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Air toxique en Thaïlande : bataille entre santé publique et intérêts économiques

7 commentaires 5 minutes à lire
???? Feu de canne à sucre en Thaïlande et pollution de l’air, habitants portant un masque face au smog

Le projet de loi sur la qualité de l’air en Thaïlande, malgré les controverses, est jugé indispensable face à une crise de pollution qui s’aggrave.

Le smog intense qui touche le nord du pays a renforcé la pression sur le gouvernement pour adopter des outils juridiques plus stricts, notamment en relançant ce projet de loi très débattu.

Voir : Thaïlande : la loi sur la qualité de l’air en danger malgré 32 000 décès annuels

Une pollution persistante qui met la pression sur le gouvernement

La fumée issue des incendies a recouvert les forêts de Chiang Mai cette semaine, faisant grimper les indices de pollution dans le rouge

La fumée issue des incendies a recouvert les forêts de Chiang Mai cette semaine, faisant grimper les indices de pollution dans le rouge. Photo : Panumate Tanraksa/Bangkok Post

Withoon Lianchamroon, secrétaire général de Biothai, une organisation locale engagée pour la sécurité alimentaire et l’agriculture durable, a averti que la situation pourrait empirer sans mesures rapides.

« Nous n’avons pas de temps à perdre.

La forte pollution atmosphérique dans le nord pourrait s’aggraver s’il n’y a pas de mesures efficaces pour contrôler la pollution à la source », a-t-il déclaré.

Il souligne notamment les failles dans l’application des lois actuelles et la nécessité d’une réforme structurelle à long terme.

Depuis plusieurs jours, des niveaux dangereux de particules fines (PM2,5) sont enregistrés dans le nord, poussant les gouverneurs de Chiang Mai, Lamphun et Phayao à déclarer l’état d’urgence.

Voir : Thaïlande : état d’urgence face à une pollution extrême dans le nord

Cette pollution représente un risque accru pour les populations les plus vulnérables, notamment les enfants, les personnes âgées et celles souffrant de maladies chroniques.

Une menace sanitaire de plus en plus documentée

Une vue prise par drone montre la ville enveloppée dans la pollution atmosphérique, à Chiang Mai, en Thaïlande, le 31 mars 2026

Une vue prise par drone montre la ville enveloppée dans la pollution atmosphérique, à Chiang Mai, en Thaïlande, le 31 mars 2026. Photo : Reuters/Jittrapon Kaicome

Le Dr Arintaya Phrommintikul, directrice de l’hôpital Maharaj Nakorn de Chiang Mai, a qualifié les PM2,5 de « menace silencieuse ».

Elle a indiqué que le nombre de cas de saignements de nez a augmenté de 1,5 fois durant la saison du smog.

Les effets sur la santé sont multiples :

  • irritation des voies respiratoires
  • inflammation des yeux et des voies nasales
  • augmentation des risques cardiovasculaires

« Chaque augmentation de 10 µg/m³ de PM2,5 augmente les risques de maladies cardiaques et d’AVC de 6 à 8 % chez les groupes vulnérables », a-t-elle précisé.

Le Bureau provincial de la santé publique de Chiang Mai assure un suivi constant de la situation.

Le 2 avril, l’Agence de développement de la géo-informatique et des technologies spatiales a recensé plus de 3 763 points chauds à l’échelle nationale, dont plus de 70 % situés dans les zones forestières du nord.

Ces données soulèvent des inquiétudes quant à la gestion des forêts et aux stratégies de prévention des incendies.

Le Département de la lutte contre la pollution prévoit une aggravation de la situation jusqu’à la première semaine d’avril, en raison de conditions atmosphériques défavorables et d’une faible circulation de l’air.

Voir : La Thaïlande suffoque : chaleur extrême, jusqu’à 42 °C, et smog étouffant

Un projet de loi au cœur des tensions politiques

Incendies nocturnes et fumée épaisse liés aux brûlages agricoles en Thaïlande

Incendies nocturnes et fumée épaisse liés aux brûlages agricoles en Thaïlande.

Le débat politique autour du projet de loi sur la qualité de l’air s’est intensifié, ce texte étant désormais considéré comme central pour répondre à la crise sur le long terme.

Phattarapong Leelaphat, député du Parti du peuple à Chiang Mai, a appellé à ne pas politiser la question.

Il a exhorté les législateurs à poursuivre l’examen du texte plutôt que de relancer l’ensemble du processus législatif.

Le projet avait déjà obtenu 308 voix lors d’une précédente session parlementaire et avait atteint la Chambre haute, avant d’être interrompu par la dissolution du Parlement.

Le nouveau gouvernement dispose de 60 jours après la première séance pour relancer son examen, faute de quoi le texte deviendra caduc.

Un retard pourrait fragiliser la confiance du public et prolonger les risques sanitaires.

Des divergences sur l’impact économique

Récolte de cannes à sucre brulée à Suphan Buri

Récolte de cannes à sucre brulée à Suphan Buri. Photo : Bangkok Post

Le parti au pouvoir, Bhumjaithai, a exprimé des réserves, estimant que la loi pourrait avoir des conséquences économiques importantes.

Ses représentants considèrent que les lois existantes sont suffisantes si elles sont correctement appliquées.

Cette position est vivement contestée par les organisations environnementales et la société civile, qui dénoncent l’absence de mécanismes efficaces et d’une approche structurelle pour lutter contre la pollution récurrente liée au smog.

Un cadre ambitieux porté par la société civile

Femme avec un masque dans une zone polluée de Thaïlande

Femme avec un masque dans une zone polluée de Thaïlande. Photo : Suriyawut Suriya

Initialement proposé en 2019 par des groupes de la société civile, le projet de loi vise à instaurer un cadre global de gestion de la pollution de l’air.

Il prévoit notamment :

  • une décentralisation des pouvoirs pour permettre aux communautés locales d’agir
  • l’application du principe du pollueur-payeur
  • des mécanismes de traçabilité pour limiter les activités contribuant au smog, y compris dans les chaînes d’approvisionnement agricoles

Selon Withoon Lianchamroon, la majorité des incendies se produisent dans des forêts gérées par l’État, tandis que les zones gérées par les communautés locales enregistrent moins d’incidents.

Cela met en évidence l’efficacité d’une gestion locale dans la prévention des feux.

Il ajoute que les politiques d’interdiction de brûlage mises en place ces dernières années ont pu entraîner une accumulation de végétation sèche, aggravant ainsi l’intensité des incendies.

Un texte imparfait mais jugé nécessaire

Thaïlandais devant le Sappaya-Sapasathan, l'actuel Parlement thaïlandais à Bangkok

Thaïlandais devant le Sappaya-Sapasathan, l’actuel Parlement thaïlandais à Bangkok. Photo : The Nation Thailand

Pour de nombreux experts, il est préférable d’adopter ce projet de loi plutôt que de relancer entièrement le processus législatif.

Malgré ses limites et les débats qu’il suscite, ce texte apparaît comme une base essentielle pour répondre à une crise environnementale et sanitaire devenue critique en Thaïlande.

Voir aussi :

Dangereuse pollution de l’air : la Thaïlande durcit le ton contre les feux illégaux

Pollution de l’air en Thaïlande : l’urgence d’une loi face à la crise des PM2,5

Thaïlande : un nouvel espoir pour lutter contre la pollution de l’air


Source : Bangkok Post

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7 commentaires

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Jean Pierre 7 avril, 2026 - 8 h 22 min

Certains youtubeurs ont beau vanter sa qualité de vie, son coût de la vie raisonnable et la beauté de ses paysages, jamais je n’irai planter mes choux à Chiang Mai, cette ville la plus polluée au monde.

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HANSSON 7 avril, 2026 - 14 h 50 min

Ben oui, Jean-Pierre, tout comme la Thaïlande du Nord-Est et ses plaines agricoles, le Nord de la Thaïlande, plus montagneux, mais tout aussi agricole (riz, maïs, canne à sucre, café, cacao…) est victime des brûlis pourtant interdits !

Alors, on lit dans la presse locale et sur les réseaux sociaux que les autorités sont démunis pour appliquer la loi, mais quand ce sont ces mêmes autorités qui sont à l’origine des feux, ce n’est plus de l’impuissance, c’est de la complicité, voire de la culpabilité.

Un exemple vécu ? Ce mardi 7 avril vers 13h, me rendant à Chiang Rai depuis Nan, j’emprunte la route provinciale N1091 qui traverse Ban Luang, Chiang Muean pour ensuite filer vers Phayao et le Nord…

À 4 reprises sur 36 km, des ouvriers provinciaux chargés de l’entretien des routes et de la voirie routière (fossés, avaloirs, dégagements, parkings, etc…) mettaient le feu à des broussailles et herbes desséchées par 5 mois sans pluie…

Ces feux, dénoncés par les autorités s’étalaient chacun sur plusieurs centaines de mètres le long de la route et sur une largeur variant de 2 à 5 mètres selon les endroits et la végétation en place…

Alors, voilà… Si les ouvriers qui travaillent pour le ministère des Transports, qui a l’entretien des routes dans ses attributions, permettent ce genre de « nettoyage », il ne faut plus s’étonner que la situation ne s’améliore pas et que les lois ne sont pas appliquées…

C’est la Thaïlande dans toute la splendeur de la logique Thai !!!

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Luc 555 8 avril, 2026 - 9 h 20 min

Ils brûlent les sols pour éviter que le feu soit plus important… et également pour faire des contre-feux pour arrêter la propagation, notamment pour les vergers…

Ils ne sont pas complices mais travaillent pour essayer d’endiguer le probleme…

Il me semble bien que dans un article précédent il y avait une photo où l’on voyait un moine travailler avec les personnes qui effectuent ce genre de boulot… pas facile du tout.

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Charles Alexis 7 avril, 2026 - 16 h 42 min

Oui, Jean-Pierre ! J’y ai vécu environ deux ans répartis entre 2000 et 2004.

C’était déjà très pollué. En plus, à l’époque, il y avait encore plein de tuk-tuk et de motos 2 temps qui généraient des nuages toxiques en ville, notamment lors des démarrages aux carrefours, et beaucoup d’autochtones étaient déjà masqués, bien avant le Grovid-19.

La belle  » Rose du Nord  » se fanait déjà dans l’indifférence des politiques ; parmi eux, un beau-parleur, désintéressé par l’argent, comme les autres, qui allait devenir Premier ministre.

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François 8 avril, 2026 - 0 h 54 min

Thaïlandais bien trop égoïstes pour prendre les mesures collectives qui s’imposent.

Chacun pollue en pensant que ce n’est pas son problème… (Voir les pick-up et autres scooters trafiqués.)

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Hervé 8 avril, 2026 - 13 h 15 min

J’ai vécu deux ans à Chiang Mai, à une époque où la pollution était encore acceptable (2012).

Région magnifique, peuple extrêmement amical, je suis triste pour toutes les familles sacrifiées par le gouvernement, pour des intérêts économiques.

Je rencontre dans le sud du pays des familles thaïlandaises qui ont eu assez d’argent pour déménager, quitter cet endroit entre eau polluée à l’arsenic et air irrespirable.

Comment a-t-on pu laisser ce paradis se transformer en enfer !!!

Dans quelques années, on va voir une explosion de cancers et d’autres maladies dans cette région !

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Oliv 7 avril, 2026 - 11 h 05 min

Le jour où un pays garantira l’air pur pendant la saison touristique, preuves à l’appui.

Ça sera : Au revoir la Thaïlande pour toujours.

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