La Thaïlande figure parmi les pays d’Asie les plus exposés à un choc pétrolier, avec un risque de baisse de 3 à 4 % des revenus des ménages.
Selon la Banque mondiale, la Thaïlande est l’une des économies d’Asie de l’Est les plus vulnérables à la hausse des prix mondiaux de l’énergie, aux côtés du Laos, de la Mongolie et du Cambodge.
Cette exposition s’explique par une forte dépendance aux importations d’énergie, en particulier de pétrole et de gaz.
S’exprimant lors de la conférence « Mise à jour économique de l’Asie de l’Est et du Pacifique : politique industrielle à l’ère du numérique », Aaditya Mattoo, directeur du Groupe de recherche sur le développement à la Banque mondiale, a détaillé les risques.
Selon lui, cette dépendance rend ces pays particulièrement sensibles aux chocs extérieurs.
Une flambée des prix liée aux tensions au Moyen-Orient
Le conflit au Moyen-Orient a entraîné une forte hausse des prix de l’énergie : les indices du gaz naturel ont bondi de 90 %, tandis que les prix du pétrole ont augmenté de 30 %.
Cette situation affecte directement les importateurs nets d’énergie comme la Thaïlande et plusieurs pays insulaires du Pacifique, où les importations de pétrole représentent entre 5 % et 13 % du PIB.
Un cessez-le-feu récemment annoncé entre les États-Unis et l’Iran pourrait contribuer à apaiser les tensions sur les marchés de l’énergie à court terme, même si les incertitudes restent élevées.
Un impact direct sur les ménages et l’inflation
Selon la Banque mondiale, si les prix du pétrole restent environ 50 % plus élevés sur une période prolongée, les revenus réels du travail dans la région pourraient chuter de 3 à 4 %.
« L’impact est particulièrement grave pour les économies disposant de réserves budgétaires plus faibles et de réserves de change limitées », a précisé Aaditya Mattoo.
En Thaïlande, une hausse de 30 %, soit environ 20 dollars du prix du baril, pourrait entraîner une augmentation de l’inflation de 0,67 point de pourcentage en l’espace de six mois.
Une croissance revue à la baisse pour 2026
Face à ces pressions, le Groupe de la Banque mondiale a abaissé ses prévisions de croissance du PIB de la Thaïlande pour 2026, les ramenant de 1,8 % à 1,3 %.
Dans le même temps, les prévisions pour l’ensemble de l’Asie de l’Est et du Pacifique sont maintenues à 4,3 % pour cette année, malgré un ralentissement attendu par rapport à 2025.
Inflation et croissance : des choix politiques sous pression
Les gouvernements de la région doivent désormais arbitrer entre la lutte contre l’inflation et le soutien à la croissance.
À court terme, un soutien budgétaire ciblé est jugé essentiel, notamment pour les ménages vulnérables et les petites entreprises.
Les expériences tirées de la pandémie de Covid-19 montrent que les pays disposant d’infrastructures numériques solides, comme la Thaïlande, sont mieux à même de distribuer efficacement ces aides.
En revanche, des subventions généralisées pourraient aggraver les déficits publics, la dette et les taux d’intérêt, avec des effets négatifs sur la croissance à long terme.
Un dilemme pour les banques centrales
La politique monétaire se retrouve également sous pression.
Si l’inflation est temporaire et liée à des contraintes d’offre, les banques centrales pourraient éviter un resserrement.
Mais si les anticipations d’inflation s’installent durablement, elles pourraient être contraintes de relever les taux d’intérêt, au risque de freiner davantage l’économie.
Les pays disposant de cadres institutionnels solides, notamment en matière de discipline budgétaire et de ciblage de l’inflation, sont mieux armés pour gérer ces arbitrages.
Des réformes encore insuffisantes
Malgré une certaine résilience face aux crises passées, la dynamique de réforme reste limitée dans plusieurs économies de la région, dont la Thaïlande.
La croissance relativement faible du pays s’explique en partie par un manque de réformes structurelles ces dernières années.
La suppression de certaines distorsions, notamment dans les services, le commerce et l’investissement, pourrait générer des gains importants.
Les restrictions à l’investissement étranger, les barrières au commerce des services et certaines mesures non tarifaires continuent de freiner la compétitivité dans plusieurs pays de la région.
Les réformes dans le secteur des services apparaissent comme un levier encore sous-exploité.
L’exemple du Vietnam montre qu’une libéralisation, même partielle, peut améliorer la productivité à la fois dans les services et dans l’industrie.
Une région qui ralentit mais reste dynamique
Malgré les tensions liées au choc pétrolier, la croissance des économies en développement d’Asie de l’Est et du Pacifique reste supérieure à la moyenne mondiale.
Elle devrait toutefois ralentir, passant de 5 % en 2025 à 4,3 % en 2026, avant de légèrement rebondir à 4,4 % en 2027, selon la Banque mondiale.
Voir aussi :
La Thaïlande passe un accord avec l’Iran pour sécuriser ses livraisons de pétrole
Un pétrolier thaïlandais traverse le détroit d’Ormuz avec l’accord de l’Iran
Source : Bangkok Post
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