Alors que la Thaïlande subit encore des inondations, un phénomène El Niño d’une intensité exceptionnelle pourrait entraîner une grave sécheresse en 2027.
L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a lancé une nouvelle alerte le 21 octobre 2026.
Le phénomène devrait atteindre son pic en décembre, avec des conséquences possibles sur les températures, les ressources en eau et l’agriculture thaïlandaise.
Un réchauffement sans précédent du Pacifique

Les eaux anormalement chaudes du Pacifique équatorial en octobre 2026 apparaissent en rouge sur cette carte. Image : NASA
Selon les dernières prévisions de l’OMM, la température de surface des eaux du Pacifique tropical pourrait dépasser d’environ 3,8 °C la moyenne saisonnière entre novembre 2026 et janvier 2027.
Cette anomalie, issue d’une moyenne de prévisions de plusieurs modèles climatiques, concerne la région océanique utilisée pour surveiller El Niño, et non directement la température de l’air en Thaïlande.
Lors d’une conférence de presse le 21 octobre, Celeste Saulo, secrétaire générale de l’OMM, a prévenu que l’épisode pourrait être sans précédent, au point de sortir des graphiques de surveillance utilisés depuis quarante ans.
Si le pic est attendu en fin d’année, ses effets pourraient se faire sentir pendant une bonne partie de 2027.
El Niño perturbe la circulation atmosphérique et modifie la répartition des précipitations à travers le monde.
Il peut provoquer des sécheresses prolongées dans certaines régions, tandis que d’autres connaissent des pluies exceptionnellement abondantes et des inondations.
Un risque de manque d’eau malgré les pluies

Paysage asséché illustrant les risques de sécheresse liés au phénomène El Niño. Photo : Thailand Business News
La situation pourrait sembler paradoxale pour la Thaïlande, actuellement confrontée à des inondations qui touchent encore plus de 1,13 million de personnes.
Voir : Inondations en Thaïlande : 83 morts et de nouvelles fortes pluies attendues.
Pourtant, les fortes précipitations de la saison des pluies ne garantissent pas des ressources en eau suffisantes pendant les mois suivants.
En Asie du Sud-Est, l’OMM prévoit une augmentation des températures et un risque de précipitations inférieures aux normales saisonnières.
Pour la Thaïlande, cette évolution pourrait se traduire par une saison fraîche plus chaude, des pénuries d’eau locales, davantage de feux de végétation et une pollution accrue par les fumées des incendies.
Voir : La Thaïlande annonce une saison fraîche tardive et plus chaude
Les autorités thaïlandaises avaient déjà anticipé cette menace.
Dès le mois d’août, le Département météorologique thaïlandais (TMD) avait alerté sur les risques d’un Super El Niño susceptible de perturber les précipitations et les réserves d’eau jusqu’en 2027.
Les spécialistes prévoyaient notamment des périodes sèches plus longues, entrecoupées d’épisodes de pluies très intenses.
Selon le Département royal de l’irrigation, une grave sécheresse pourrait réduire d’environ 20 % la production de riz de deuxième récolte en 2027, tandis que le riz de saison cultivé dans les zones irriguées devrait être épargné par les pénuries d’eau.
Voir : Un Super El Niño va frapper la Thaïlande dès octobre 2026.
L’agriculture thaïlandaise particulièrement exposée

Un agriculteur repique du riz dans une rizière thaïlandaise. Les autorités redoutent qu’un Super El Niño réduise les précipitations et fasse baisser la production de riz en 2027.
L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a identifié la Thaïlande parmi les pays menacés par les sécheresses agricoles liées à El Niño.
Dans une étude publiée le 22 juin 2026, ses experts ont analysé 41 années d’observations satellitaires afin de repérer les régions historiquement les plus vulnérables.
Le risque concerne une vaste partie de l’Asie, dont l’Inde, la Birmanie, la Thaïlande, le Cambodge, le Vietnam et l’Indonésie.
Dans certaines zones agricoles et pastorales à haut risque, la probabilité de sécheresse dépasse 50 %.
Une diminution des précipitations pendant les périodes cruciales de croissance pourrait entraîner des pertes de récoltes, notamment pour les cultures dépendantes de la pluie.
Les éleveurs pourraient également subir une réduction des réserves d’eau, une dégradation des pâturages et une augmentation du prix des aliments pour animaux.
Pour les exploitations les plus fragiles, ces difficultés pourraient entraîner une baisse des revenus, un endettement accru des ménages et une aggravation de l’insécurité alimentaire.
La FAO recommande aussi d’adapter les calendriers de plantation, de privilégier les cultures résistantes à la sécheresse et de constituer des réserves d’eau lorsque cela est possible.
Les prix du riz déjà sous pression en Thaïlande

Sacs de riz blanc thaïlandais.
Les répercussions d’un El Niño particulièrement puissant pourraient dépasser le secteur agricole.
Lors de l’épisode de 2015-2016, l’Asie du Sud-Est avait perdu environ 15 millions de tonnes de riz, selon les estimations de la FAO, ce qui avait contribué à la hausse des prix.
Une nouvelle baisse de la production régionale pourrait exercer une pression supplémentaire sur les marchés agricoles.
Les prix du riz thaïlandais sont d’ailleurs déjà orientés à la hausse.
Selon les données de la FAO publiées le 13 octobre, les prix de gros de certaines catégories de riz à Bangkok étaient, en septembre 2026, supérieurs de 38 à 42 % à ceux enregistrés un an plus tôt.
Cette hausse s’explique notamment par une forte demande à l’exportation, des coûts de production élevés, des perturbations de l’usinage liées à la météo et des inquiétudes sur les ressources en eau.
Les risques de sécheresse liés à El Niño ajoutent une nouvelle incertitude sur les prix alimentaires en 2027.
La Thaïlande, important exportateur de riz, dépend également des importations de plusieurs matières premières utilisées par son industrie alimentaire.
En 2025, le pays a notamment importé environ 4,28 millions de tonnes de soja, 3,30 millions de tonnes de blé et 1,46 million de tonnes de maïs.
Des difficultés de production dans les grands pays exportateurs pourraient renchérir les aliments pour animaux, la farine et certaines huiles végétales.
Pour s’y préparer, les autorités thaïlandaises envisagent de renforcer leurs réserves stratégiques de 30 % pour le riz et de 20 % pour l’huile de palme brute.
Il s’agit à ce stade d’une proposition, et non d’une augmentation des stocks déjà mise en œuvre.
Voir : La Thaïlande veut stocker davantage face au risque d’un super El Niño.
L’ONU craint une aggravation de la faim dans le monde

Le drapeau des Nations unies devant le siège de l’ONU à New York.
Les conséquences potentielles du phénomène dépassent largement l’Asie du Sud-Est.
Le 21 octobre, Tom Fletcher, responsable des affaires humanitaires des Nations unies, a averti qu’environ 50 millions de personnes dans le monde pourraient être confrontées à une aggravation de la faim en raison d’El Niño.
Le phénomène pourrait multiplier les épisodes de chaleur extrême, les sécheresses et les inondations en Amérique latine, en Afrique de l’Est et australe, en Asie et dans le Pacifique.
Face à ces risques, l’ONU a déjà débloqué plus de 50 millions de dollars de son Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) pour soutenir les mesures de préparation dans 11 pays en première ligne.
L’OMM et l’ONU appellent à agir avant que les perturbations climatiques ne provoquent des crises alimentaires et humanitaires.
El Niño pourrait se prolonger jusqu’en février 2027
Dans un communiqué publié le 3 septembre, l’OMM estimait à près de 100 % la probabilité que les conditions El Niño se maintiennent jusqu’en février 2027.
Même après l’affaiblissement du phénomène, les perturbations météorologiques et leurs conséquences agricoles pourraient durer plusieurs mois.
L’OMM rappelle néanmoins qu’il s’agit de tendances saisonnières, et non de prévisions d’événements précis.
Il est donc impossible, à ce stade, de savoir quelles provinces thaïlandaises seront touchées par une sécheresse, ni avec quelle intensité.
Les prévisions nationales et régionales resteront essentielles pour suivre l’évolution de la situation.
Pour la Thaïlande, l’enjeu sera de gérer les dernières pluies et les inondations tout en préparant les réserves d’eau nécessaires aux mois plus secs qui pourraient suivre.
Voir aussi :
- Thaïlande : El Niño pourrait faire monter le thermomètre… et certaines actions
- Thaïlande : un super El Niño menace l’agriculture et les prix alimentaires
Sources : The Nation Thailand, Organisation météorologique mondiale, OMM, FAO 1, FAO 2
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