…

L’avantage n’est donc pas spécifiquement au niveau du prix, mais au niveau de la qualité…

Les œufs de mon petit paysan qui élève sur son terrain une cinquantaine de poules pondeuses sont peut-être moins calibrés et plus petits que les œufs issus de l’exploitation intensive des grands groupes avicoles de poules pondeuses mises en batterie, boustées avec des aliments transformés pour donner 2 gros œufs sur la même journée, et dont la valeur nutritionnelle est à la hauteur de la couleur du « jaune » : pâle, avec une enveloppe fragile et sans consistance, mais le « jaune » de mes œufs, issus des poules élevées à l’air libre, est de couleur orange et reste bien ferme dans son enveloppe… et je ne parle pas du goût !!!

Aucune comparaison, pas besoin d’ajouter un quelconque assaisonnement au moment de la dégustation… du pur bonheur !

Pour ceux qui habitent, comme moi, dans un village, il y a certainement chez vous un petit marché local où il vous sera possible de vous fournir régulièrement en œufs auprès d’un éleveur local…

Faites l’expérience, vous n’achèterez jamais plus d’œufs dans les supermarchés !!!

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Oliv 3 juin, 2026 - 11 h 38 min

Je vais faire hurler vos lecteurs..

J’achète mes œufs bio à 5 bahts l’unité. La crise, je ne la connais pas.

C’est dans un quartier thaïlandais.

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HANSSON 4 juin, 2026 - 18 h 25 min

Et oui, OLIV,… Ça rejoint mon commentaire : 5 THB pour un œuf, ça fait 150 baths le carton de 30… CQFD!

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Luc 555 4 juin, 2026 - 9 h 14 min

@Oliv,

Vous achetez des œufs BIO en Thailand !!

Dans un quartier thailandais !!!

Je les retrouve dans la gouttière, un buisson ou en dessous de la maison, quand les chiens ne les trouvent pas avant moi… mais ils ne sont pas BIO pour autant !!!

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Oliv. 4 juin, 2026 - 13 h 09 min

Normalement, quand on va dans un biologique, on achète des produits biologiques.

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HANSSON 6 juin, 2026 - 8 h 33 min

Ça semble effectivement d’une logique implacable, Oliv !!!

Cependant, si vous ne connaissez pas l’origine du producteur et son exploitation, il vous sera difficile de juger du degré « biologique » des denrées alimentaires du magasin que vous fréquentez, qui est dans ce cas un intermédiaire entre le producteur bio et les clients, excepté dans le cas (peut-être le vôtre) où le producteur vend directement dans son propre magasin…

Pour en revenir à mon paysan et voisin (à quelques centaines de mètres de la maison), éleveur de poules pondeuses, étant donné le contexte « nature » dans lequel il élève ses poules, ses œufs peuvent logiquement être labellisés chez nous « bio », ses poules se nourrissant de graines, d’insectes et de vers de terre à longueur de journée, tout comme la dame qui me vend ses salades venant de son installation d’aquaculture quelque peu rudimentaire, faite de gouttières et de treillis d’ensemencement…

Ils n’ont d’ailleurs pas les moyens financiers d’acheter des farines transformées et autres compléments alimentaires « améliorés » par des additifs et engrais chimiques destinés à booster la production…

Idem pour les petits maraîchers qui vendent leurs légumes issus de leur jardin au marché du village et qui, tout comme Monsieur Jourdain, vendent du bio sans le savoir, tout simplement parce qu’ils n’ont pas d’argent à dépenser pour acheter des produits chimiques de rendement et autres herbicides et insecticides à pulvériser pour obtenir de plus beaux légumes, plus gros, plus luisants…

Ils devraient les vendre plus chers que leurs concurrents directs et finalement, n’écouleraient pas leurs marchandises et ne rentreraient pas dans leurs frais…

Sans faire de généralités, alors que je ne connais que les quelques maraîchers locaux chez qui je me fournis, il est certain que l’on trouvera plus de denrées alimentaires naturellement produites sans additifs chimiques, chez les petits producteurs et éleveurs de son village que dans les supermarchés qui, bien souvent, sont peu bavards sur l’origine de certains produits, leurs producteurs et fournisseurs…

Quand on suit la presse et les réseaux sociaux qui se font l’écho fréquemment des résultats de laboratoires thaïlandais sur certaines analyses de denrées alimentaires, tant légumes, fruits, charcuteries transformées et viandes « piquées », qu’elles soient fraîches, décongelées (vous ne le savez pas toujours) ou congelées, on a logiquement de quoi s’inquiéter sur les taux de pesticides, additifs chimiques et insecticides contenus dans certaines denrées importées notamment de Chine…

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