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La « Porte des Larmes » pourrait faire flamber les prix en Thaïlande

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Pétrolier de Bangchak Corporation en navigation

Une perturbation du détroit de Bab el-Mandeb pourrait faire grimper les prix du carburant, de l’électricité et du transport maritime en Thaïlande.

Cette voie maritime stratégique relie la mer Rouge au golfe d’Aden et constitue l’un des principaux passages commerciaux entre l’Asie et l’Europe.

La reprise des affrontements entre les États-Unis et l’Iran a ravivé les inquiétudes concernant une possible intensification des attaques menées par les Houthis du Yémen contre les navires commerciaux circulant dans la région.

Même si le détroit reste ouvert, les marchés ont déjà commencé à anticiper le risque de nouvelles perturbations alors que les cours du pétrole évoluent à leur plus haut niveau depuis plus d’un mois.

Une éventuelle fermeture aurait des conséquences bien au-delà du secteur énergétique.

Les navires reliant l’Asie à l’Europe perdraient leur accès direct à la mer Rouge et au canal de Suez, ce qui augmenterait les coûts de transport, les primes d’assurance et les pressions inflationnistes dans de nombreux pays, dont la Thaïlande.

La « Porte des Larmes » relie l’Asie et l’Europe

Illustration du détroit de Bab el-Mandeb avec une pompe à carburant et des graphiques représentant les risques pour les prix de l'énergie

Illustration du détroit de Bab el-Mandeb, une voie maritime stratégique dont une perturbation pourrait entraîner une hausse des prix du pétrole, de l’électricité et du transport maritime. Image : The Nation Thailand

Bab el-Mandeb signifie « Porte des Larmes » en arabe.

Ce passage étroit se situe entre le Yémen, sur la péninsule Arabique, et Djibouti ainsi que l’Érythrée, dans la Corne de l’Afrique.

Il relie la mer Rouge au golfe d’Aden et permet d’accéder au canal de Suez, la route maritime la plus courte entre l’Asie et l’Europe.

Cette zone possède également une importance géostratégique majeure.

Les États-Unis, la Chine, la France, le Japon et l’Italie y disposent notamment d’installations militaires.

Les Houthis contrôlent une partie de la côte yéménite de la mer Rouge et ont déjà démontré leur capacité à viser le trafic maritime commercial à l’aide de missiles et de drones.

Bab el-Mandeb demeure une voie énergétique essentielle, même si le trafic y a fortement diminué depuis le début des attaques en mer Rouge.

Environ 4,2 millions de barils de pétrole brut et de produits pétroliers y ont transité chaque jour au premier semestre 2025, contre environ 8 millions en 2023.

Les flux se sont toutefois redressés pour atteindre environ 5,4 millions de barils par jour au premier trimestre 2026.

Les attaques contre la navigation depuis fin 2023 ont déjà poussé de nombreuses compagnies maritimes à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance.

Une fermeture entraînerait une hausse immédiate des coûts de fret

Carte des principales routes maritimes commerciales reliant l'Asie, l'Europe et l'Amérique du Nord via le canal de Suez, Bab el-Mandeb et le cap de Bonne-Espérance

Carte des principales routes maritimes commerciales mondiales. Elle montre notamment les itinéraires empruntant le détroit de Bab el-Mandeb et le canal de Suez, ainsi que les détours possibles par le cap de Bonne-Espérance en cas de perturbation du trafic maritime. Source : EIA.

Si Bab el-Mandeb devenait impraticable, les navires ne pourraient plus emprunter la mer Rouge ni le canal de Suez.

Ils seraient alors contraints de contourner le cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud.

Ce détour ajouterait entre 3 000 et 3 500 milles marins, soit plus de 6 000 kilomètres, à certains trajets et prolongerait les délais de livraison de 10 à 20 jours.

Les exportations thaïlandaises vers l’Europe, qui nécessitent habituellement environ 30 jours de transport, pourraient alors demander entre 45 et 60 jours selon les itinéraires et la congestion des ports.

Selon cette évaluation, le coût d’expédition d’un conteneur maritime standard pourrait passer d’environ 3 500 à 7 000 dollars américains.

Les assurances contre les risques de guerre et les divers surcoûts d’urgence pourraient ajouter plusieurs milliers de dollars supplémentaires à chaque expédition.

L’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) estime qu’un pétrolier reliant la mer d’Oman à l’Europe doit parcourir environ 15 jours supplémentaires lorsqu’il contourne l’Afrique au lieu d’emprunter la route de Suez.

Ces coûts seraient finalement répercutés sur les fabricants, les distributeurs et les consommateurs.

La Thaïlande risque une hausse des prix du pétrole et des factures d’électricité

Pompes à essence dans une station-service

Pompes à essence dans une station-service.

La Thaïlande demeure particulièrement exposée en raison de sa dépendance aux importations énergétiques.

D’après les données présentées, environ 58 % du pétrole brut importé par le pays provient du Moyen-Orient.

Une perturbation simultanée du détroit d’Ormuz et de Bab el-Mandeb créerait ainsi un double goulot d’étranglement affectant à la fois le départ des cargaisons énergétiques du Golfe et leur acheminement vers l’ouest.

Dans le scénario le plus extrême, certains analystes estiment que les prix du pétrole pourraient atteindre entre 150 et 200 dollars le baril.

Le diesel pourrait alors dépasser 40 bahts le litre en Thaïlande, à moins que le gouvernement ne mette en place d’importantes subventions ou réductions fiscales.

L’impact se ferait également sentir sur les coûts de l’électricité.

La Thaïlande importe environ 2,2 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an depuis le Qatar, soit près de 24 % de ses importations de GNL.

Le GNL qatari doit d’abord traverser le détroit d’Ormuz.

Les cargaisons destinées à l’Europe empruntent traditionnellement Bab el-Mandeb et le canal de Suez, même si une partie du trafic a déjà été réorientée en raison des risques sécuritaires en mer Rouge.

Des retards ou une hausse des coûts de transport pourraient se répercuter sur le tarif d’ajustement du carburant (Ft) et, à terme, sur les factures d’électricité des ménages.

Certaines études estiment qu’une période prolongée de prix élevés de l’énergie, combinée à une capacité limitée du gouvernement à subventionner le secteur, pourrait faire grimper l’inflation thaïlandaise entre 3 % et 4,5 % tout en ralentissant la croissance économique.

Ces chiffres correspondent toutefois à des scénarios de risque et non à des prévisions officielles.

Les exportateurs et les industriels confrontés à des perturbations

Navires porte-conteneurs à quai dans un port commercial de Thaïlande

Des navires porte-conteneurs chargent et déchargent des marchandises dans un port thaïlandais.

Les conséquences ne se limiteraient pas au secteur énergétique.

L’allongement des délais de transport vers l’Europe et le Moyen-Orient augmenterait fortement les coûts logistiques et immobiliserait davantage les capitaux des entreprises.

Le secteur privé estime que plus de 32 milliards de bahts d’exportations thaïlandaises pourraient se retrouver bloqués dans le système logistique.

Si les perturbations devaient se prolonger, les pertes liées aux exportations pourraient dépasser 33 milliards de bahts par mois.

La pétrochimie, les plastiques, les emballages, les engrais chimiques et l’agriculture figureraient parmi les secteurs les plus exposés.

Les petites et moyennes entreprises pourraient être particulièrement vulnérables, car les délais de paiement s’allongeraient tandis que les coûts de transport et de production augmenteraient immédiatement.

Pour limiter les risques, certaines entreprises pourraient être contraintes d’accroître leurs stocks, de rechercher des fournisseurs alternatifs ou encore de payer des primes d’assurance plus élevées.

Deux goulets d’étranglement constituent une menace mondiale plus large

Le principal risque ne réside pas dans la fermeture d’un seul détroit, mais dans une perturbation simultanée du détroit d’Ormuz et de Bab el-Mandeb.

Ormuz demeure le principal point de passage du pétrole mondial.

Plus d’un quart du commerce maritime mondial de pétrole et environ un cinquième de la consommation mondiale de pétrole y ont transité en 2024 et au début de 2025.

Plus d’un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié emprunte également cette voie stratégique.

Bab el-Mandeb constitue quant à lui la porte d’entrée permettant à une partie de cette énergie et à d’importants flux commerciaux d’atteindre l’Europe via la mer Rouge et le canal de Suez.

Une perturbation simultanée des deux passages provoquerait une hausse des prix de l’énergie, des coûts de transport, de l’inflation et des difficultés d’approvisionnement dans de nombreux secteurs à travers le monde.

La Thaïlande dispose d’une marge de manœuvre limitée face à une crise prolongée

Dépôt de pétrole dans la province de Surat Thani, en Thaïlande

Inspection dans un dépôt de pétrole dans la province de Surat Thani. Photo : Département des enquêtes spéciales

La Thaïlande disposerait actuellement de réserves pétrolières suffisantes pour couvrir entre 65 et 95 jours de consommation.

Le pays a également cherché à diversifier ses approvisionnements en se tournant notamment vers les États-Unis, l’Afrique de l’Ouest et la Malaisie.

Ces mesures offriraient une protection temporaire, mais elles ne permettraient pas d’échapper totalement à une crise prolongée affectant les prix mondiaux, les capacités de transport et les coûts d’assurance.

Le gouvernement et les entreprises devraient alors faire face à un double défi : contenir la hausse des coûts énergétiques tout en garantissant un approvisionnement suffisant pour les transports, l’industrie et la production d’électricité.

Pour la Thaïlande, une éventuelle fermeture de la « Porte des Larmes » constituerait donc bien davantage qu’une simple crise géopolitique lointaine.

Elle pourrait avoir des conséquences directes sur les prix, l’économie, les exportations et le quotidien des consommateurs.

Voir aussi :


Source : The Nation Thailand

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