Accueil Actualités en ThaïlandeTrafic d’héroïne : la police remonte la filière entre la Thaïlande et l’Australie

Trafic d’héroïne : la police remonte la filière entre la Thaïlande et l’Australie

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Police thaïlandaise dans la cache d'Ayutthaya utilisée pour préparer des colis d'héroïne destinés à l'Australie

L’enquête sur l’hôtesse de Thai Airways arrêtée en Australie avec de l’héroïne révèle l’existence d’un vaste réseau criminel.

Voir : La Thaïlande embarrassée par des affaires de drogue vers l’Australie

Les autorités thaïlandaises ont déjà procédé à plusieurs arrestations, découvert plus de 24 kg d’héroïne lors de perquisitions et mis au jour un système de recrutement ciblant les membres d’équipage des compagnies aériennes via les réseaux sociaux.

Une simple arrestation devenue une vaste enquête internationale

Sacs en toile utilisés pour dissimuler de l'héroïne lors d'une tentative de trafic entre la Thaïlande et l'Australie

Les autorités australiennes ont découvert plus d’un kilogramme d’héroïne caché dans la doublure de sacs en toile transportés par une hôtesse de Thai Airways. Photo : Police fédérale australienne

L’arrestation, le 25 juin à Melbourne, d’une hôtesse de l’air thaïlandaise de 26 ans en possession d’héroïne a rapidement conduit les enquêteurs bien au-delà d’une simple affaire de passeuse.

Selon le secrétaire général de l’Office thaïlandais de contrôle des stupéfiants (ONCB), Suriya Singhakamol, les éléments recueillis montrent que le trafic repose sur une organisation criminelle transnationale impliquant plusieurs pays et de nombreux intermédiaires.

Le dossier pourrait ainsi être confié au Département des enquêtes spéciales (DSI), chargé des affaires criminelles les plus complexes.

Les enquêteurs thaïlandais travaillent désormais en étroite coopération avec la police fédérale australienne afin d’identifier l’ensemble des membres du réseau, depuis les recruteurs jusqu’aux destinataires des cargaisons.

Des hôtesses recrutées via Facebook et TikTok

Hôtesses de Thai Airways dans une cabine d'avion

Des hôtesses de Thai Airways à bord d’un avion.

L’enquête montre que les trafiquants ciblaient délibérément les personnels navigants, dont les déplacements internationaux et le statut inspiraient moins de méfiance lors des contrôles.

Selon Reuters, plusieurs membres d’équipage de compagnies aériennes thaïlandaises ont reçu sur Facebook, TikTok ou Line des messages leur proposant de transporter des colis vers l’Australie contre rémunération.

L’une des hôtesses interrogées par l’agence de presse explique avoir reçu un message demandant simplement :

« Vous allez bientôt en Australie ? Faites-vous du transport de colis ? », ajoutant que les équipages sont régulièrement avertis par leurs employeurs de ne jamais accepter ce type de proposition.

Dans l’affaire actuelle, les enquêteurs estiment que le recrutement est passé par un compte Facebook baptisé « Rose Rose », qui présentait les colis comme de simples produits artisanaux thaïlandais.

La commission promise à l’hôtesse s’élevait à seulement 3 400 bahts (environ 89 euros) et non 8 800 bahts comme signalé précédemment, ce qui prouverait que l’hôtesse n’était pas consciente de transporter de la drogue.

Une destinataire identifiée en Australie

Les investigations ont également permis d’identifier une femme basée à Melbourne, connue sous le surnom de « Dear », soupçonnée d’être la destinataire finale de la cargaison.

Selon l’ONCB, la remise devait avoir lieu dans un hôtel de Melbourne, même si les autorités australiennes poursuivent encore l’exploitation des téléphones saisis afin de reconstituer précisément les communications entre les différents membres du réseau.

Plus de 24 kg d’héroïne découverts lors des perquisitions

Logo de l'Office thaïlandais de contrôle des stupéfiants (ONCB) sur son siège à Bangkok

Le siège de l’Office thaïlandais de contrôle des stupéfiants (ONCB) à Bangkok. Photo : Reuters / Chalinee Thirasupa.

Au fil de l’enquête, les policiers thaïlandais ont multiplié les opérations à Bangkok.

Plusieurs caches ont été découvertes, permettant la saisie de plus de 24 kg d’héroïne, dissimulée dans des objets destinés à l’exportation, notamment des produits artisanaux, des vêtements traditionnels en soie, des sachets de café et des vestes d’hiver.

Les enquêteurs pensent que la drogue était préparée hors de Thaïlande, probablement au Laos, avant d’être introduite clandestinement dans le royaume puis expédiée vers l’Australie.

Plusieurs arrestations permettent de remonter la filière

Deux suspects escortés par des agents de l'ONCB après leur arrestation dans l'enquête sur un trafic d'héroïne vers l'Australie

Deux suspects, un Thaïlandais et son épouse laotienne, sont escortés vers les locaux de l’Office thaïlandais de contrôle des stupéfiants (ONCB) à Bangkok après leur arrestation dans l’enquête sur un trafic d’héroïne vers l’Australie. Photo : Reuters / Chalinee Thirasupa

L’enquête a conduit à l’arrestation d’un Thaïlandais de 43 ans et de son épouse laotienne, soupçonnés d’avoir assuré à six reprises le transport de colis entre la province frontalière de Loei et Bangkok pour le compte d’un ressortissant laotien.

L’homme a reconnu avoir perçu 8 000 bahts (environ 209 euros) par livraison, y compris pour le colis destiné à l’hôtesse de Thai Airways, tandis que son épouse nie toute implication.

Les policiers ont ensuite arrêté Uthai Khanapiwat, considéré comme l’un des principaux maillons de la chaîne logistique.

Selon ses aveux, il avait récupéré dans le nord de la Thaïlande plusieurs sacs déjà cousus contenant de l’héroïne, avant de les stocker dans un appartement de la province d’Ayutthaya puis de les livrer à Bangkok.

Il affirme avoir effectué trois missions similaires contre une rémunération de 60 000 bahts chacune, après avoir été contacté sur Line par un utilisateur utilisant le pseudonyme « Rin Rin ».

Pour effectuer ces livraisons, Uthai a expliqué avoir fait appel à Atirach Supian, un chauffeur de 59 ans originaire de la province d’Ayutthaya, qui l’aurait conduit à plusieurs reprises jusqu’aux lieux de remise des colis, notamment à la résidence de l’hôtesse à Bang Na le 22 juin.

Entendu par la police, Atirach nie toutefois toute implication dans le trafic et affirme avoir agi comme simple chauffeur.

Les enquêteurs poursuivent leurs vérifications afin de déterminer s’il connaissait le contenu des colis.

Une cache servant à préparer les colis découverte à Ayutthaya

Police thaïlandaise dans la cache d'Ayutthaya utilisée pour préparer des colis d'héroïne destinés à l'Australie

La police inspecte la cache d’Ayutthaya où étaient préparés les sacs ayant servi à dissimuler de l’héroïne destinée à être expédiée vers l’Australie. Photo : The Nation Thailand

La perquisition menée dans l’appartement utilisé par Uthai a permis de découvrir des morceaux de tissu ornés de motifs d’éléphants, des téléphones portables, une importante somme d’argent liquide ainsi que des résidus d’héroïne confirmés par des analyses scientifiques.

Les enquêteurs estiment que ce logement servait à entreposer et préparer les sacs destinés à dissimuler la drogue avant leur remise aux passeurs.

Confronté aux preuves, Uthai a reconnu savoir que les sacs contenaient de l’héroïne et a présenté publiquement ses excuses à l’hôtesse arrêtée en Australie, affirmant avoir été recruté par d’autres membres du réseau.

Des méthodes déjà utilisées dans plusieurs affaires

Selon l’ONCB, cette organisation présente des liens avec plusieurs importantes affaires de trafic d’héroïne découvertes en Thaïlande en 2023 et 2024, ainsi qu’avec une autre saisie réalisée en mars dernier impliquant également une hôtesse de l’air.

Pour les autorités, le mode opératoire est désormais bien établi.

Les trafiquants recrutent des personnes inspirant confiance et leur confient des colis déjà préparés, présentés comme de simples marchandises.

Chaque intervenant ne joue ensuite qu’un rôle limité dans la chaîne logistique, ce qui complique le travail des enquêteurs lorsqu’ils tentent de remonter jusqu’aux organisateurs.

Les enquêteurs thaïlandais et australiens poursuivent désormais leurs investigations afin d’identifier les recruteurs, les financiers et les destinataires encore en liberté des deux côtés de la frontière.

Voir aussi :


Source : Reuters, Bangkok Post, The Nation Thailand

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