La Thaïlande et le Cambodge ont convenu le lundi 28 juillet d’un cessez-le-feu inconditionnel, qui a pris effet à minuit.
Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim, qui préside actuellement l’ASEAN et agit en tant que médiateur, a déclaré :
« Le Cambodge et la Thaïlande sont parvenus à un accord, à savoir un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel à compter de minuit, heure locale, le 28 juillet 2025. »
« Ils tiendront des pourparlers bilatéraux à plusieurs niveaux afin de mettre fin au conflit frontalier sanglant et de revenir à la normale. »
Comme nous l’avons signalé dans un précédent article, le conflit a possiblement été déclenché pour forcer un retour à la normale afin que le Cambodge puisse relancer les activités de ses centres d’appels et casinos.
Voir : Conflit Thaïlande – Cambodge : les civils sacrifiés pour protéger les centres d’appels ?
Anwar s’est exprimé à l’issue de la première réunion entre les deux pays voisins, qui sont engagés dans des affrontements transfrontaliers depuis le 24 juillet.
M. Anwar a qualifié de développement positif le résultat de la réunion spéciale entre le Premier ministre thaïlandais par intérim, Phumtham Wechayachai, et le Premier ministre cambodgien, Hun Manet.
Les deux dirigeants ont eu une discussion franche et ont montré leur ferme engagement à rétablir la paix et la normalité dans leurs pays et dans la région, a-t-il noté.
Anwar a remercié les représentants de la Chine et des États-Unis pour leur participation, exprimant sa gratitude au président américain Donald Trump, qui a été en contact avec les dirigeants des deux pays afin d’aider à trouver une solution pacifique au conflit.
Voir : Trump appelle la Thaïlande et le Cambodge à cesser les combats
Selon Anwar, la Chine a maintenu des contacts étroits avec le Cambodge, la Thaïlande, la Malaisie et d’autres pays concernés, encourageant activement le dialogue, les efforts de cessez-le-feu et le processus de rétablissement de la paix, avec la coopération de toutes les parties concernées.
« Le cessez-le-feu immédiat de ce soir est une première étape essentielle vers la désescalade et le rétablissement de la paix et de la sécurité », a déclaré M. Anwar.
Les commandants régionaux des deux pays se réuniront mardi matin et se rendront tour à tour sur le territoire de l’autre.
D’autres pourparlers auront lieu dans le cadre des mécanismes existants, l’ASEAN étant chargée de vérifier et de garantir leur mise en œuvre.
La communication entre les premiers ministres et les ministres de la Défense respectifs reprendra dans le cadre des efforts visant à rétablir la paix entre les deux nations.
Les deux pays ont réaffirmé leur attachement à l’état de droit, à la coexistence pacifique et à la coopération multilatérale, dans le but de trouver une solution juste et durable à la situation, selon M. Anwar.
Hun Manet a déclaré que le cessez-le-feu offrait un moyen « d’aller de l’avant », soulignant qu’il avait eu une réunion très productive, qui avait conduit à la fin immédiate des combats, lesquels avaient fait de nombreux morts et blessés et provoqué des déplacements massifs de population.
« La solution permettra de créer les conditions nécessaires pour aller de l’avant, rétablir des relations normales et jeter les bases d’une future désescalade », a-t-il déclaré.
« Je suis convaincu que le résultat obtenu aujourd’hui offrira de nombreuses possibilités à des centaines de milliers de personnes des deux côtés de retrouver une vie normale, de mettre fin au conflit et de commencer à rétablir la confiance et la coopération entre le Cambodge et la Thaïlande », a-t-il déclaré.
M. Phumtham a exprimé sa gratitude envers tous les pays qui ont participé à la réunion, ajoutant :
« Le résultat d’aujourd’hui reflète la volonté de la Thaïlande de parvenir à une résolution pacifique, tout en continuant à protéger notre souveraineté et la vie de notre peuple. »
Le cessez-le-feu entre en vigueur

Moins et civils cambodgiens fuyant les bombardements thaïlandais. Photo : Khmer Times
Dans la ville cambodgienne de Samraong, à 20 kilomètres de la frontière, un journaliste de l’AFP a entendu un battement régulier de tirs d’artillerie tout au long de la journée de lundi, avant que les explosions ne cessent dans les 30 minutes précédant minuit.
Depuis jeudi, des avions, des roquettes et des tirs d’artillerie ont fait au moins 38 morts et près de 300 000 déplacés.
Cette flambée de violence est la plus meurtrière depuis les violences sporadiques qui ont ravagé le territoire entre 2008 et 2011, revendiqué par les deux pays en raison d’une délimitation vague établie par les administrateurs coloniaux français du Cambodge en 1907.
« Quand j’ai appris la nouvelle, j’étais tellement heureux parce que ma maison et mes affaires me manquent », a déclaré Phean Neth à l’AFP lundi soir dans un vaste camp pour évacués cambodgiens installé sur le site d’un temple loin des combats.
« Je suis tellement heureux que je ne peux pas le décrire », a déclaré cet homme de 45 ans.
« S’ils disent qu’ils vont cesser les tirs, ils doivent cesser complètement », a déclaré Prapakarn Samruamjit, un évacué thaïlandais de 43 ans, dans la ville de Surin.
Une tension extrême

Une roquette BM21 tirée depuis le Cambodge a frappé une supérette située dans une station-service PTT à Ban Phue, dans le district de Kantharalak, à Si Sa Ket, provoquant un incendie qui a fait huit morts et 13 blessés, le jeudi 24 juillet 2025. Photo : commissariat de police de Kantharalak
À la veille des pourparlers, l’armée thaïlandaise a déclaré que des tireurs d’élite cambodgiens campaient dans l’un des temples contestés et a accusé Phnom Penh d’avoir déployé des troupes le long de la frontière et d’avoir bombardé le territoire thaïlandais avec des roquettes.
Elle a indiqué que des combats avaient lieu dans sept zones de cette région rurale, caractérisée par une chaîne de collines entourées d’une jungle sauvage et de champs où les habitants cultivent le caoutchouc et le riz.
Le roi thaïlandais Maha Vajiralongkorn a fêté lundi son 73ᵉ anniversaire, mais un avis publié dans le Journal officiel du pays a annoncé que les célébrations publiques prévues au Grand Palais de Bangkok avaient été annulées en raison des troubles.
Les deux parties avaient déjà convenu d’un cessez-le-feu de principe, tout en s’accusant mutuellement de compromettre les efforts de paix et en échangeant des accusations concernant l’utilisation de bombes à sous-munitions et le ciblage d’hôpitaux.
Voir : Thaïlande – Cambodge : demande de cessez-le-feu et accusations croisées
La Thaïlande affirme que 11 de ses soldats et 14 civils ont été tués, tandis que le Cambodge n’a confirmé que huit morts parmi les civils et cinq parmi les militaires.
Toutefois, l’armée thaïlandaise a déclaré avoir restitué les corps de 12 soldats cambodgiens tués au combat.
Plus de 138 000 personnes ont fui les régions frontalières de la Thaïlande, tandis qu’environ 140 000 ont été chassées de leurs foyers au Cambodge.
Les affrontements attisant les sentiments nationalistes, la Thaïlande a averti ses citoyens de « s’abstenir de toute forme de violence, verbale ou physique », à l’encontre des migrants cambodgiens vivant dans le pays.
Voir : Thaïlande : mise en garde contre la haine en ligne et les violences visant les Cambodgiens
Voir aussi :
La Thaïlande accuse le Cambodge de mensonges et de crimes de guerre
Conflit Thaïlande – Cambodge : avis aux voyageurs, les zones à éviter
Trump appelle la Thaïlande et le Cambodge à cesser les combats
Conflit Thaïlande–Cambodge : 11 morts, dont des enfants, après des attaques meurtrières
Aggravation du conflit Thaïlande–Cambodge : 5 soldats thaïlandais blessés par une mine
Centres d’appel frauduleux : la Thaïlande met en cause l’élite cambodgienne
Centres d’appel au Cambodge : l’étau se resserre sur la famille de Hun Sen
Horreur des centres d’appels au Cambodge : kidnapping, torture, viol
Source : Thai PBS News, Bangkok Post
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1 commentaire
Que faut-il penser de ce cessez-le-feu entré en vigueur ce mardi à 00.00 h quand on relit les différents articles de presse évoquant ce conflit armé depuis le début de la semaine dernière et du niveau de confiance que la Thaïlande peut avoir dans les déclarations des autorités cambodgiennes (famille HUN, père et fils) et des motivations profondes qui animent ces derniers ?
Tout d’abord, au niveau militaire, il est un fait établi que l’Armée cambodgienne est sous-entraînée, sous-équipée en hommes et en matériel et qu’elle ne fait pas le poids face aux équipements terrestres, aux avions et matériel lourd américains dont la Thaïlande est dotée, notamment les F16 basés sur l’aéroport d’U-Tapao qui peuvent survoler le Cambodge en moins de 20 minutes !!!
Le Cambodge n’avait donc aucun intérêt à entrer dans une véritable « déclaration de guerre » avec la Thaïlande.
Mais il ne s’agit à l’heure actuelle que d’un simple « cessez-le-feu », avant toute discussion et pourparlers sur un accord de paix pour un « retour à la normale ».
Tout reste donc à faire, à commencer par se poser la question : que signifie exactement pour les 2 parties un « retour à la normale » ?
Certainement un retrait progressif des 2 armées le long de la ligne de front tout en gardant une présence militaire là où la frontière n’est pas définie à l’heure actuelle, ce qui était la situation antérieure au conflit armé et le retour des habitants des villages évacués avec toutes les garanties de sécurité.
Mais à part cela, les négociations vont-elles mettre sur la table des propositions d’accord pour enfin redessiner une frontière pleine et entière longue de plus de 800 km set « trouée » en 4 zones dont celle du Temple Preah Vihear revendiquée par les 2 pays depuis des décennies, dessinée au départ par les colonisateurs français et très vite contestée ?
Où va-t-on revenir à un statu quo d’avant les affrontements armés sans chercher à aller plus loin ?
Ce serait, à coup sûr, une occasion ratée de régler le problème une bonne fois pour toute et éviter un nouveau conflit armé ultérieur…
D’autre part, il est clair que depuis la fermeture des points de passage frontaliers entre les 2 pays, l’économie cambodgienne est amputée d’une bonne partie de ses revenus, et plus particulièrement ceux générés par le côté sombre et corrompu de ses casinos et de l’exploitation d’êtres humains (kidnapping, tortures, travail forcé, exécutions pour l’exemple) employés dans les centres d’appels frauduleux qui font en Thaïlande des milliers de victimes sur internet, dépossédés de leur argent et comptes bancaires au profit du pouvoir corrupteur de la famille HUN, véritable mafia d’État.
Il est donc certain que la famille HUN mettra dans la balance des négociations pour avancer dans le dossier d’une frontière à 100% officielle, la réouverture des postes frontières et la mise en sourdine, voir sous silence du dossier des centres d’appels frauduleux qui rapportent des milliards de dollars au pouvoir cambodgien.
La Thaïlande va-t-elle entrer dans ce jeu là, dans ce genre de négociations douteuses et pouvant mettre en cause sa position officielle vis-à-vis des droits de l’homme dont elle est signataire et pour laquelle elle a obtenu un siège au Conseil des Nations Unies pour 3 ans depuis octobre 2024 ???
Et enfin, les 2 pays, dans leur déclaration préliminaire, ont réaffirmé « leur attachement aux principes de l’État de Droit ».
Quand on connait la manière dont les élections sont « fabriquées » au Cambodge pour maintenir une dictature familiale qui ne porte pas son nom, et les « couacs » à répétition sur les nombreuses manœuvres conjointes entre certains pouvoirs politiques, législatifs et judiciaires lors des campagnes électorales thaïlandaises pour évincer certains partis et leaders politiques devenus trop influents et gênants, on serait presque pris d’un fou-rire si la situation n’était pas aussi dramatique pour une population qui en subit les conséquences directes et indirectes…
Beaucoup de boulot en perspective pour améliorer une situation qui, en fin de compte, devrait profiter en premier lieu au bien-être et au mieux vivre d’une population trop souvent mise de côté.
L’avenir de ces pourparlers nous en dira plus sur les véritables motivations de part et d’autre d’une frontière bien instable !!!