L’enquête se poursuit après la fusillade qui a fait neuf morts dans une école de Nonthaburi, en Thaïlande, le vendredi 7 août.
Voir : Choc en Thaïlande : 9 morts dans la fusillade d’un ado de 14 ans
Les policiers cherchent à comprendre ce qui a poussé l’adolescent de 14 ans à passer à l’acte, alors que plusieurs témoignages ne font état d’aucun signe de harcèlement ou de comportement violent avant le drame.
Plus de 20 enseignants et élèves interrogés

Les cinq enseignants tués lors de la fusillade à l’école Debsirin Nonthaburi. L’établissement leur a rendu hommage en publiant cette photo accompagnée d’un message de condoléances. Photo : école Debsirin Nonthaburi
La police thaïlandaise intensifie son enquête sur la fusillade survenue à l’école Debsirin Nonthaburi, dans le district de Bang Kruai.
Plus de 20 enseignants et élèves ont déjà été interrogés afin de retracer les événements ayant précédé l’attaque et de tenter d’en déterminer le mobile.
Les parents de l’adolescent, séparés depuis son enfance, ont également été entendus samedi au commissariat de Plai Bang.
Son père, visiblement bouleversé, a présenté ses excuses pour les actes de son fils, tandis que sa mère n’a pas souhaité s’exprimer devant les médias.
Les enquêteurs examinent plusieurs pistes, notamment d’éventuelles difficultés à l’école, des problèmes avec ses camarades ou sa famille, ainsi que des informations selon lesquelles l’adolescent aurait été dépendant aux jeux en ligne.
À ce stade, aucune de ces hypothèses n’a été établie comme étant à l’origine de la fusillade.
Un ami affirme qu’il n’était pas victime de harcèlement

Des proches d’un enseignant tué lors de la fusillade à l’école Debsirin Nonthaburi reçoivent son corps à l’hôpital général de la police, à Bangkok, samedi. Photo : Reuters
Un ami de l’adolescent, identifié uniquement par l’initiale M, a assuré qu’à sa connaissance, le garçon n’avait jamais été victime de harcèlement, de moqueries ou d’agressions de la part de ses camarades.
Il le connaissait depuis plusieurs années et le décrit comme un élève discret, qui parlait peu aux autres et s’asseyait généralement au fond de la classe.
Selon lui, l’adolescent n’avait pas de conflit particulier avec ses camarades et obtenait de bons résultats scolaires.
Il se plaignait cependant régulièrement de son professeur de thaï et de sa charge de travail.
Il avait notamment reçu une note de zéro dans cette matière avant de parvenir à la rattraper après plusieurs tentatives.
La police prévoit d’interroger l’enseignant concerné dans le cadre de l’enquête.
Un précédent avec un pistolet à billes à l’école
Le témoignage de M révèle toutefois un précédent lié aux armes.
L’adolescent aurait déjà apporté un pistolet à billes dans son sac à l’école et l’aurait montré à plusieurs amis avant de l’utiliser pour jouer à tirer dans l’enceinte de l’établissement.
Après le signalement d’un autre élève, un enseignant avait confisqué le pistolet et des points avaient été retirés de son dossier de conduite conformément au règlement de l’école.
Le matin de la fusillade, rien ne semblait cependant annoncer le passage à l’acte.
Selon M, l’adolescent avait participé normalement à la cérémonie du lever du drapeau puis assisté aux cours.
L’attaque a commencé pendant la deuxième heure, lors d’un cours de mathématiques.
« Avant la fusillade, il n’y avait aucun signe avant-coureur ni aucune atmosphère tendue », a-t-il déclaré.
La famille décrit un adolescent discret et sans antécédents violents

Le cercueil contenant le corps de l’une des victimes de la fusillade à l’école Debsirin Nonthaburi est transporté depuis l’hôpital général de la police. Photo : Reuters
La sœur de sa grand-mère a également décrit le garçon comme un adolescent calme et bien élevé qui n’avait jamais causé de problèmes à ses grands-parents.
Selon elle, il ne se laissait pas facilement influencer par ses amis, allait régulièrement à l’école, rentrait à l’heure et passait généralement ses week-ends chez lui.
Elle a indiqué qu’il jouait aux jeux vidéo, sans savoir précisément lesquels, et a affirmé qu’il n’avait pas de comportement violent.
Elle a également assuré que ses grands-parents, avec lesquels il vivait depuis la séparation de ses parents, ne lui imposaient pas de pression particulière.
La police enquête sur 98 cartouches réelles

Le pistolet et les munitions récupérés par la police sur les lieux de la fusillade dans l’école Debsirin Nonthaburi. Photo : Wassayos Ngamkham
Les enquêteurs cherchent parallèlement à déterminer la provenance de 98 cartouches de munitions réelles découvertes dans le cadre de l’enquête.
La police a notamment inspecté un stand de tir situé à Bang Bua Thong afin de vérifier l’existence d’un éventuel lien avec l’adolescent.
Elle cherche également à savoir s’il avait déjà reçu une formation au maniement des armes à feu.
Le pistolet semi-automatique CZ75 de 9 mm utilisé lors de la fusillade était légalement enregistré au nom de son grand-père.
Ce modèle est notamment accessible à certains fonctionnaires thaïlandais dans le cadre d’un programme permettant l’achat d’armes à prix réduit.
Selon le Bangkok Post, nombre de ces armes finissent toutefois par être revendues.
Avant de se rendre à l’école vendredi matin, l’adolescent a abattu ses deux grands-parents à leur domicile de Bang Bua Thong.
Il a ensuite ouvert le feu dans l’établissement avant de retourner l’arme contre lui.
Le bilan s’élève à neuf morts, dont le tireur, après le décès samedi d’une élève de 12 ans qui avait été touchée à la tête.
Plus d’une vingtaine de personnes ont également été blessées.
Anutin appelle à ne pas spéculer sur le mobile
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a appelé le public à attendre les conclusions de l’enquête avant d’attribuer la fusillade au harcèlement scolaire ou à une autre cause.
Il a estimé que les enquêteurs devaient d’abord établir précisément les faits.
Le chef du gouvernement a également appelé à renforcer le contrôle des armes à feu et rappelé que les personnes portant une arme en public sans y être autorisées s’exposaient à de lourdes poursuites pénales.
Il a en revanche rejeté l’idée d’armer les enseignants pour leur permettre de se défendre, soulignant qu’ils ne sont pas des agents des forces de l’ordre.
Anutin a également averti que les propriétaires d’armes pourraient faire l’objet de poursuites si une arme placée sous leur garde était volée puis utilisée pour commettre un crime.
Une conférence de presse de la police est prévue dimanche au commissariat de Plai Bang afin de présenter les dernières avancées de l’enquête.
Voir aussi :
- L’auteur de la dernière fusillade de masse en Thaïlande a été libéré par la justice
- La Thaïlande pleure les victimes de la fusillade de masse
Sources : Bangkok Post 1, Bangkok Post 2
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