Dans une étape majeure vers un engagement accru sur la scène mondiale, la Thaïlande cherche à obtenir l’adhésion à part entière aux BRICS+.
Le ministre des Affaires étrangères, Maris Sangiampongsa, a participé au sommet des BRICS+ le 24 octobre à Kazan, en Russie, représentant la Thaïlande en tant que pays partenaire.
Voir : La Thaïlande souhaite un monde meilleur et plus juste au sommet des BRICS+
Le thème du sommet de cette année était :
« Les BRICS+ et le Sud global : Construire ensemble un monde meilleur ».
Les dirigeants ou représentants de 36 pays ont participé à ce sommet de trois jours, qui s’est déroulé du 22 au 24 octobre.
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L’évolution des BRICS+

Les représentants de divers pays lors de la réunion des Brics+ à Kazan, en Russie, du 22 au 24 octobre 2024.
Les BRICS étaient à l’origine un acronyme pour Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, un groupe informel d’économies émergentes espérant accroître leur poids dans l’ordre mondial.
Créés en 2009, les BRICS sont partis du constat que les institutions internationales étaient trop dominées par les puissances occidentales et avaient cessé de servir les pays en développement.
Le bloc a cherché à coordonner les politiques économiques et diplomatiques de ses membres, à créer de nouvelles institutions financières et à réduire la dépendance à l’égard du dollar américain.
Les analystes affirment que les BRICS+ ont dû faire face à des divisions internes sur une série de questions, notamment les relations avec les États-Unis et l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Parallèlement, l’augmentation du nombre de ses membres accroît son influence, mais crée également de nouvelles tensions.
Certains analystes avertissent que le bloc pourrait saper l’ordre international dirigé par l’Occident, mais il y a beaucoup de scepticismes quant à ses ambitions d’avoir sa propre monnaie et de développer une alternative viable aux institutions existantes.
Selon le Council on Foreign Relations (CFR), un groupe de réflexion basé aux États-Unis, très influent et qui représente les puissances politiques et financières menacées par les BRICS+, ces ambitions sont confrontées à des défis potentiellement insurmontables.
Le CFR a aussi des liens avec le Groupe Bilderberg et la Commission trilatérale, de puissantes institutions américaines qui pèsent sur les décisions prises dans les domaines de la dérégulation de l’économie mondiale et de la géopolitique.
Il est donc normal que ces institutions tentent de minimiser la menace que les BRICS+ font peser sur leurs intérêts vis-à-vis de leurs partenaires.
Les BRICS+ face à l’Occident

Exemple de ce qui pourrait être la future monnaie des BRICS+.
Le sommet de cette année a fait l’objet d’une attention particulière, car il s’est tenu dans la troisième année de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
De nombreux analystes ont vu dans ce sommet une occasion pour M. Poutine de montrer à l’Occident qu’il n’était pas isolé malgré les lourdes sanctions imposées par l’Occident à la Russie.
« Les pays de notre association sont essentiellement les moteurs de la croissance économique mondiale.
Dans un avenir prévisible, les BRICS+ seront à l’origine de la principale augmentation du PIB mondial », a déclaré M. Poutine à des fonctionnaires et à des hommes d’affaires lors du forum commercial des BRICS+ à Moscou, quelques jours avant le sommet.
M. Poutine s’est vanté du fait que la contribution des pays des BRICS+ à l’économie mondiale était déjà supérieure à celle du G7, et qu’elle ne cessait de croître.
« En 1992, le G7 représentait 45,5 % du PIB mondial, contre 30,5 % en 2022.
Les prévisions pour 2028 sont de 27,9 %.
La part des pays des BRICS+ dans le PIB mondial était de 31,4 % en 2022.
Entre-temps, la croissance du PIB des pays des BRICS+ devrait atteindre 33,8 % en 2028 », a déclaré Poutine, cité par l’agence de presse russe Tass.
Un communiqué du ministère thaïlandais des Affaires étrangères indique que M. Maris a été chargé par la Première ministre Paetongtarn Shinawatra d’assister à la réunion des dirigeants.
La Thaïlande a réaffirmé sa détermination à renforcer son engagement avec les BRICS+, comme elle l’a souligné dans une lettre datant de juin 2024, exprimant son intérêt à rejoindre les BRICS+ en tant que membre à part entière, selon la déclaration du ministère des Affaires étrangères.
Voir : La Thaïlande souhaite rejoindre les BRICS+ “dès que possible”
M. Maris a déclaré que la Thaïlande espérait rejoindre le groupe en août de l’année prochaine.
Et la Thaïlande pourrait aider à forger un lien entre les BRICS+ et d’autres groupes, tels que l’ASEAN (ou ANASE) et le Dialogue de coopération asiatique.
En 2017, la Chine a organisé le premier mécanisme BRICS Plus pour servir de plate-forme au plus haut niveau pour les pays BRICS+ et les principaux pays en développement afin de discuter des moyens de promouvoir la coopération Sud-Sud et de renforcer le multilatéralisme.
La Thaïlande a participé aux trois éditions de BRICS Plus, en 2017 (Xiamen, Chine), en 2022 (par vidéoconférence organisée par la Chine) et en 2023 (Johannesburg, Afrique du Sud), selon le ministère.
L’équilibre de la Thaïlande dans le nouvel ordre mondial

La Thaïlande dans les BRICS+.
Le général Nipat Thonglek, ancien secrétaire permanent à la défense et ancien conseiller de Srettha Thavisin, l’ancien Premier ministre destitué en août 2024, a déclaré :
« L’adhésion aux BRICS est la stratégie de la Thaïlande depuis le précédent gouvernement de Srettha Thavisin, visant à accroître la coopération économique. »
Anusorn Tamajai, doyen de la faculté d’économie de l’université de la Chambre de commerce thaïlandaise, a exprimé son soutien à la décision du gouvernement, affirmant que l’adhésion aux BRICS+ serait bénéfique sur le plan économique.
Il a toutefois précisé que si les BRICS+ souhaitaient équilibrer leur pouvoir économique avec l’Occident, cela aurait également des répercussions sur la politique mondiale.
Le groupe souhaite réformer l’ordre économique mondial et accroître le rôle des économies en développement.
Le groupe encourage également l’utilisation de monnaies locales pour les échanges commerciaux afin de réduire la dépendance à l’égard du dollar américain.
Il prévoit un système financier alternatif et la collecte de fonds pour le développement des pays.
Les BRICS+ ont même lancé leur propre banque.
La Nouvelle banque de développement, anciennement connue sous le nom de Banque de développement des BRICS, a pour objectif de « soutenir des projets publics ou privés par le biais de prêts, de garanties, de prises de participation et d’autres instruments financiers.
« En ce qui concerne la politique étrangère, il serait dans l’intérêt de la Thaïlande de conserver son autonomie stratégique », a déclaré M. Anusorn, ajoutant que le pays devait équilibrer ses intérêts dans un monde multipolaire où la domination des États-Unis a diminué.
Cette stratégie encouragerait les États-Unis à mettre en œuvre des politiques favorables à la Thaïlande, car ils ne souhaitent pas que Bangkok se rapproche trop des BRICS+.
« Cela améliorerait le pouvoir de négociation de la Thaïlande avec l’Europe et les États-Unis, ce qui conduirait à une mondialisation plus juste », a-t-il déclaré.
Risques géopolitiques

De nombreux économistes mettent toutefois en garde contre les risques géopolitiques qui pèsent sur l’économie thaïlandaise à l’avenir.
Tous les regards sont désormais tournés vers l’élection présidentielle américaine.
Beaucoup s’inquiètent de l’impact sur le commerce mondial d’un nouveau mandat de Donald Trump en raison de son approche « America First ».
M. Trump a promis d’augmenter les droits de douane universels de 10 à 20 % et de 60 % ou plus sur les produits fabriqués en Chine et importés aux États-Unis en particulier.
Le Fonds Monétaire International (FMI) a exhorté les dirigeants mondiaux à éviter les guerres commerciales.
Le lauréat du prix Nobel Paul Krugman a averti que des droits de douane élevés, comme le suggère M. Trump, pourraient déclencher des représailles de la part d’autres pays et que le monde reviendrait alors à la situation d’il y a 90 ans, lorsque les droits de douane étaient élevés à l’échelle mondiale.
Si cela se produit, il prédit un chaos économique qui nuirait même aux grandes et riches économies comme les États-Unis et l’Union européenne.
« Mais cela pourrait s’avérer catastrophique pour les économies plus petites et plus pauvres », a-t-il récemment écrit dans le New York Times.
Dans un tel scénario, la Thaïlande et d’autres pays asiatiques dont la croissance repose en grande partie sur les exportations ne seraient pas épargnés.
Les États-Unis sont actuellement le plus grand marché de la Thaïlande, représentant 18,1 % du total des exportations, selon le ministère du Commerce.
La Thaïlande bénéficie d’un excédent commercial avec les États-Unis, mais accuse un important déficit commercial avec la Chine.
Voir : Le déficit commercial de la Thaïlande avec la Chine atteint un niveau record
Si la Thaïlande devient membre des BRICS+, elle renforcera ses échanges commerciaux et ses investissements avec la Chine.
Mais actuellement, les industries locales s’inquiètent de l’afflux de produits moins chers en provenance de Chine, qui menacent leur survie.
Pour tenter de freiner cela, le département des douanes de Thaïlande a augmenté la TVA pour les marchandises importées.
Voir : Nouvelle taxe sur tous les produits importés en Thaïlande
Anusorn a suggéré que le libre-échange devrait bénéficier à toutes les parties concernées sur la base de pratiques équitables.
« Le gouvernement thaïlandais doit empêcher ses partenaires commerciaux de pratiquer le dumping en vendant leurs produits à des prix inférieurs aux coûts de production, ce qui nuirait aux petites et moyennes entreprises locales.
Le gouvernement doit mettre en place de bonnes normes de sécurité, mais ne pas ériger de barrières fiscales ou de quotas d’importation, car cela rendrait l’économie moins compétitive et nuirait aux consommateurs, bien que certaines industries locales aient tout à gagner du protectionnisme. »
Le bloc des BRICS+ s’est enrichi de quatre nouveaux membres en janvier 2024 :
L’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran et les Émirats arabes unis.
Voir : La Thaïlande poursuit son projet d’adhésion aux BRICS+
L’Arabie saoudite, qui s’est vu proposer l’adhésion aux BRICS+, ne l’a pas encore formellement rejointe, ce qui laisse supposer qu’elle ne souhaite pas contrarier ses alliés occidentaux, principalement les États-Unis.
Voir aussi :
La Thaïlande dans l’ordre mondial émergent
Les relations complexes de la Thaïlande avec les États-Unis et la Chine
Source : Thai PBS World
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2 commentaires
L’Europe et les USA mettent Des sanctions à la Russie.
Une guerre mondiale est potentielle…
La Thaïlande veut contribuer au Brics et faire des accords de libre échange avec l’Union européenne ???
Pas étonnant…