La Thaïlande tente d’éviter une nouvelle hausse des droits de douane américains sur ses exportations.
Bangkok cherche notamment à conclure rapidement un accord commercial réciproque avec Washington, alors que les États-Unis examinent la possibilité d’imposer de nouvelles taxes dans le cadre d’une enquête menée au titre de l’article 301 de la loi sur le commerce de 1974.
Pourquoi les États-Unis envisagent de nouvelles taxes
La vice-première ministre et ministre du Commerce, Suphajee Suthumpun, a déclaré que la Thaïlande était prête à fournir des explications supplémentaires aux autorités américaines concernant les questions liées au travail forcé.
Dans le cadre d’un examen préliminaire portant sur 60 partenaires commerciaux, les États-Unis ont évalué les mesures mises en place pour empêcher l’importation de produits liés au travail forcé.
À l’issue de cet examen, 46 économies, dont la Thaïlande, ont été jugées comme ne disposant pas de réglementations ou de mécanismes de contrôle suffisants.
Selon les conclusions préliminaires américaines, les pays classés dans le groupe considéré comme présentant des contrôles insuffisants pourraient être soumis à un droit de douane de 12,5 %, tandis que les 14 économies jugées à faible risque seraient plafonnées à 10 %.
Les autorités thaïlandaises soulignent toutefois que les États-Unis ne remettent pas en cause la manière dont le pays traite le travail forcé sur son propre territoire.
Les critiques portent principalement sur l’absence de législation spécifique visant à contrôler les importations provenant de pays où cette pratique existe.
Cette procédure intervient après la décision rendue le 20 février 2026 par la Cour suprême des États-Unis, qui a invalidé les droits de douane réciproques imposés sous le régime de la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (IEEPA).
Depuis lors, Washington applique un droit de douane temporaire de 10 % sur les importations en provenance de tous les pays au titre de l’article 122 de la loi sur le commerce de 1974.
Cette mesure doit expirer le 24 juillet 2026.
Bangkok cherche un accord avant l’échéance de juillet
La Thaïlande dispose encore de plusieurs semaines pour défendre sa position.
Le pays doit déposer avant le 22 juin une demande de participation à une audience publique organisée aux États-Unis.
Des observations écrites pourront ensuite être transmises jusqu’au 6 juillet concernant les niveaux tarifaires, les produits concernés et les éventuelles exemptions.
L’audience est prévue le 7 juillet et une décision finale est attendue avant le 24 juillet.
Actuellement, 1 655 produits sur plus de 10 000 lignes tarifaires bénéficient d’une exemption au titre de l’annexe A.
Ces exemptions concernent notamment l’électronique, l’informatique, le caoutchouc, l’agriculture, les produits alimentaires transformés, l’aéronautique civile et les métaux précieux.
La Thaïlande souhaite élargir cette liste afin d’y inclure davantage de produits agricoles, de produits agricoles transformés, certains articles liés à l’automobile ainsi que des produits en caoutchouc.
Parallèlement, Bangkok espère conclure un accord de commerce réciproque (ART) avec Washington d’ici la fin du mois de juin.
Mme Suphajee a toutefois souligné que plusieurs pays ne disposant pas de législation spécifique sur le travail forcé restaient soumis au taux de 10 %, notamment grâce à des accords commerciaux conclus avec Washington.
Elle cite notamment la Malaisie, le Guatemala, le Bangladesh, l’Argentine et Taïwan.
Les autorités thaïlandaises espèrent qu’un accord similaire permettra au pays d’être classé dans une catégorie tarifaire plus favorable lorsque les États-Unis rendront leur décision finale.
Les négociations comportent encore 25 points en suspens impliquant plusieurs ministères.
Une délégation commerciale thaïlandaise doit se rendre aux États-Unis à partir du 5 juin pour environ deux semaines de discussions.
Une autre enquête américaine vise plusieurs secteurs stratégiques
La Thaïlande attend également les conclusions d’une enquête américaine distincte sur les surcapacités industrielles, attendues à la mi-juin.
Les secteurs de l’électronique, du caoutchouc et des machines figurent parmi les principaux domaines examinés.
Selon les autorités thaïlandaises, les taux d’utilisation des capacités de production dans ces secteurs se situent entre 70 % et 95 %, soit bien au-dessus du seuil de 60 % évoqué par les autorités américaines pour caractériser une situation de surcapacité.
Bangkok estime que ces données constituent un argument solide dans sa défense.
Malgré l’incertitude entourant ces enquêtes, le ministère du Commerce n’a pas révisé son objectif d’exportations pour 2026.
Les exportations thaïlandaises ont progressé de près de 20 % au premier trimestre et ont encore dépassé les 20 % de croissance en avril.
Voir : Thaïlande : record historique pour les exportations, en hausse de 18,7 %
Cette forte dynamique explique d’ailleurs l’importance accordée aux négociations en cours, les industriels craignant que de nouveaux droits de douane américains ne freinent brutalement cette croissance au second semestre.
Le secteur privé redoute un impact sur l’industrie thaïlandaise
Pimjai Leeissaranukul, présidente de la Fédération des industries thaïlandaises, a déclaré que les entreprises suivaient avec inquiétude la relance des enquêtes américaines au titre de l’article 301 de la loi sur le commerce, qui visent 16 partenaires commerciaux dont la Thaïlande.
Selon elle, cette situation constitue l’un des principaux risques externes pour l’économie thaïlandaise en 2026 et pourrait affecter de nombreux secteurs manufacturiers.
Elle affirme toutefois que les industriels disposent de preuves démontrant que les marchandises concernées sont produites par des travailleurs thaïlandais et que ces éléments pourront être présentés aux autorités américaines.
Le Conseil national de développement économique et social a également mis en garde contre l’incertitude entourant les futures mesures commerciales américaines.
Selon l’organisme, Washington pourrait recourir à d’autres dispositions légales pour imposer de nouveaux droits d’importation, augmentant ainsi le risque de taxation supplémentaire pour plusieurs exportations thaïlandaises.
Le ministère du Commerce a déjà transmis ses observations aux autorités américaines et attend désormais les conclusions des différentes procédures engagées par Washington, attendues d’ici juillet 2026.
Voir aussi :
- La Thaïlande se rapproche des États-Unis et de la France sur la défense
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- Thaïlande : un journaliste dénonce la loi de la jungle imposée par les États-Unis
Source : The Nation Thailand
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