Des manifestations ont éclaté dans des zones de Birmanie où la Thaïlande a coupé l’électricité, l’internet et la fourniture de carburant.
Voir : Sous la pression de la Chine, la Thaïlande s’attaque enfin aux centres d’appels
Mais, malgré les protestations et menaces, le royaume reste ferme dans sa volonté de s’attaquer aux centres d’appels criminels qui sont hébergés dans ces cinq zones.
Le lundi 10 février, le gouvernement thaïlandais a insisté sur le fait que sa priorité était de protéger les Thaïlandais des gangs des centres d’appel, et qu’il ne se laisserait pas influencer par les protestations appelant au boycott des produits thaïlandais.
Le vice-premier ministre Phumtham Wechayachai a déclaré :
« Les manifestants sont libres d’exprimer leur frustration, mais leurs rassemblements n’affecteront pas la décision du gouvernement de couper l’électricité, le carburant et Internet dans les régions frontalières de Tachileik, Myawaddy et Payathonzu en Birmanie.
Ils (les gangs) devraient réfléchir attentivement, car ils dépendent des biens de consommation en provenance de Thaïlande.
Sans cette fourniture, ils devraient se débrouiller seuls.
Nous sommes fermes sur ces mesures.
Nous nous concentrons sur le problème auquel la Thaïlande est confrontée.
Cette question doit être résolue de manière décisive. »
Selon le ministre, le nombre de manifestants était limité et le gouvernement prend déjà des mesures pour assurer l’élimination des centres d’escroquerie en Birmanie afin de protéger le peuple thaïlandais.
Cependant, selon certaines informations, alors que les communautés subissent les coupures, les lieux de divertissement et les centres d’escroquerie des criminels ont leurs propres générateurs et restent ouverts, les lumières allumées.
Les autorités thaïlandaises sévissent également contre la contrebande de carburant et de panneaux solaires vers les zones frontalières birmanes.
M. Phumtham a déclaré qu’il se rendrait à Payathonzu en Birmanie mercredi et à Poipet au Cambodge dimanche, où un Thaïlandais est récemment tombé d’un immeuble occupé par les escrocs et s’est tué, pour observer la situation avant de prendre d’autres décisions.
Voir : Horreur des centres d’appels au Cambodge : kidnapping, torture, viol
« L’électricité, le carburant et Internet pourraient également être coupés dans les autres zones frontalières dont il a été prouvé qu’elles sont impliquées dans les escroqueries », a déclaré M. Phumtham.
Le président de National Telecom (NT), le colonel Sanphachai Huvanandana, a déclaré que la société avait coupé vendredi les signaux de communication internationale vers les cinq zones frontalières.
Il a ajouté que d’autres mesures pourraient encore être ordonnées par la Commission nationale de la radiodiffusion et des télécommunications (NBTC) et l’Agence nationale de cybersécurité (NCSA).
Le lieutenant-général de police Yingyos Thepchamnong, commissaire de la région 2 de la police provinciale, a déclaré :
« Une opération de répression est en cours pour démanteler les gangs de centres d’appels transfrontaliers opérant le long de la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge. »
L’opération fait suite à une enquête qui a confirmé que des gangs basés à Poi Pet utilisaient les réseaux téléphoniques et Internet thaïlandais pour mener leurs escroqueries.
Voir : L’industrie de la cyber-escroquerie se développe au vu et au su de tous au Cambodge
Il a déclaré que la répression est le fruit d’une collaboration entre le bureau et la NBTC lancée en janvier de cette année pour lutter contre le trafic d’êtres humains, en particulier le trafic d’individus pour travailler dans le cadre d’escroqueries et ouvrir des comptes bancaires par procuration.
Voir : Thaïlande : des peines durcies contre les complices des centres d’appel frauduleux
Le lieutenant-général de police Yingyos a déclaré que la répression vise les boîtiers SIM, qui sont installés à plusieurs endroits du côté cambodgien de la frontière.
Ces dispositifs sont utilisés par les réseaux criminels pour passer des appels via Internet et faire croire que les appels proviennent de Thaïlande.
Parallèlement, l’armée birmane aurait lancé une série de raids de mercredi à vendredi de la semaine dernière visant des opérations illégales de jeux d’argent en ligne à Lashio, dans le nord de l’État Shan.
Plus de 80 personnes, dont des ressortissants vietnamiens, chinois et birmans, ont été arrêtées au cours de l’opération, qui s’inscrit dans le cadre d’efforts plus larges visant à lutter contre les réseaux criminels transfrontaliers.
Les autorités ont saisi du matériel et des objets sur les lieux, dont 260 téléphones portables, 120 ordinateurs, sept ensembles d’appareils Wi-Fi Starlink, des générateurs électriques et de nombreux véhicules.
Voir : Thaïlande : les gangs chinois de centres d’appel s’équipent d’appareils Starlink
Les escrocs de Payathonsu en Birmanie pas encore affectés par les coupures

Poste frontière du col des Trois Pagodes, entre la Thaïlande et la Birmanie. Photo : joaquin uy
Comment Payathonsu, qui abrite des casinos et un réseau de capitaux illégaux, fait face aux mesures drastiques prises par la Thaïlande ?
Le col des Trois Pagodes, dans la province de Kanchanaburi, est l’une des zones où l’électricité, le carburant et les services Internet ont été coupés à la suite d’une résolution du Conseil national de sécurité (NSC).
La zone relève de la responsabilité des forces spéciales Lad Ya, qui font partie de la force opérationnelle Surasee.
Cette zone est située en face de Payathonsu, en Birmanie, où un complexe de divertissement abrite deux casinos.
Les habitants les appellent les « casinos coréens » car ils étaient à l’origine exploités par des Coréens avant d’être vendus à des investisseurs chinois qui avaient quitté le Laos, le Cambodge et le Laukkai (zone autonome Kokang dans l’État Shan).
Une enquête a révélé que des câbles Internet avaient été illégalement prolongés depuis la Thaïlande jusqu’au complexe de divertissement situé du côté de Payathonsu en Birmanie, où se trouvent les deux casinos.
Actuellement, Payathonsu dépend de la communication par satellite Starlink, ce qui signifie que la coupure d’Internet par la Thaïlande n’a eu aucun impact sur la ville.
À l’intérieur de Payathonsu, un réseau de capitaux illégaux loue des bâtiments et facilite le transfert de fonds de l’État de Kayin vers le sud.
Actuellement, les activités illégales seraient très répandues dans la région.
Ces activités sont liées à des entreprises illégales, à la cybercriminalité et à des délits transnationaux, comme en témoigne la saisie par les autorités d’équipements de signal Internet, d’antennes paraboliques Starlink, de téléphones portables et d’autres appareils de communication.
En outre, des rapports indiquent la présence de capitaux chinois illégaux et du « groupe A1 », qui se compose de membres du groupe armée DKBA (Armée démocratique bouddhiste karen) un groupe minoritaire de Karens alliés à la junte Birmane.
La brigade des gardes frontières Karens (BGF) fait partie de la DKBA.
Voir : Les complices des centres d’appels birmans prêts à coopérer avec la Thaïlande
Ce groupe a des liens avec des capitaux chinois illégaux et est impliqué dans le trafic de drogue et les escroqueries par centres d’appel dans la zone qu’il contrôle à Myawaddy.
Le commandant de la 9ᵉ division d’infanterie, le général de division Atsadawut Panyarachun, a évoqué la situation à Kanchanaburi, déclarant que l’opération « Seal, Stop, Safe » (sceller, arrêter, sécuriser) a été mise en œuvre.
Un centre de commandement frontalier provincial a tenu des réunions pour établir des mesures opérationnelles.
Le 5 février, à la suite d’une résolution du gouvernement, les autorités ont réussi à couper l’alimentation électrique de Payathonsu, qui se trouve en face de Kanchanaburi.
Actuellement, la situation à Payathonsu reste stable.
La plupart des habitants dépendent de générateurs, tandis que certains utilisent des panneaux solaires pour l’électricité.
Le commandant de la première zone militaire a chargé le groupe de travail Surasee de renforcer la surveillance des frontières, de coordonner les réponses aux développements potentiels et d’empêcher les exportations illégales de carburant et l’utilisation non autorisée des signaux de communication.
Atsadawut a reconnu que la thésaurisation de carburant à Payathonsu augmentait.
Du côté thaïlandais, toutes les routes de contrebande de carburant ont été bloquées.
Les zones clés de Kanchanaburi sous surveillance spéciale comprennent le col des Trois Pagodes, les passages frontaliers naturels au nord et au sud, et la région de Phlu Nam Ron.
Il a également noté que la nature de la criminalité transnationale impliquant des capitaux illégaux chinois à Payathonsu diffère de celle de Myawaddy, dans le nord.
Le col des Trois Pagodes reste une zone de commerce frontalier et un point de passage temporaire pour le tourisme, ce qui en fait un cas unique.
En outre, la Birmanie n’a pas autorisé le passage de la frontière, ce qui signifie que les casinos attirent principalement des joueurs birmans et chinois.
Les Thaïlandais sont rarement impliqués et, s’ils le sont, ils sont probablement entrés illégalement.
Il pense également que si des efforts sont faits à l’avenir pour ouvrir le poste-frontière dans cette zone, il sera confronté à des problèmes similaires à ceux de Myawaddy, notamment des cas de traite des êtres humains.
De nombreuses personnes, des ressortissants chinois, des étrangers et même des Thaïlandais, pourraient être trompées ou contraintes de travailler là-bas, tandis que d’autres pourraient y participer de leur plein gré.
Bien que la Thaïlande ait déjà coupé l’électricité et l’accès à Internet, Payathonsu continue de fonctionner grâce à des générateurs.
Les autorités étudient actuellement la durée pendant laquelle ces sources d’énergie peuvent soutenir les opérations.
Voir aussi :
Un Kényan torturé s’échappe d’un centre d’appel birman et rejoint la Thaïlande
Chaos en Birmanie après l’arrêt de l’approvisionnement par la Thaïlande
La Thaïlande intensifie la lutte contre les gangs d’escrocs en Birmanie
Source : Bangkok Post, The Nation Thailand
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1 commentaire
Comme je le redoutais dans mes commentaires précédents, les gangs mafieux installés le long de la frontière thaïlandaise en territoire birman se sont équipés en matériel autonome de fourniture d’électricité et de réseau internet…
Reste à voir à long terme les conséquences des coupures d’énergie et d’internet opérées par le gouvernement thaïlandais vers la Birmanie, mais je crains que ces gangs ne feront qu’augmenter leur potentiel d’autonomie énergétique et de communications pour se passer des moyens thaïlandais dont ils disposaient jusqu’à présent et que les initiatives de la Thaïlande ne deviennent obsolètes au fur et à mesure que les semaines et les mois passent…
En réalité, tout dépend de l’attitude du pouvoir politique et militaire de l’Armée birmane au pouvoir et de ses généraux face aux autorités chinoises en général et aux gangs chinois qui gèrent les centres d’appels en particulier…
Dans quelle mesure l’Armée birmane (si ses dirigeants politiques et militaires en ont la volonté, ce qui n’est pas certain du tout !) est-elle capable d’intervenir en force pour aider la Thaïlande dans sa volonté de détruire ces organisations criminelles ?
L’instabilité de toute cette région aux mains de factions rebelles alliées des gangs, rend une opération militaire de grande envergure pour mettre fin à l’existence de ces centres d’appels, assez improbable, risquée et dangereuse, sans connaître l’état des forces birmanes, la qualité de son armement et le matériel technique, logistique et humain pour lancer une offensive générale de destruction totale et définitive des bâtiments abritant ces centres de tous les trafics (aussi la gestion des drogues de synthèse) et libérant les citoyens réduits en esclavage qui sont forcés d’y travailler sous les coups et la torture…
Quant aux centres d’appels de Poipet au Cambodge, on connait depuis longtemps la mansuétude et l’implication (pour ne pas dire la complicité) du pouvoir politique cambodgien avec les parrains de la mafia locale…
Peu d’espoir que cela change un jour étant donné le degré de corruption généralisé et élevé au rang de véritable État dans l’État…