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La Thaïlande face à une menace économique qui pourrait affaiblir le baht

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Billets de baht thaïlandais devant des dollars américains avec un symbole d'alerte sur fond de préoccupations économiques

Face à la baisse continue de son excédent courant, la Thaïlande pourrait voir le baht devenir plus faible et plus volatil.

Le cabinet KKP Research anticipe un déficit de 2% du PIB pour ce deuxième trimestre 2026.

Un pilier historique de l’économie thaïlandaise s’affaiblit

Montage illustrant l'économie thaïlandaise

Montage illustrant l’économie thaïlandaise. Source : The Nation Thailand

La Thaïlande est confrontée à un défi qui dépasse la simple question de la reprise économique au second semestre.

Pour plusieurs économistes et chefs d’entreprise, l’enjeu est désormais de savoir si le pays pourra mener les réformes nécessaires avant que certaines faiblesses structurelles ne se transforment en problème plus grave.

Pendant des années, l’économie thaïlandaise a bénéficié d’importants excédents courants grâce aux exportations et au tourisme.

Cette situation a contribué à renforcer le baht, à attirer les investisseurs et à permettre à la Banque de Thaïlande de constituer d’importantes réserves de change.

Entre 2014 et 2018, l’excédent courant représentait ainsi entre 8 % et 10 % du PIB, notamment grâce à l’afflux massif de touristes chinois.

Mais cette période semble désormais révolue.

Selon le Dr Pipat Luengnaruemitchai, économiste en chef de KKP Research au sein du groupe financier Kiatnakin Phatra, la Thaïlande est entrée dans une phase de transition structurelle majeure.

L’excédent courant continue de diminuer et pourrait même devenir déficitaire à certaines périodes.

Cette évolution pourrait avoir des conséquences directes sur le baht, la stabilité financière et la confiance des investisseurs étrangers.

Pourquoi l’excédent courant se réduit

Pétrolier de la Bangchak Corporation transportant du pétrole brut vers la Thaïlande

Pétrolier de la Bangchak Corporation transportant du pétrole brut vers la Thaïlande. Photo : Bangchak

Depuis la pandémie de Covid-19, plusieurs facteurs ont contribué à affaiblir la position extérieure du pays.

La hausse des prix de l’énergie, accentuée par les tensions au Moyen-Orient, a alourdi la facture pétrolière.

En avril, la Thaïlande a enregistré un déficit commercial d’environ 10 milliards de dollars, dont près de 2,4 milliards liés aux importations de pétrole.

Voir : Pétrole et produits chinois plongent la Thaïlande dans un déficit record

KKP estime toutefois que cet élément pourrait rester temporaire si les prix mondiaux de l’énergie reviennent à des niveaux plus modérés.

Les inquiétudes portent davantage sur la balance commerciale hors pétrole.

Les importations continuent d’augmenter tandis que plusieurs secteurs thaïlandais perdent en compétitivité face à la concurrence étrangère.

Les véhicules électriques importés remplacent progressivement une partie de la production locale et certains investissements nécessitent eux-mêmes d’importantes importations.

Les centres de données, par exemple, peuvent comporter jusqu’à 80 % de contenu importé par rapport à la valeur totale de l’investissement.

Parallèlement, la balance des services peine à retrouver son niveau d’avant la pandémie.

Même si le tourisme s’est redressé pour atteindre environ les deux tiers ou les trois quarts de son niveau pré-Covid, les revenus supplémentaires sont en partie compensés par la hausse des coûts de transport et des paiements liés à la propriété intellectuelle.

Un risque croissant pour le baht et les investisseurs

Un investisseur examine un affichage numérique des cours boursiers

Un investisseur examine un affichage numérique des cours boursiers. Photo : Bangkok Post

Selon KKP Research, un léger déficit courant ne constituerait pas immédiatement un signal de crise.

La Thaïlande conserve des réserves de change importantes et reste loin des niveaux observés avant la crise financière asiatique de 1997, lorsque le déficit courant atteignait 7 à 8 % du PIB.

Néanmoins, l’institution estime que l’évolution actuelle doit être surveillée de près.

Au cours de ce deuxième trimestre 2026, KKP prévoit un déficit courant d’environ 2 % du PIB.

Ce niveau reste gérable mais reflète une vulnérabilité croissante de l’économie thaïlandaise.

Les économistes mettent particulièrement en garde contre le risque d’un « double déficit », c’est-à-dire la combinaison d’un déficit budgétaire et d’un déficit courant.

Une telle situation pourrait fragiliser davantage le baht et réduire la confiance des investisseurs étrangers.

Si la position extérieure du pays continue de se dégrader, les autorités pourraient disposer de moins de marge de manœuvre pour leurs politiques monétaires et budgétaires.

Dans quels cas la Banque de Thaïlande pourrait relever ses taux

Banque de Thailande

Banque de Thailande. Photo : Money and Banking Online

KKP estime que la Banque de Thaïlande devrait maintenir son taux directeur inchangé jusqu’au milieu de l’année prochaine, à condition que le conflit au Moyen-Orient ne s’aggrave pas et que l’inflation reste sous contrôle.

Selon l’institution, trois scénarios spécifiques pourraient contraindre la banque centrale à intervenir :

  1. Une forte poussée inflationniste : une hausse des prix pouvant atteindre environ 8 %, entraînant une hausse mécanique des coûts et des salaires.
  2. Un grand écart monétaire : un resserrement plus marqué des grandes banques centrales mondiales qui pousserait le baht vers un affaiblissement excessif.
  3. L’apparition d’un double déficit : cette situation provoquerait de lourdes sorties de capitaux, obligeant la Banque de Thaïlande à relever ses taux pour préserver la stabilité financière.

Vers un baht plus faible et plus volatil ?

Un touriste étranger change de l'argent dans un bureau de change à Bangkok

Un touriste étranger change de l’argent dans un bureau de change à Bangkok. Photo : Somchai Poomlard/Bangkok Post

Pour le Dr Pipat, le baht a peu de chances de retrouver la trajectoire d’appréciation quasi continue observée pendant de nombreuses années.

La devise thaïlandaise devrait au contraire devenir plus volatile et connaître davantage de périodes de faiblesse.

Cette évolution ne serait toutefois pas forcément négative.

Après une longue période de force relative, un baht plus faible pourrait améliorer la compétitivité des exportateurs thaïlandais.

Mais cet avantage dépendra de la capacité du pays à renforcer sa base économique et à éviter des politiques qui affaibliraient davantage les fondamentaux.

KKP cite notamment l’exemple de l’Indonésie, où la combinaison d’un déficit extérieur, d’un déficit budgétaire et d’incertitudes politiques a provoqué une forte baisse de la monnaie nationale et des sorties de capitaux.

La Thaïlande doit trouver de nouveaux moteurs de croissance

Massage au centre de bien-être Kamalaya à Koh Samui.

Massage au centre de bien-être Kamalaya à Koh Samui.

Pour éviter une détérioration progressive de sa position économique, la Thaïlande devra développer de nouvelles sources de revenus capables de générer davantage de devises étrangères.

KKP estime que des secteurs comme le bien-être, les services médicaux, la santé ou les services financiers pourraient jouer un rôle important à l’avenir.

Voir : La Thaïlande vise les voyageurs riches avec le tourisme de bien-être

Les chefs d’entreprise partagent cette analyse et considèrent que les difficultés actuelles sont davantage structurelles que conjoncturelles.

Ils soulignent que le pays doit désormais faire face simultanément :

  • aux tensions géopolitiques
  • à la volatilité des prix de l’énergie
  • au vieillissement de la population
  • à la baisse de la croissance de la main-d’œuvre
  • à une concurrence régionale accrue pour attirer les investissements

Des réformes jugées urgentes

Bangkok et son quartier d’affaires au coucher du soleil, symbole des défis économiques de la Thaïlande

Vue du centre financier de Bangkok.

Les milieux économiques appellent le gouvernement à aller au-delà des simples mesures de relance à court terme.

Parmi les réformes jugées prioritaires figurent :

  • la réduction des obstacles administratifs
  • la lutte contre la corruption
  • l’accélération des procédures d’investissement
  • le développement des infrastructures énergétiques propres
  • l’adoption d’une stratégie économique plus claire sur le long terme

Ces demandes interviennent alors que les pays de la région se livrent une compétition de plus en plus intense pour attirer les investissements dans l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les centres de données et les technologies vertes.

Les investisseurs étrangers examinent désormais non seulement les avantages fiscaux, mais aussi la stabilité politique, la qualité des infrastructures et la gouvernance des entreprises.

La gouvernance reste d’ailleurs un sujet de préoccupation après plusieurs scandales ayant touché des sociétés cotées ces dernières années.

L’incertitude politique continue également d’être surveillée de près par les investisseurs internationaux.

Selon KKP, le principal défi de la Thaïlande n’est donc plus seulement de relancer la croissance, mais d’adapter son modèle économique avant que l’érosion progressive de ses avantages historiques ne finisse par affecter durablement le baht, les investissements et la confiance des marchés.

Pour les économistes, l’alerte actuelle ne doit pas être considérée comme un simple ralentissement passager.

La véritable question est désormais de savoir si le pays sera capable de mener les réformes nécessaires avant que la baisse de sa compétitivité et de son excédent extérieur ne devienne un problème beaucoup plus difficile à corriger.

Voir aussi :


Source : The Nation Thailand

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