La Thaïlande fait face à des inquiétudes croissantes sur la qualité et la disponibilité de son eau, entre pollution et risques de pénurie.
Les experts estiment que cette situation menace la santé publique, la sécurité nationale et le développement économique.
Ils appellent le gouvernement à agir plus rapidement.
Pollution et pénuries d’eau alimentent les inquiétudes

Vue aérienne de la rivière Kok, dans la province de Chiang Rai, le 9 juin 2025. Selon le Département thaïlandais de contrôle de la pollution, ses eaux ont pris une teinte rougeâtre en raison d’une contamination chimique. La rivière prend sa source dans l’État Shan, en Birmanie, avant de rejoindre le Mékong à Chiang Saen. Photo : Pollution Control Department
Plusieurs rapports publiés ces dernières semaines dressent un constat préoccupant sur la sécurité de l’eau en Thaïlande.
Parmi les cas les plus marquants figure la pollution présumée de canaux par des métaux lourds provenant d’une usine de traitement des déchets détenue par une entreprise thaïlandaise dans la province de Saraburi.
Les experts évoquent également la contamination transfrontalière de cours d’eau dans la province de Chiang Rai, attribuée à des activités minières non réglementées en Birmanie.
Voir : Pollution des rivières : la Thaïlande réclame des explications à la Birmanie
Ils citent également l’opposition d’habitants à un projet de mine détenu par une entreprise chinoise dans la province de Kanchanaburi, en raison des risques de pollution.
Selon plusieurs spécialistes, ces affaires montrent que la Thaïlande est désormais confrontée à une crise grandissante mêlant quantité et qualité de l’eau.
L’État veut renforcer les infrastructures hydrauliques

Le barrage de Pasak Jolasid, l’un des principaux ouvrages de stockage d’eau en Thaïlande.
Thanet Sombon, porte-parole du Département royal de l’Irrigation, explique que son administration doit désormais répondre à un double défi : garantir des réserves d’eau suffisantes tout en préservant leur qualité.
Il rappelle que la pollution constitue une difficulté supplémentaire pour assurer l’approvisionnement des ménages, de l’agriculture et de l’industrie tout au long de l’année.
Le gouvernement prévoit d’étendre les surfaces irriguées à 38,89 millions de rai (environ 62 224 km²) d’ici 2037, contre 35,91 millions de rai (environ 57 456 km²) actuellement.
La capacité nationale de stockage d’eau passerait ainsi de 83,849 à plus de 86,229 milliards de mètres cubes.
Aujourd’hui, environ 60 % des terres potentiellement irrigables sont couvertes par des systèmes d’irrigation.
Les 40 % restants devraient être aménagés après 2037.
Des dizaines de milliards de bahts investis dans l’est du pays

Corridor économique de l’Est (EEC). Photo : The Nation Thailand
Afin d’accompagner le développement industriel du Corridor économique de l’Est (EEC), le Département royal de l’irrigation mène 16 projets représentant un investissement de 48 milliards de bahts.
Leur achèvement, prévu d’ici 2037, doit permettre d’augmenter les réserves d’eau de 542 millions de mètres cubes.
Six autres projets doivent accroître les capacités des réservoirs de Pra Sae, dans la province de Rayong, et de Bang Pra, dans la province de Chon Buri, avec un gain supplémentaire de 155 millions de mètres cubes.
Le gouvernement prévoit également de consacrer 28 milliards de bahts au controversé projet de réservoir de Klong Wang Tanod, dans la province de Chanthaburi.
À terme, environ 55 millions de mètres cubes d’eau provenant de ce barrage alimenteront le réservoir de Pra Sae, qui sera relié aux autres réseaux d’adduction d’eau de la région orientale.
Enfin, 12 milliards de bahts financeront sept projets destinés à accroître la capacité de stockage de deux réservoirs dans la province de Chachoengsao, de deux autres réservoirs dans la province de Chon Buri, ainsi que de plusieurs canaux.
L’ensemble de ces aménagements devrait permettre de stocker plus de 296,6 millions de mètres cubes d’eau supplémentaires.
Le reste des investissements sera consacré à l’augmentation de la capacité de stockage d’eau à Klong Bang Pai, dans la province de Chon Buri.
Les centres de données renforcent la pression sur les ressources

Centre de données. Photo : Data Center News.
La région de l’EEC est appelée à devenir un pôle majeur pour les centres de données d’intelligence artificielle.
Cette perspective suscite toutefois des inquiétudes parmi les habitants en raison des besoins considérables en eau et en électricité de ces infrastructures.
Les autorités rappellent que tout investissement dans ce secteur devra faire l’objet d’une étude d’impact sur l’environnement (EIE ou EHIA) avant d’être approuvé.
Les experts dénoncent une priorité donnée aux volumes plutôt qu’à la qualité
Sitang Pilailar, maître de conférences au département d’ingénierie des ressources en eau de l’université de Kasetsart, estime que la sécurité de l’eau ne figure toujours pas parmi les priorités nationales, alors qu’elle affecte directement la santé et les moyens de subsistance de la population.
Selon elle, la politique de l’eau du gouvernement se concentre principalement sur l’approvisionnement en eau naturelle.
En conséquence, la qualité de l’eau a été négligée, alors même que la pollution s’est aggravée, principalement en raison des activités industrielles et des rejets d’eaux usées dans les rivières et les canaux.
« Lorsque l’eau n’est pas potable, ni les aliments ni les personnes ne sont en sécurité.
Nous en sommes désormais à un point où toutes les parties prenantes doivent agir pour lutter contre la pollution de l’eau.
Des mesures répressives strictes doivent être prises à l’encontre des usines qui rejettent des eaux non traitées dans les rivières ou les canaux », a-t-elle déclaré.
Mme Sitang a ajouté que les autorités administratives locales devraient jouer un rôle clé dans la réglementation des usines situées sur leur territoire afin de réduire les rejets et de protéger l’environnement.
Une menace pour la santé, l’économie et la stabilité régionale

Poisson couvert de cloques pêché dans le Mékong. Photo : Thai PBS World
Pour Pianporn Deetes, directrice exécutive de l’organisation Rivers and Rights, la contamination des cours d’eau transfrontaliers ne constitue pas seulement un problème environnemental, mais également un enjeu de sécurité nationale et régionale.
Selon elle, cette pollution menace directement la sécurité de l’approvisionnement en eau, la sécurité alimentaire, la santé publique et la stabilité régionale.
Elle souligne que lorsque des cours d’eau qui font vivre des millions de personnes sont contaminés, les conséquences dépassent largement les dommages causés aux écosystèmes.
Cette pollution entraîne également des pertes économiques, érode la confiance du public et provoque des effets sanitaires à long terme.
Pour elle, des mesures tardives ou insuffisantes ne font qu’aggraver ces coûts.
Cette crise doit donc être traitée comme une priorité nationale et une priorité diplomatique régionale.
« Je n’ai pas perdu espoir dans le gouvernement thaïlandais ni dans les autres gouvernements qui partagent la responsabilité de résoudre cette crise.
Ce qu’il faut maintenant, c’est un leadership politique plus fort et un engagement sincère en faveur de la coopération.
La Thaïlande dispose des outils juridiques, des canaux diplomatiques, de l’expertise scientifique et des partenariats internationaux nécessaires pour relever ce défi.
Ce que les gens attendent, ce n’est pas une confrontation avec les pays voisins ou la Chine, mais un leadership fondé sur des principes qui place l’intérêt public au premier plan. »
Voir aussi :
- Après la colère en Thaïlande, la Chine réagit à la pollution à l’arsenic
- Pollution à l’arsenic en Thaïlande : la colère monte contre la Chine
- Thaïlande : augmentation inquiétante des niveaux d’arsenic dans le Mékong
- Thaïlande : une sécheresse aggravée par El Niño attendue dès la fin juin
- Thaïlande : l’impact dévastateur de l’arsenic qui pollue les rivières du nord
Source : Bangkok Post
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1 commentaire
La situation préoccupante décrite dans cet article, situation qui n’est pas nouvelle, mais qui semble s’aggraver au fil des années qui passent, n’a pas de solution miracle, surtout quand elle implique plusieurs pays responsables en dehors des frontières de la Thaïlande.
Pour ce qui est de la situation dont l’origine vient d’industries implantées sur le territoire thaïlandais, la solution est simple : toute entreprise dépendante d’eau pour son fonctionnement et n’ayant pas, dans ses installations, des unités de filtrage et de purification des eaux usées, avant rejet dans les cours d’eau, devrait être mise à l’arrêt immédiat dans l’attente d’une mise en conformité des installations garantissant le retour d’une eau vierge de toute pollution chimique et biologique affectant le réseau hydrologique thaïlandais.
La balle est dans le camp des autorités qui se doivent d’appliquer ce principe en mettant en œuvre les analyses de ces entreprises connues pour le non-respect des règles environnementales garantissant une eau sans danger pour les populations, la faune et la flore du pays, ce qui n’est assurément pas le cas actuellement…
Il y a là un laxisme coupable des autorités politiques et judiciaires qui n’agissent pas avec la fermeté qui s’impose…
Évidemment, mettre à l’arrêt de telles exploitations coupables aurait des conséquences sur l’économie d’une région, sur l’emploi et tout le volet social d’une main-d’œuvre qui se verrait réduite au chômage, mais je parierais ma main à couper que les entreprises ainsi sanctionnées seraient dans l’obligation de se mettre en conformité dans les plus brefs délais, sous peine de devoir mettre la clé sous la porte.
Reste aux instances de contrôle, politiques et judiciaires, de se mettre au travail en coordination afin d’agir efficacement, rapidement et de ne pas tomber dans le piège des pots-de-vin et autres manœuvres de corruption que ces entreprises ne manqueront pas d’amener sous la table des décisions légales…
Quant aux pollutions en amont des rivières traversant le territoire thaïlandais avec une contamination originaire de pays voisins, la tâche me paraît beaucoup plus complexe, notamment avec le cas de l’exploitation des mines à ciel ouvert des minéraux et terres rares exploitées par des firmes chinoises (encore !) au Myanmar (Birmanie), dans un pays dirigé par une junte militaire qui ne s’en préoccupe pas plus que de la première culotte de ses dirigeants et en proie à une guerre civile dans certaines régions limitrophes avec la Thaïlande, aux mains de milices et de groupements insurrectionnels indépendantistes, armés par la Chine, encore et encore…
L’action du gouvernement thaïlandais au niveau diplomatique se heurte à une fin de non-recevoir de la Chine, renvoyant la solution de ce problème à des pourparlers entre la Thaïlande et le pouvoir en place birman, qui ne contrôle pas cette partie du pays !
Autrement dit, dialogue de sourds avec un pouvoir birman qui n’est pas capable de contrôler l’entièreté de son territoire et une Chine qui s’en lave les mains, alors que les minerais issus de ces exploitations de terres rares qui polluent les rivières thaïlandaises du nord du pays en plomb, mercure et autres polluants chimiques sont exclusivement exportés en Chine pour alimenter la production des batteries de voitures chinoises vendues dans le monde entier…
La situation me semble dans ce cas-ci bien plus problématique et on en reparlera dans 10-15 ans quand les cas de cancers auront explosé dans la population riveraine dépendante pour ses besoins quotidiens de cette eau qui assassine à petit feu, une population agricole pauvre et sans défense…
Mais cà, tout le monde s’en fout !!!