La Thaïlande veut dynamiser sa croissance grâce à d’ambitieux projets dans le tourisme, le numérique et les infrastructures.
Le gouvernement d’Anutin Charnvirakul a présenté une stratégie économique plus cohérente que les précédentes, mais sa réussite dépendra de sa mise en œuvre.
La Thaïlande a souvent affiché de grandes ambitions ; ce qui lui a le plus souvent fait défaut, c’est la capacité à les transformer en réalisations concrètes.
Cette feuille de route entend faire converger les infrastructures, le tourisme, la transformation numérique et l’attractivité des investissements dans une même stratégie de croissance, tout en rapprochant la Thaïlande des standards internationaux dans le cadre de sa candidature à l’OCDE.
Pour Martin Venzky-Stalling, conseiller principal au Parc des sciences et technologies de l’université de Chiang Mai et président du Comité de développement durable des Chambres de commerce étrangères conjointes de Thaïlande, les signaux envoyés par le gouvernement sont encourageants.
Il estime toutefois que « la prochaine étape consiste à traduire cette intention en une mise en œuvre plus intégrée entre les secteurs ».
Le pont terrestre, symbole des ambitions — et des tensions

Carte du projet thaïlandais de pont terrestre, corridor logistique prévu entre Ranong sur la mer d’Andaman et Chumphon sur le golfe de Thaïlande.
Le projet le plus emblématique de cette stratégie reste le pont terrestre : un corridor logistique destiné à relier le golfe de Thaïlande à la mer d’Andaman par la route et le rail, à travers le sud de la péninsule.
Estimé à environ 1 000 milliards de bahts, soit près de 28 milliards de dollars, il vise à positionner la Thaïlande comme plateforme d’échanges entre l’océan Indien et le Pacifique.
Sur le papier, les bénéfices paraissent évidents.
Pour le gouvernement, ce projet constitue une preuve de sérieux stratégique.
Pour les investisseurs, il laisse entrevoir de nouveaux corridors industriels, des zones logistiques et une perspective à long terme plus crédible en matière de transport et de commerce.
Mais le pont terrestre reste l’un des paris infrastructurels les plus contestés du pays.
Des habitants, des associations et des spécialistes s’inquiètent de ses conséquences sur les écosystèmes marins, les activités de pêche et les économies touristiques du sud de la Thaïlande.
Les consultations publiques et les études d’impact environnemental et sanitaire demeurent incomplètes.
Ce point de friction illustre une tension plus large dans l’argumentaire gouvernemental :
On ne peut promouvoir simultanément un tourisme à forte valeur ajoutée et traiter les risques environnementaux comme des sujets secondaires.
Si les deux ambitions ne sont pas réconciliées, elles risquent de se neutraliser mutuellement.
Voir : La Thaïlande relance son projet de pont terrestre à 1 000 milliards de bahts
Un tourisme plus rentable, mieux réparti dans l’année

Touriste dans une piscine en face de la mer dans un hôtel de luxe en Thaïlande.
La stratégie touristique du gouvernement marque une rupture nette avec la logique des volumes.
Plutôt que de chercher à maximiser le nombre d’arrivées, les autorités misent sur des visiteurs à fort pouvoir d’achat, une fréquentation plus régulière tout au long de l’année et des segments à plus forte valeur :
- bien-être
- tourisme médical
- voyages d’affaires
- événements MICE
- tourisme communautaire
Les données de marché valident en partie cette orientation.
Selon CBRE Thaïlande, l’un des principaux cabinets mondiaux de conseil en immobilier d’entreprise, la Thaïlande reste bien placée pour capter une demande haut de gamme en 2026.
À Bangkok, plus de 4 300 nouvelles chambres d’hôtel devraient être mises sur le marché cette année, principalement dans les segments haut de gamme et de luxe.
Malgré cette augmentation de l’offre, CBRE anticipe une progression du taux d’occupation pouvant atteindre deux points de pourcentage, ainsi qu’une hausse du revenu par chambre disponible de 3 à 4 %.
Ces chiffres témoignent d’une confiance durable des investisseurs dans le potentiel touristique du pays. Mais cette confiance est conditionnelle.
Dans des destinations comme Phuket, Koh Samui ou Pattaya, les lacunes sont bien identifiées : gestion de l’eau, traitement des déchets, drainage, résilience climatique.
Pour les investisseurs, ces sujets dépassent largement le cadre municipal : ils influencent directement la qualité perçue des destinations, les coûts d’exploitation et la valeur à long terme des actifs.
Un tourisme haut de gamme ne peut prospérer durablement dans des destinations dont les infrastructures de base restent insuffisantes.
Le numérique, entre modernisation et reconstruction de la confiance

Portefeuille numérique. Photo : NNT.
La transformation numérique constitue le troisième pilier de la stratégie gouvernementale — et sans doute le plus transversal.
L’administration thaïlandaise étend progressivement ses services en ligne.
La plateforme DOL e-Service du Département des terres permet déjà d’accéder à distance à des services liés aux certificats de valeur estimée, aux garanties et aux registres fonciers.
La Banque de Thaïlande, de son côté, développe des solutions d’identité numérique destinées à fiabiliser les transactions financières et à simplifier les démarches d’entrée en relation avec les établissements bancaires.
Parallèlement, la lutte contre les escroqueries en ligne est devenue un chantier prioritaire.
Banques, opérateurs télécoms, plateformes numériques et acteurs des actifs numériques sont désormais davantage associés à la prévention et engagés dans une logique de responsabilité partagée.
Voir : Arnaques en Thaïlande : après Facebook, l’État cible Apple, Line et les banques
Pour le Dr Saliltorn Thongmeensuk, chercheur senior à l’Institut de recherche sur le développement de la Thaïlande, cette évolution va dans le bon sens, mais ne suffit pas.
Une réponse sérieuse à la fraude en ligne « doit aller au-delà de la répression et de la sensibilisation pour s’orienter vers une refonte de l’infrastructure de confiance dans l’économie numérique ».
Selon lui, la Thaïlande « n’est pas encore pleinement passée d’une gouvernance réactive à une conception stratégique de l’État numérique ».
L’enjeu dépasse la seule sécurité des transactions.
La fiabilité des systèmes numériques conditionne la qualité des vérifications préalables, la fluidité des paiements et la crédibilité de l’environnement des affaires aux yeux des investisseurs étrangers.
Les centres de données renforcent l’attractivité de la Thaïlande

Centre de données. Photo : Data Center News.
Le virage numérique se traduit aussi par une demande croissante en infrastructures spécialisées.
Les projets d’investissement de Google dans les centres de données et le cloud à Bangkok et à Chonburi, auxquels s’ajoutent de nombreux projets approuvés par le Board of Investment, illustrent l’intérêt des grands groupes technologiques pour la Thaïlande.
Voir : La Thaïlande profite du boom de l’IA pour attirer les centres de données
Cette dynamique soutient la demande en terrains industriels bien connectés, disposant d’une alimentation électrique fiable et d’un accès aux réseaux de données.
Elle renforce le lien entre politique numérique, immobilier industriel et stratégie d’attractivité.
Dans ce segment, CBRE considère les terrains industriels comme l’un des marchés les plus solides de l’année, avec des taux de vacance inférieurs à 5 % et une demande soutenue pour les usines clés en main.
Chotika Tungsirisurp, responsable du conseil et de la recherche chez CBRE Thaïlande, estime que « la croissance du commerce régional encouragera davantage d’entreprises à s’implanter en Asie du Sud-Est, y compris en Thaïlande ».
Les perspectives sont plus nuancées pour l’immobilier logistique moderne : CBRE anticipe un déséquilibre entre l’offre nouvelle et la demande en 2026, susceptible de faire grimper le taux de vacance de 10 à 13 %.
L’exécution, seul vrai test de la stratégie

Le Premier ministre thaïlandais et chef du parti Bhumjaithai, Anutin Charnvirakul lors d’une conférence de presse.
Le programme économique du gouvernement thaïlandais présente une cohérence que ses prédécesseurs n’avaient pas toujours atteinte.
Infrastructures, tourisme, numérique et attractivité des investissements y sont présentés comme les éléments d’un même projet, auquel s’ajoute la candidature du pays à l’OCDE comme signal d’alignement sur les standards internationaux.
Mais cette cohérence reste encore largement déclarative.
Pour les investisseurs, ce qui comptera, ce ne sont pas les annonces, mais les résultats visibles : des réseaux logistiques plus efficaces, des destinations mieux gérées, des procédures administratives plus fiables, un environnement numérique plus sûr.
La Thaïlande dispose des atouts nécessaires pour réussir.
Reste désormais à démontrer que cette stratégie se traduira par des réalisations concrètes plutôt que par une nouvelle série d’annonces.
Voir aussi :
- La Thaïlande ambitionne de devenir le hub aérien de l’Asie du Sud-Est d’ici 2029
- Tourisme en Thaïlande : la paix au Moyen-Orient ne garantit pas la reprise
- La Thaïlande mise sur les visas médicaux pour devenir un hub santé mondial
Source : Property Guru Group
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