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Le végétarisme en Thaïlande

par jeanse
Le végétarisme en Thaïlande

Déjà convaincu de longue date de végéta*isme quand je suis parti vivre en Thaïlande il y a quelques années, je me demandais avant d’arriver comment j’allais pouvoir satisfaire mes exigences alimentaires au pays du sourire.

Je dois dire d’emblée que j’ai été vite rassuré. Je voudrais par le présent article faire part de mon expérience pour ceux que cela intéresse que l’on dit, actualité oblige, de plus en plus nombreux.


Un végétarien à Bangkok

Peu au fait des us et coutumes et incapable de parler le moindre mot de thaï à mon arrivée, je me suis un peu comme tout le monde retrouvé dans la fameuse rue de Khao San dans le quartier de Banglamphu durant mes premiers jours passés dans la capitale.

Sas d’entrée et passage quasi obligé pour tous les nouveaux voyageurs qui débarquent à Bangkok, ce quartier mythique a surtout vocation à accueillir les étrangers venus du monde entier.

Aussi n’ai-je eu aucun mal à trouver à me sustenter dans cet endroit on ne peut plus cosmopolite où se côtoient pratiquement toutes les cultures du monde.

Chaque échoppe, restaurant ou auberge propose sur son menu des plats végétariens pour satisfaire leur précieuse clientèle hétéroclite.

J’ai par ailleurs retrouvé cette offre dans tous les endroits touristiques que j’ai pu visiter à travers tout le pays.

La "vegetarian food" de Chiang Mai

A Chiang Mai, dans le Nord du pays, c’est tout un quartier où se concentrent hôtel et guest house bon marché qui semble s’être spécialisé dans ce choix éthique de s’alimenter.

Dans ce quartier, presque tous les restaurants affichent fièrement « Vegetarian food » et ne proposent nulle autre alternative.


Je me souviens même d’une exception notable, ce restaurant qui avait écrit en lettre géante sur sa devanture, sans doute pour se démarquer et attirer les réfractaires :
« Here, NOT vegetarian food ». C’est peu dire…

Phuket et son festival végétarien

Mais c’est en arrivant dans le Sud du pays, à Phuket - où je m’étais engagé à travailler volontairement au projet de réhabilitation des gibbons dans lequel j’ai officié trois années durant (voir : Refusez de vous faire prendre en photo avec un bébé gibbon dans les bras) - que j’ai fait ma véritable rencontre avec la culture végétarienne thaïlandaise.

A Phuket, bien plus qu’ailleurs, la tradition végétarienne est très ancrée dans la vie quotidienne.

L’île est en effet réputée pour son incroyable et impressionnant festival végétarien qui sévit neuf jours par an depuis plus de 180 ans et qui vaut à lui seul le déplacement. Âme sensible s'abstenir!

Festival Végétarien de Phuket
Festival Végétarien de Phuket
Festival Végétarien de Phuket
Automutilation lors d'un festival Végétarien de Phuket avant la pandémie.
Festival Végétarien de Phuket 7
Festival Végétarien

Les différents types de végétarisme en Thaïlande

A ce stade, un peu de sémantique et de vocabulaire s’imposent. Le mot « mangsawirat » (มังสวิรัติ), assez peu usité par les thaïlandais eux même, désigne le végétarisme au sens large tel qu’on l’entend en occident.

Il sert surtout à satisfaire la clientèle étrangère pratiquant une diète ovo lacto végétarienne (*).

C’est cette nourriture que l’on trouve un peu partout dans les quartiers touristiques déjà mentionnés.

Le vocable « Djè » (เจ) est quant à lui beaucoup plus strict et beaucoup plus répandu puisqu’il se rencontre dans pratiquement tout le pays.

Il désigne une alimentation exclusivement végétalienne (**)   qui n’est servi que dans des restaurants (ran.a/han djè - ร้านอาหารเจ) - souvent très bon marché – exclusivement voués à la cause qui se veut plus religieuse qu’autre chose comme nous le verrons plus loin.

Ces restaurants très particuliers sont pour la plupart situés à proximité des temples chinois taoïstes. Ils ne sont que très rarement mentionnés en anglais et n'apparaissent pratiquement jamais dans les guides touristiques.


Je ne saurais donc que trop conseiller aux végans (***) désireux de voyager en Thaïlande d’apprendre à reconnaître ce mot avant de partir.

Végétarien en ThaïlandeIl ressemble à un grand 17 presque toujours écrit en rouge sur un fond jaune.

Il fait également office de label et se retrouve sur tous les emballages des denrées alimentaires qui respectent les critères du végétarisme à la mode thaïlandaise.

Vous le retrouverez aussi dans les épiceries asiatiques installées un peu partout dans les grandes villes occidentales.

Bien qu'usuellement traduit par le terme « végétarien », le vocable « djè » signifie bien plus que cela.

Les traductions « végétalienne » ou « végane » ne pourraient pas non plus y satisfaire.

De fait, « djè » implique non seulement une diète strictement végétalienne mais aussi une interdiction formelle de toute consommation d’alcool, cigarette, additifs alimentaires - dont le fameux mono sodium de glutamate (MSG, pong shu rot en thaï) aussi répandu que controversé - ainsi que celle de sexe à fin non procréative…

Il bannit également, pour des raisons qui m’ont, je l’avoue, toujours échappé, l’ail et l’oignon!

Une autre différence notable que je souhaite mentionner entre le mode de vie végan tel qu’on le conçoit en occident et l’alimentation « djè » omniprésente en Thaïlande touche surtout à leur finalité respective.

Si dans le cas du premier la motivation revêt surtout des arguments d’ordre écologiques ou politiques voire antispécistes, les thaïlandais qui s’adonnent à ce mode de consommation le font surtout pour des raisons religieuses.

Manger végétarien (kin djè) permet avant tout d’acquérir du mérite (tham boon) afin, autant que faire se peut, de se faire pardonner des péchés (tham bhaap) couvant ainsi le sain espoir de vivre une vie meilleure dans le cycle infini de la réincarnation et atteindre le but ultime de l’achèvement du cycle : le nirvana.

Si le végan agit pour des raisons que l’on pourrait qualifiées de terrestres, le végétarien thaïlandais (khon djè) est animé quant à lui de justification d’ordre purement céleste.

Malgré cette différence notable et bien que ne m’en tenant, en ce qui me concerne, qu’à mes convictions véganes à leurs yeux mécréantes, je dois dire que j’ai toujours été très chaleureusement accueilli dans ces restaurants que j’ai fréquenté quotidiennement pendant plusieurs années où la nourriture est non seulement des moins chères et des plus délicieuses qu'il m'ait été donnée de manger mais aussi, semble-t-il, bénie par les dieux…

พูดดี ทำดี คิดดี กินเจ (phout dii, tham dii, khit dii, kin djé - parler bien, faire bien, penser bien, manger végétarien) : leur slogan préféré qui résume tout.

Tout un programme…

Jean-Sébastien Henry

(*) L'ovo lacto végétarisme désigne une alimentation basée sur la consommation de végétaux, d'œufs, de lait et de miel ainsi que de leurs dérivés. C'est ce régime que l'on désigne communément par le terme "végétarisme".

(**) Le végétalisme désigne une alimentation exclusivement végétale. Ce régime proscrit toute consommation de lait et d'œuf ainsi que celle de tout autre aliment d'origine animale.

(***) Le véganisme (appelé aussi végétalisme intégral) désigne un mode de vie qui bannit tout produit d'origine animale aussi bien pour l'alimentation que pour tout autre forme de consommation (habillement, ameublement, cosmétique, ...). Le végan ne porte pas de cuir, de laine, de soie et n'utilise, par exemple, aucun produit préalablement testé sur les animaux.


Vous trouverez sur le forum les meilleurs restaurants végétariens de Bangkok, partagé par Quentin.


Photos du festival végétarien de Phuket : Joseph Ferris III

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3 commentaires

Nirvan 18 février 2017 - 17 h 10 min

Bonjour,
Super l’article ! Lors d’une semaine de silence au monastère de Suan Mokh, on nous a expliqué les différentes raison du végétarisme.
Pour l’ail et l’oignon, son bannissement de l’alimentation pour principalement les bouddhistes, est dû à leur propension à générer une forte salivation et un très léger gonflement des voies respiratoires. Cela entrave alors la capacité de pleine concentration sur le souffle et sur la respiration pour la méditation.
😉

Réponse
jeansé 19 février 2017 - 19 h 31 min

Merci pour le compliment ainsi que pour le complément d’information. On m’avait déjà donné cette explication à propos du bannissement de l’ail et l’oignon parmi tant d’autres toutes aussi pertinentes que difficiles à comprendre. C’est pourquoi je préfère rester dans l’expectative… Encore merci pour le commentaire et bien content que l’article vous ait plu.

Réponse
Pierreto 20 février 2017 - 5 h 07 min

Salut Nirvan,
Merci pour cette explication, j’avais aussi entendu des choses différentes, lié au côté aphrodisiaque de l’ail, et dernièrement sur un livre sur la cuisine indienne végétarienne et Ayurvédique, j’ai lu que l’ail et l’oignon étaient déconseillés pour les méditants car ils rendent somnolent.

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