Le marché du cannabis en Thaïlande semble encore peu affecté par les nouvelles règles imposées par les autorités.
Malgré un durcissement de la réglementation visant à limiter l’usage récréatif et à renforcer le cadre médical, les dispensaires restent nombreux et les ventes continuent presque normalement dans plusieurs quartiers touristiques de Bangkok.
Voir : Cannabis : la Thaïlande impose des règles plus strictes aux vendeurs
- La Thaïlande a renforcé les règles encadrant la vente de cannabis.
- Les clients sont désormais censés présenter une ordonnance médicale.
- Dans les zones touristiques de Bangkok, de nombreux dispensaires continuent pourtant leurs activités presque normalement.
- Des militants et professionnels dénoncent une application très inégale des nouvelles mesures.
Des règles plus strictes, mais peu de changements visibles

Des commerçants attendent des clients dans un magasin de cannabis à Phuket. Photo : Reuters
La Thaïlande tente de reprendre le contrôle d’un marché du cannabis en pleine expansion après plusieurs années de libéralisation rapide.
Les nouvelles règles imposent désormais aux consommateurs d’obtenir une ordonnance avant d’acheter des produits à base de cannabis.
Voir : Le cannabis en Thaïlande est désormais réservé à 5 usages médicaux
Dans la pratique, cependant, peu de changements semblent visibles dans certains quartiers très fréquentés de Bangkok, notamment autour de Khaosan Road, où les dispensaires continuent d’attirer touristes et clients locaux.
Selon plusieurs professionnels du secteur et militants interrogés, le cannabis reste largement accessible à des fins récréatives malgré le nouveau cadre réglementaire.
Le ministre thaïlandais de la Santé publique, Pattana Promphat, a pourtant indiqué qu’un nouveau projet de loi sur le cannabis et le chanvre devait accélérer le renforcement des contrôles sur la culture et la distribution.
Une application des règles jugée très inégale

Des policiers se préparent à des opérations contre les magasins de cannabis en Thaïlande en août 2025. Photo : AP/Sakchai Lalit
La réglementation actuelle prévoit que les consommateurs s’inscrivent auprès d’une clinique de médecine traditionnelle thaïlandaise afin d’obtenir un diagnostic et une ordonnance avant tout achat.
Les commerçants doivent également conserver les documents et enregistrer les transactions pour d’éventuels contrôles.
Mais selon la militante pro-cannabis Chokwan Chopaka, la réalité sur le terrain serait bien différente.
Elle affirme que de nombreux dispensaires vendent encore sans ordonnance, certains documents étant parfois établis après coup si nécessaire.
Elle évoque également des prescriptions délivrées massivement ou via des arrangements informels avec certains détaillants.
« Quelle que soit la règle que vous édictez, si elle n’est pas appliquée, rien ne se passera », a-t-elle déclaré.
Khaosan Road reste un symbole du cannabis touristique

Khao San road à Bangkok.
Cette contradiction est particulièrement visible sur Khaosan Road, célèbre rue touristique de Bangkok où plus d’une dizaine de dispensaires opèrent encore à quelques mètres les uns des autres.
Lors d’une récente visite en semaine, tous les commerces observés étaient ouverts, avec des clients parcourant les rayons ou consommant du cannabis sur place.
Des employés de plusieurs dispensaires ont expliqué anonymement que les commerces tentaient de s’adapter au nouveau cadre réglementaire, mais de manière très variable selon les établissements.
Un magasin a par exemple indiqué avoir engagé un médecin venant plusieurs fois par semaine afin de vérifier les ordonnances et rester conforme aux nouvelles exigences.
Cette mise en conformité aurait entraîné une hausse des coûts et découragé certains clients, notamment ceux craignant de devoir fournir leurs informations personnelles.
Un employé a également affirmé que l’application des règles restait relativement souple pour les visiteurs étrangers.
Selon lui, lorsque des touristes sont contrôlés sans ordonnance, la police se contente souvent d’un simple avertissement plutôt que de sanctions plus sévères.
Des commerçants encore dans le flou

Des touristes achètent de la marijuana dans un dispensaire de cannabis à Pattaya. Photo : Joshua Resnick
D’autres dispensaires reconnaissent appliquer les règles de manière plus souple.
Un employé a expliqué que son activité n’avait quasiment pas été affectée car la licence du magasin restait encore valable pendant plusieurs années.
Le ministère thaïlandais de la Santé avait en effet accordé une période de transition permettant aux commerces existants de poursuivre leurs activités avant de devoir se transformer progressivement en structures davantage orientées vers un usage médical.
Interrogé sur l’obligation réelle de demander une ordonnance à chaque client, un vendeur a reconnu que « cela dépend beaucoup du magasin et du client ».
Selon lui, limiter strictement les ventes à un usage médical ferait chuter fortement les revenus du secteur.
Une autre employée de dispensaire a toutefois défendu un encadrement plus strict tout en estimant que le cannabis devait rester légal en Thaïlande.
Elle a également affirmé que l’alcool provoquait davantage de désordre visible sur Khaosan Road que le cannabis.
Les autorités défendent un encadrement plus strict

Cannabis médical.
Les autorités thaïlandaises estiment toutefois que ce durcissement est nécessaire pour mieux encadrer un marché devenu difficile à contrôler après la dépénalisation.
Le Département de la médecine traditionnelle et alternative thaïlandaise affirme vouloir faire évoluer progressivement les commerces de cannabis vers un modèle proche de celui des cliniques médicales.
Les nouvelles règles, entrées en vigueur le 30 avril, renforcent également les contrôles sur la recherche, les importations, la transformation et la distribution.
Les nouveaux demandeurs de licence doivent désormais être liés à des activités médicales ou de santé reconnues, tandis que les points de vente agréés doivent employer du personnel qualifié.
Les autorités ont aussi mis en place des inspections renforcées et des systèmes de signalement en ligne afin de permettre au public de dénoncer d’éventuelles infractions.
Environ 12 000 licences de distribution de cannabis valables entre 2026 et 2028 ont été délivrées à travers le pays.
Selon les autorités, près de la moitié d’entre elles doivent expirer cette année, ce qui représente un défi majeur pour la mise en conformité du secteur.
Un marché qui évolue plus vite que les régulateurs

Un ouvrier inspecte les feuilles de cannabis à la ferme Rak Jang, l’une des premières fermes autorisées par le gouvernement thaïlandais à cultiver du cannabis et à vendre des produits à des établissements médicaux, à Nakhon Ratchasima. Photo : Reuters.
Malgré ces nouvelles mesures, plusieurs observateurs estiment que le principal problème reste l’écart entre les règles officielles et leur application concrète.
Les critiques considèrent qu’un simple durcissement réglementaire ne suffira pas sans meilleure information du public et contrôles réellement appliqués.
Selon eux, le secteur continue aujourd’hui de fonctionner largement grâce à des arrangements informels et à une grande flexibilité dans l’application des règles.
Pendant que les autorités débattent encore d’un encadrement plus strict, les dispensaires restent ouverts, les touristes continuent d’affluer, et le marché du cannabis semble encore s’adapter plus vite que les régulateurs thaïlandais.
Voir aussi :
- La fin du boom du cannabis en Thaïlande : plus de 7 000 magasins disparaissent
- Phuket tire la sonnette d’alarme : trop de touristes « défoncés » au cannabis
- Thaïlande : 1 000 magasins de cannabis fermés lors d’une vaste opération
Source : Bangkok Post
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