La Thaïlande n’arrive pas à faire revenir les voyageurs chinois, malgré l’exemption de visa et les campagnes de promotion du tourisme.
L’image de la Thaïlande a été salie par plusieurs événement qui fait qu’elle est maintenant considérée comme un pays dangereux pour de nombreux touristes chinois.
À cause de cela, l’industrie touristique thaïlandaise se retrouve privée de ses plus gros clients.
Lorsque la Chine a enfin levé les restrictions « zéro-covid » en janvier, permettant à ses citoyens de voyager à l’étranger, la Thaïlande a nourri de grands espoirs.
Elle s’attendait à un regain d’activité qui aiderait son industrie touristique à regagner une grande partie du terrain perdu pendant la pandémie.
Le gouvernement prévoyait jusqu’à cinq millions d’arrivées de touristes chinois d’ici la fin de l’année.
Mais ce scénario optimiste a été détruit par un film chinois et la folie meurtrière d’un jeune Thaïlandais de 14 ans.
Voir : Un nouveau coup dur pour le tourisme en Thaïlande
Un peu moins de 2,5 millions de touristes chinois se sont rendus en Thaïlande au cours des neuf premiers mois de 2023, ce qui est encore loin des près de 11 millions de touristes venus en 2019, mais constitue une nette amélioration par rapport à l’année dernière, où ils n’étaient que 270 000.
Pour les touristes chinois à Bangkok, 76 Garage, un restaurant en plein air situé dans la banlieue nord de la capitale thaïlandaise, figure depuis longtemps en tête de liste des lieux à visiter.
Et ils n’y vont pas pour la nourriture, mais pour les serveurs.

Serveurs du 76 Garage à Bangkok.
Au milieu du restaurant se trouve une piscine.
La soirée atteint son apogée lorsque les serveurs, tous des jeunes hommes en pleine forme, se déshabillent jusqu’au short et plongent dans la piscine, proposant de porter les convives pour une séance de photos et un pourboire.
Il fut un temps où le 76 Garage était si populaire qu’il fallait réserver un mois à l’avance pour obtenir une table.
Aujourd’hui, la moitié des tables sont vides.
C’est la même chose pour les hauts lieux touristiques de la Capitale.
Anucha Liangruangreongkit, guide touristique parlant chinois au Grand Palais de Bangkok, où il travaille depuis 42 ans, a déclaré :
« Notre ministère du tourisme avait annoncé que le nombre de visiteurs se rétablirait rapidement après la pandémie.
Mais ils rêvent, je suis guide, je devrais le savoir.
Si c’était normal, comme dans le passé, ce serait plein à craquer, non ?
Regardez maintenant, y a-t-il beaucoup de monde ici ? Non. »
Le problème est en partie dû à la pénurie de vols à bas prix depuis la pandémie et au ralentissement de l’économie chinoise.
Le nouveau gouvernement thaïlandais espérait que l’annonce d’une exemption de visa pour cinq mois attirerait davantage de touristes.
Mais la fusillade survenue le 3 octobre dans le centre commercial le plus célèbre de Bangkok, au cours de laquelle une Chinoise, mère de deux enfants, a été tuée, a aggravé le problème d’image auquel sont confrontés la Thaïlande et d’autres pays d’Asie du Sud-Est.
Ces pays sont désormais considérés comme peu sûrs par de nombreux Chinois.
De nombreux voyageurs chinois ont annulé leurs voyages après la fusillade et d’autres ont promis de ne jamais venir.
Voir : 60 000 chinois ont annulé leur voyage en Thaïlande après la fusillade
Anucha Liangruangreongkit affirme que les touristes chinois ne sont pas revenus en aussi grand nombre.
En août, un nouveau film intitulé No More Bets a connu un énorme succès au box-office chinois, engrangeant des dizaines de millions de dollars dès les premiers jours.

Affiche du film No more bets
Il mettait en scène un mannequin chinois et un programmeur informatique attirés par la promesse d’emplois bien rémunérés dans un centre d’appel frauduleux situé dans un pays d’Asie du Sud-Est dont le nom n’a pas été dévoilé, et contraints de travailler dans des conditions proches de l’esclavage.
Voir : Comment un film chinois instille la peur de voyager en Thaïlande
No More Bets s’appuie sur les informations alarmantes diffusées ces deux ou trois dernières années concernant les milliers de personnes, dont beaucoup de Chinois, piégées dans des centres d’escroquerie au Cambodge et le long des frontières thaïlandaises avec le Myanmar et le Laos, où règne l’anarchie.
Voir : Plus de 220 000 personnes auraient été kidnappées par des gangs en Asie du Sud-Est
Les médias sociaux chinois ont également diffusé des récits horribles de tortures et de mauvais traitements infligés à ceux qui ont réussi à s’échapper.
Voir : Une Thaïlandaise sauvée après avoir été torturée dans un centre d’appel
Abby, une étudiante chinoise en Thaïlande qui aime tenir des blogs sur des sites comme 76 Garage, a constaté que l’image populaire de la Thaïlande avait changé dans les commentaires de son compte TikTok.
« Avant, les commentaires sur mon fil étaient très positifs », explique-t-elle.
« Beaucoup de gens disaient, après avoir regardé mes vidéos, qu’ils voulaient vraiment venir en Thaïlande ».
Mais maintenant, les gens s’inquiètent même du fait que les serveurs torse nu dans la piscine pourraient être une ruse pour inciter les convives peu méfiants à donner leurs reins.
Les gens me demandent :
Êtes-vous en train de monter une arnaque de prélèvement de reins ?
C’est vous qui envoyez des gens de Thaïlande au Myanmar ? »
Car bien avant le film « No more bets » et la fusillade à Bangkok, de nombreux faits divers réels et histoires inventés avaient été partagés sur les réseaux sociaux chinois, donnant une mauvaise image du pays.
Voir : Le tourisme en Thaïlande victime d’une campagne de dénigrement en Chine
Par le passé, c’étaient les touristes chinois qui avaient une mauvaise réputation en Thaïlande.
Ils voyageaient souvent en grands groupes bruyants et étaient considérés comme impolis et insistants.
Des plaintes ont été déposées au sujet de ce que l’on appelle le « tourisme zéro dollar », qui consiste à proposer des forfaits tout compris dont la majeure partie des recettes est reversée aux opérateurs restés en Chine, et un débat public a eu lieu sur les risques d’une trop grande dépendance à l’égard des Chinois.
Voir : Le tourisme « zéro dollar » chinois menace à nouveau la Thaïlande
Aujourd’hui, les préoccupations en matière de sécurité éloignent bon nombre d’entre eux, et l’industrie touristique thaïlandaise concentre ses efforts sur d’autres marchés, comme la Russie et l’Inde.
Voir : La Thaïlande en passe de devenir une zone sans visa pour les touristes étrangers
Mais un pays aussi dépendant du tourisme que la Thaïlande ne peut se permettre d’ignorer le plus grand marché du monde.
Les visiteurs chinois sont en fait parmi ceux qui dépensent le plus en Thaïlande, déboursant en moyenne 168 euros par jour.

Un groupe de touristes chinois visite le Grand Palais à Bangkok, en Thaïlande. Photo : Xinhua/Wang Teng
Selon un guide touristique, le Grand Palais de Thaïlande était autrefois très fréquenté par les touristes chinois.
« En fait, les voyageurs chinois en Thaïlande se situent actuellement dans le haut de gamme », explique Tirawan Taechaubol, dont la famille dirige une vaste chaîne d’hôtels de luxe et d’appartements avec services dans le cadre de son groupe Kaseko.
« Nous avons remarqué qu’ils sont plus ouverts aux expériences différentes, qu’ils dépensent beaucoup pour la bonne nourriture et les activités.
Comme à Cape Fahn, notre complexe situé sur une île privée et comprenant 24 villas, nous avons des clients chinois qui louent toute l’île pour des anniversaires ou des mariages, voire simplement pour des demandes en mariage ».
Selon elle, le tourisme thaïlandais commence à voir apparaître un autre type de clients que les Chinois chahuteurs et chasseurs de bonnes affaires du folklore populaire.

Nouveau quartier chinois de Huai Khwang à Bangkok. Photo : Khao Sod
À l’entrée d’un immeuble d’appartements de 55 étages récemment construit dans le centre de Bangkok, Owen, un agent immobilier chinois, attend de rencontrer deux nouveaux clients, Lincoln et Wonson, qui ont pris l’avion de Shanghai la veille pour leur première visite en Thaïlande.
En tant que couple gay, ils disent vouloir découvrir la variété étourdissante des divertissements LGBTQ+ en Thaïlande.
Mais leur objectif est plus sérieux.
Ils veulent fonder une famille, ce qui est beaucoup plus difficile pour les couples homosexuels en Chine, et ils sont à la recherche d’une maison potentielle.
Voir aussi : Le nouveau quartier chinois de Bangkok inquiète les Thaïlandais
Owen explique que la Thaïlande est la première destination de choix pour les voyageurs chinois LGBTQ+, et que ceux qui souhaitent s’y installer représentent désormais les deux tiers de ses clients.
« Nous avons vu beaucoup de gays, de lesbiennes et de transgenres ici », explique M. Lincoln.
« Alors oui, je pense que c’est un pays très ouvert et très libre.
Lorsque nous sommes arrivés ici, nous nous sommes sentis libérés ».
Lincoln et Wonson affirment qu’ils peuvent mener à Bangkok une vie encore inimaginable en Chine.
« Je pense que la chose la plus importante est l’atmosphère qui règne ici », ajoute Wonson.
« La liberté, parce que vous savez qu’il est difficile pour nous de vivre en Chine, face à la pression sociale de la famille, de la culture traditionnelle.
Peut-être qu’ici, nous pourrons avoir une vie comme dans notre imagination, qui peut non seulement répondre à nos propres besoins, mais aussi à ceux de nos enfants.
Et ici, nous pouvons dire à nos enfants que nous sommes tout à fait normaux, comme les autres ».
Voir aussi : La Thaïlande veut attirer les retraités LGBTQ+ internationaux
Selon Gary Bowerman, dont la société Check-in Asia suit les tendances de voyage dans la région, ces visiteurs représenteront une part croissante des voyageurs chinois.
« Trois années passées dans un pays très sûr pendant la pandémie ont probablement changé leur perception de la sécurité, de sorte que les rumeurs d’escroquerie et d’enlèvement auront un impact sur la perception des gens », a-t-il ajouté.
« Mais une chose que je dirais à propos des jeunes voyageurs chinois, c’est qu’ils sont prêts à expérimenter ».
Et le plus grand attrait de la Thaïlande, selon lui, est « cet élément d’aventure et, disons, de danger gérable ».
Source : BBC
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6 commentaires
De toute évidence, les facilités de séjour prolongé sans visa octroyé il y a quelques semaines aux chinois, ne font pas le poids face à la violence sanglante et aux faits divers dramatiques liés à l’insécurité des touristes en général et des Chinois en particulier, victimes récemment d’actes meurtriers commis en Thaïlande… et c’est bien compréhensible : qui choisirait pour ses prochaines vacances, un pays vanté pour ses paysages, ses îles et ses plages, mais où vous risquez à des degrés divers de vous faire voler, molester ou même tuer gratuitement et sans raison ?
Surtout quand cette publicité négative est relayée de manière exponentielle par des réseaux sociaux chinois et par le gouvernement communiste qui ne néglige aucune occasion de montrer à sa population les errements criminels et les dangers d’une société « capitaliste ».
La seule solution se trouve en Thaïlande et est entre les mains du gouvernement thaïlandais, du ministère de l’Intérieur et des forces de police qui doivent redoubler d’efforts pour sécuriser l’espace public thaïlandais dans son ensemble et repenser en profondeur les devoirs et les priorités des effectifs de police dans leur travail quotidien du maintien de l’ordre et de la sécurité civile de la population thaïlandaise et des millions de touristes et d’étrangers séjournant dans le pays lors de séjours allant de quelques semaines à des dizaines d’années…
Les autorités thaïlandaises veulent voir revenir les touristes chinois en Thaïlande ?
Qu’ils mettent les policiers dans les rues, dans les centres commerciaux, dans les villes et à tout endroit densément peuplé et touristiquement visité…
Bref, montrer que la police TRAVAILLE avant tout à la sécurisation de l’espace public et à y garantir l’intégrité physique des personnes, partout où la densité d’une population festive et confiante pourrait inspirer tout esprit dérangé, violent, opposé politiquement, socialement ou psychologiquement à l’ordre établi et aux lois et règles d’une cohabitation sociale faite de tolérance, à agir de manière violente et meurtrière, quelles qu’en soient les raisons.
Dans ce domaine, la prévention est un outil qui n’est absolument pas exploité par les forces de police thaïlandaise.
Je peux compter en un an et sur les doigts d’une seule main, le nombre de fois où je croise, lors de mes sorties en ville, une patrouille de police qui se manifeste par sa présence sécuritaire et dissuasif dans un espace public ouvert ou fermé…
Cette absence constante de proximité avec la population et envers laquelle elle a un devoir de service et de protection n’est absolument pas assurée par la police thaïlandaise, alors que cela devrait (être une fonction essentielle de ses devoirs… ce n’est tout simplement pas normal !!!
Cela ne viendrait-il pas aussi de leur comportement ?
Bien sûr que si, « Filippo »…
La police thaïlandaise est loin d’être exempte de reproches…
C’est plutôt la pensée inverse qui vient à l’esprit quand on constate le nombre d’affaires de comportements corrompus, de falsifications de preuves, de tentatives d’intimidation et de versements de pots-de-vin dans différentes affaires où des personnalités publiques, hauts fonctionnaires, hommes politiques, magnats d’entreprises, vedettes des médias sont impliquées ou poursuivies…
Et les affaires qui sont dévoilées par les médias ne concernent qu’une petite partie de l’ensemble des comportements entachés de corruption de certains policiers, car cette corruption s’exerce aussi quotidiennement à plus petite échelle dans la population thaïlandaise et parmi les touristes étrangers, fragilisés physiquement et psychologiquement dans un pays dans lequel ils sont ignorants des lois, règlements et obligations légales.
Pour être complet et objectif, il faut souligner qu’une grande partie des policiers font leur travail en toute honnêteté et avec beaucoup de conscience professionnelle…
Malheureusement, certains éléments viennent pourrir complètement l’image globale de la police dans son ensemble par des faits divers coupables retentissants dans la presse et les médias sociaux…
Récemment, au cours des 2 dernières années, des hauts fonctionnaires et officiers supérieurs haut-gradés ont été poursuivis, déplacés, démis et dégradés, voir expulsés de la police pour faits graves de corruption et d’activités illicites (allant jusqu’à des complicités dans des nominations de hauts responsables d’administration, des affaires de prostitution, de drogues et de traites des êtres humains, de meurtres et de participation criminelle à des mafias régionales et locales).
Dans ce domaine, la lutte contre de telles présences actives au sein de la police thaïlandaise qui gangrènent les rouages de l’institution chargée de faire respecter les lois et de protéger la population contre notamment les associations de malfaiteurs présentes de l’intérieur, constitue un défi majeur pour améliorer la réputation du corps de police thaïlandais dans son ensemble.
Dans ce genre de lutte, et bien que le principe soit difficile à accepter, la délation monnayée avec protection de repentis, doit être une solution à envisager en parallèle avec les actions judiciaires d’enquêtes, d’instruction et de procès par les voies légales démocratiques.
On ne lutte pas contre un char de combat avec des cannes en bambou !!!
Malheureusement et sans surprise, cela continue et n’est pas près de s’arrêter :
La corruption responsable de l’effondrement d’une route en Thaïlande
Tout à fait vrai, ces touristes sont difficilement supportables, malgré leur argent, ils ne respectent rien ni personnes et ça les Thai n’apprécient pas …..
Logique alors qu’ils restent chez eux, et saluons l’audace et le courage des autres.
J’avais malheureusement lu qu’il fallait moins de touristes en Thaïlande pour protéger les écosystèmes…
C’était durant le blocage dû à la COVID.
Maintenant, c’est bien plus de touristes qu’avant.
Va falloir mettre l’exemption de visa sans limite de temps…
Et proposer des a/r vers les pays de L’OCDE à 500$.