Accueil Actualités en ThaïlandeRivalité États-Unis – Chine : la Thaïlande vise l’équilibre

Rivalité États-Unis – Chine : la Thaïlande vise l’équilibre

2 commentaires 8 minutes à lire
La neutralité de la Thaïlande est essentielle face aux tensions croissantes

Le nouveau gouvernement thaïlandais devrait continuer la politique qui consiste à garder un équilibre entre les deux grandes puissances.

Même si le parti du nouveau gouvernement, le Pheu Thai, est connu pour être plus proche des États-Unis que de la Chine, le journal « La Voix de l’Amérique (VOA) » note que du fait de la coalition, la Thaïlande ne pourra pas s’éloigner de la Chine, mais cherchera certainement à se rapprocher des USA.

Voir : Comment la Thaïlande a finalement obtenu son nouveau Premier ministre

Thirachai Phuvanatnaranubala, ancien ministre des Finances du gouvernement de Yingluck Shinawatra a déclaré après le sommet des BRICS à Johannesburg et à propos d’un possible rapprochement du royaume avec l’alliance :

« La Thaïlande doit adapter sa stratégie en matière de relations extérieures, en réduisant sa dépendance à l’égard des États-Unis, mais en restant prudente afin d’éviter les problèmes liés à la relation de longue date avec les États-Unis ».

Voir : L’adhésion aux BRICS ouvrirait des perspectives à la Thaïlande

Selon les analystes, le nouveau gouvernement civil de coalition de la Thaïlande pourrait chercher à s’engager davantage avec les pays occidentaux tout en continuant à maintenir les liens avec la Chine forgés par le précédent gouvernement.

Bien que le nouveau gouvernement du parti Pheu Thai veuille se différencier de celui de Prayuth Chan-ocha, le général qui a mené le coup d’État militaire de 2014 et qui a ensuite été élu Premier ministre, les apparences suggèrent qu’il est peu probable qu’il s’éloigne de la Chine.

En mars, quelques mois avant les élections du 14 mai, le chef du Pheu Thai, Srettha Thavisin, aujourd’hui Premier ministre, a déclaré que son parti soutiendrait l’augmentation du commerce et du tourisme avec la Chine.

Quelques jours après l’élection de Srettha, le 22 août, l’envoyé chinois en Thaïlande Han Zhiqiang a invité Srettha à rencontrer le président chinois Xi Jinping à Pékin, a rapporté le média thaïlandais Matichon.

Benjamin Zawacki, auteur de « Thailand : Shifting Ground between the US and a Rising China » (Thaïlande : un terrain mouvant entre les Etats-Unis et une Chine en plein essor), a déclaré à VOA Thai lors d’un entretien par courriel le 1er septembre :

« Peut-être pour se distinguer de ces administrations (précédentes), et parce que l’idéologie et la cohérence idéologique n’ont jamais joué un rôle prépondérant dans la politique étrangère thaïlandaise, le nouveau gouvernement dirigé par le Pheu Thai s’engagera de manière plus significative auprès des États-Unis et d’autres démocraties ».

Greg Raymond, maître de conférences en politique de l’Asie du Sud-Est et en relations étrangères à l’Australian National University, a déclaré qu’en tant que gouvernement de coalition, le Pheu Thai pourrait être considérablement limité dans sa capacité à modifier les politiques établies par son prédécesseur.

Le Pheu Thai « souscrit au consensus selon lequel la politique la plus appropriée pour la Thaïlande consiste à suivre une voie médiane entre la Chine et les États-Unis », a-t-il déclaré à VOA Thai lors d’un entretien par courrier électronique le 30 août.

Politique intérieure

Résultats des élections en Thaïlande

Résultats des élections du 14 mai 2023 en Thaïlande.

La Thaïlande a lutté pour former un gouvernement pendant plus de trois mois après les élections nationales du 14 mai.

Le parti Move Forward (MFP), orienté vers les jeunes et dont le fondateur,  Thanathorn Juangroongruangkit, avait clairement indiqué lors de précédentes interviews, que la Thaïlande devait s’éloigner de la Chine et se rapprocher des USA, a obtenu le plus grand nombre de voix lors des élections du 14 mai.

Mais Les efforts du MFP pour former un gouvernement ont été contrariés.

Son leader, Pita Limjaroenrat, qui a fait ses études aux États-Unis et se décrit lui-même comme un « produit américain des écoles de politique publique »., a manqué de 51 voix la majorité nécessaire à l’Assemblée nationale de la Thaïlande pour obtenir le poste le plus élevé.

Lors de sa campagne, Pita avait notamment promis de développer une politique étrangère moins liée à Pékin.

Le Pheu Thai est arrivé en deuxième position lors du scrutin national.

Il a accédé au pouvoir à la fin du mois dernier après avoir formé une coalition improbable avec dix autres partis, dont deux alignés sur les militaires qui ont organisé le coup d’État de 2014.

Les deux chambres du Parlement votent ensemble pour le Premier ministre en vertu d’une constitution mise en œuvre par le gouvernement contrôlé par les militaires.

Les membres du Pheu Thai occupent désormais les postes les plus élevés dans les ministères thaïlandais des Affaires étrangères et de la défense, qui sont des entités clés dans l’élaboration des politiques.

L’ancien activiste politique Suthin Khlangsaeng est ministre de la Défense, le rare civil à occuper ce poste.

Panpree Pahitthanukorn, ancien représentant commercial de la Thaïlande, est ministre des Affaires étrangères et vice-premier ministre.

M. Suthin devrait maintenir des relations amicales avec la Chine.

De 2014 à 2017, les pays occidentaux ont boudé les offres d’achat de matériel militaire du nouveau régime, et les généraux se sont tournés vers Pékin.

En 2015, la Thaïlande a été l’un des premiers pays à acheter du matériel naval chinois.

En 2017, les deux nations ont signé un accord d’un milliard de dollars pour l’achat de trois sous-marins, selon Radio Free Asia.

Après les élections thaïlandaises de 2019, les États-Unis ont pris la tête des efforts déployés par les pays occidentaux pour normaliser les relations avec le royaume.

En août 2019, le département d’État américain a approuvé une vente possible à la Thaïlande de 60 véhicules de transport d’infanterie Stryker avec équipement et soutien pour un coût estimé à 175 millions de dollars.

Cette vente a été suivie d’une vente de huit hélicoptères de reconnaissance pour un montant de 137,17 millions de dollars en septembre, selon Murray Hiebert, associé principal du programme Asie du Sud-Est au Centre d’études stratégiques et internationales de Washington.

Panpree, un technocrate orienté vers les affaires, a déclaré au journal thaïlandais Thairath en mars :

« La politique étrangère du Pheu Thai se concentrera sur la promotion d’une économie numérique régionale utilisant les technologies de l’information pour créer des biens et des services en Asie du Sud-Est, sur l’intensification des négociations commerciales et sur l’attraction de plus d’investissements étrangers ».

M. Srettha, qui a parlé de relancer l’économie thaïlandaise en proie à une pandémie pendant la campagne, s’est engagé le lundi 11 septembre à agir rapidement pour résoudre les problèmes économiques du pays dans son discours d’investiture devant le Parlement.

Voir : La Thaïlande est une nation malade qui a besoin de remèdes économiques

Il prévoit de s’entretenir avec le président américain Joe Biden et d’importants hommes d’affaires sur les possibilités d’investissement en Thaïlande, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies qui se tiendra à New York à la fin du mois.

Investissements chinois

Corridor economique de l'Est EEC

Corridor économique de l’Est (EEC). Photo : The Nation Thailand

Raymond, le maître de conférences de l’Australian National University, prévoit que le nouveau gouvernement thaïlandais soutiendra davantage d’investissements chinois dans des projets existants tels que le corridor économique de l’Est (EEC) et l’infrastructure 5G.

Le corridor comprend les provinces de Rayong, Chonburi et Chachoengsao, et la Chine a réalisé plus de 10 % de l’investissement étranger total du projet entre 2018 et le premier trimestre de cette année, comme l’a rapporté le journal Xinhua.

Des entreprises chinoises comme Huawei et ZTE Corporation sont en partenariat avec des entreprises de télécommunications thaïlandaises pour appliquer la 5G dans diverses industries, ainsi que pour lancer un centre 5G en Thaïlande, a rapporté le Bangkok Post.

« Le Pheu Thai est généralement en faveur d’une intégration économique accrue avec la Chine », a-t-il noté.

Selon le Conseil d’investissement de Thaïlande (BOI), la Chine a acheminé l’année dernière 2,3 milliards de dollars vers la Thaïlande par le biais d’industries telles que l’électronique, l’automobile et les centres de données.

Les entreprises américaines, quant à elles, ont investi 1,8 milliard de dollars en Thaïlande dans le cadre de 33 projets.

M. Zawacki a également déclaré que le nouveau gouvernement pourrait accorder plus d’importance à un projet de train à grande vitesse lancé en 2010 et dont l’accord de construction a été signé par les gouvernements thaïlandais et chinois en 2014.

Le projet, une ligne reliant Bangkok à Kunming en Chine via le Laos, est évalué à 5,4 milliards de dollars, selon l’AFP.

Les progrès sont lents.

Pour l’instant, il n’existe qu’un contrat de construction de 5 milliards de dollars pour la section reliant Bangkok à Korat, une province du nord-est de la Thaïlande qui est la plus grande du pays.

Voir : Le train à grande vitesse qui reliera Bangkok à Nong Khai en Thaïlande sera prêt en 2027

La ligne fait partie d’un projet qui reliera le train à grande vitesse en Thaïlande à une ligne ferroviaire au Laos qui est essentielle à l’initiative chinoise « Belt and Road » (nouvelles routes de la Soie) en Asie du Sud-Est.

Zawacki a déclaré :

« Compte tenu des relations historiquement étroites du Pheu Thai avec la Chine, de son désir de se distinguer des administrations de Prayuth et de son statut dans le nord-est de la Thaïlande, toujours fort mais qui a besoin d’être renforcé, il est logique que le nouveau gouvernement accorde une plus grande priorité au chemin de fer. »

Voir aussi :

La Thaïlande va organiser des discussions sur la sécurité avec les États-Unis

La Thaïlande envisage une coopération avec les BRICS et les pays africains


Source : VOA

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2 commentaires

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Oliv 14 septembre, 2023 - 11 h 07 min

Comme pendant la seconde mondiale, je choisis un camp, qui va vers la victoire.

Au dernier, moment, je change de camp, avec les mêmes arguments.

La Thaïlande n’est pas fiable dans tous les secteurs.

Les gouvernements se comportent comme des enfants capricieux.

Et, ça veut donner des morales à tout le monde.

Réponse
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HANSSON 14 septembre, 2023 - 12 h 47 min

Pour ma part, je crois que, quel que soit le gouvernement en place, la Thaïlande n’a aucun intérêt à bouder ou à favoriser de manière flagrante une puissance plus qu’une autre.

On connait la fragilité et les difficultés de garder en équilibre de telles alliances en favorisant les échanges politiques, diplomatiques, économiques, commerciaux et financiers d’un partenaire privilégié en délaissant l’autre, surtout quand cet autre s’appelle Chine ou États-Unis.

La Thaïlande serait perdante et, en l’occurrence, elle doit absolument, comme on dit chez nous, ménager la chèvre et le chou.

Dans ses contacts bilatéraux avec les dirigeants chinois et américains, Le PM Serttha et son gouvernement dans son ensemble est condamné à jouer à l’équilibriste en permanence en profitant même de cette concurrence entre les 2 plus grandes puissances économiques mondiales, pour consolider sa position centrale, géo-politique et économique essentielle à l’équilibre du Sud-Est asiatique, à travers toutes les alliances existantes comme l’ASEAN ou en cours de formation (BRICS).

Comme le souligne l’article, et sans rentrer dans les détails des autres nombreux accords commerciaux inter-entreprises conclus avec la Chine au cours de ces dernières années, il y a notamment cette ligne de chemin de fer trans-asiatique entre la Chine et la Thaïlande, mais qui ne sera complètement opérationnelle qu’en 2027, selon les prévisions et déclarations côté thaïlandais.

Car le tronçon de 1 000 km reliant Kunming en Chine à Vientiane, capitale du Laos et tout proche de la frontière thaïlandaise de l’Issan, est opérationnelle depuis avril 2023.

Ce nouvel axe commercial appelé par certains la « nouvelle route de la soie » est donc pour le moment bloquée au Laos et il faudra encore 4 ans pour que cette ligne TGV puisse exploiter tout son potentiel en Thaïlande.

Le terme « TGV » pour désigner cette ligne ferroviaire est d’ailleurs quelque peu usurpé quand on sait que les 1000 km actuellement en service sont parcourus en 10 h 30, soit à moins de 100 km/h de moyenne… et rien ne s’arrangera en Thaïlande puisque, quand il sera terminé, le tronçon Bangkok – Non Khai (frontière laotienne), longue de 600 km comportera de nombreuses gares, dont 6 prévues sur le seul tronçon Bangkok-Ratchasima, long de 252 kms !

Je crois qu’il faut ici parler d’un train international dont le but est avant tout de faciliter les échanges de personnes et commerciaux entre la Chine et les pays du Sud-Est asiatique, sans chercher spécifiquement des performances de vitesse.

Peut-être verra-t-on se développer, au fil des années, des offres de transports diversifiées avec, d’une part, le souci de satisfaire une clientèle « intercity » entre les 3 pays à la vitesse équivalente à nos trains nationaux, et d’autre part la possibilité d’offrir des trajets à grande vitesse entre la Chine et Bangkok, avec un seul arrêt à Vientiane.

Mais cela, ce ne sera pas avant l’horizon 2030 et en attendant beaucoup d’eau coulera sous les ponts, un autre gouvernement verra le jour, avec le risque d’un retour en force du Move Forward, qui mettrait à mal selon les déclarations de son principal dirigeant, cet équilibre États-Unis / Thaïlande / Chine, qui a toujours été un géant au pied d’argile, notamment lors de la guerre du Vietnam et l’implantation temporaire de camps militaires américains sur le territoire thaïlandais, y compris plus récemment l’existence, il y a 22 ans, d’une « prison secrète » de la CIA ( dont la présence a donc évidemment été farouchement niée par les autorités thaïlandaises) dont les méthodes échappaient à la Convention de Genève et aux lois internationales sur les conditions de détention et d’interrogatoire des prisonniers responsables des attentats du 11 septembre 2001 et de la traque durant 10 ans de son commanditaire, Oussama Bin Laden.

Tout cela appartient pour l’heure au passé pour se concentrer essentiellement sur une guerre commerciale et économique, heureusement moins meurtrière en pertes humaines, mais qui peut néanmoins mettre l’équilibre mondial en grande difficulté, comme on a pu le constater récemment lors de la dernière crise énergétique…

La Thaïlande se doit de garder les pieds sur la passerelle étroite qui surplombe le ravin et ne tomber ni du côté des flots du torrent, ni du côté de la lave du volcan… elle serait perdante des 2 côtés !

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