La Thaïlande a vivement contesté une déclaration de l’ONU sur le Cambodge, jugée partiale et contraire au principe de neutralité.
Tom Andrews, rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Cambodge, a répondu que Bangkok avait reçu deux jours avant sa publication un projet des passages concernant le conflit frontalier, mais n’avait pas réagi.
Ce que dit la déclaration de l’envoyé spécial de l’ONU

Tom Andrews, rapporteur spécial des Nations unies, s’exprime lors d’une conférence de presse après une réunion avec une commission de la Chambre des représentants thaïlandaise. Photo : Reuters
Dans sa déclaration publiée à l’issue d’une mission au Cambodge, Tom Andrews s’est notamment penché sur les conséquences humanitaires du conflit frontalier avec la Thaïlande.
Le rapporteur spécial évoque environ 650 000 Cambodgiens déplacés par le conflit ainsi que le retour de quelque 900 000 travailleurs migrants cambodgiens depuis la Thaïlande.
Lors de sa mission, il s’est également rendu dans une zone accueillant des personnes déplacées près de la frontière.
Certaines lui ont affirmé ne pas pouvoir retourner dans leurs foyers situés dans des secteurs désormais contrôlés par l’armée thaïlandaise.
Tom Andrews rappelle que les personnes déplacées par un conflit armé ont le droit de rentrer chez elles et estime que la Thaïlande et le Cambodge doivent coopérer afin d’accélérer leur retour.
Il souligne également la nécessité de parvenir rapidement à une résolution pacifique du différend frontalier afin que les populations puissent retrouver des conditions de vie sûres et stables et bénéficier à nouveau des opportunités économiques liées au commerce transfrontalier.
La Thaïlande proteste auprès du Haut-Commissaire de l’ONU

Le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, qui a protesté auprès du Haut-Commissaire de l’ONU contre la déclaration de Tom Andrews sur le Cambodge. Photo d’archives
Le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a adressé le vendredi 7 août une lettre à Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.
Il y exprime sa « profonde déception » concernant la déclaration de fin de mission publiée par Tom Andrews.
La Thaïlande reconnaît que cette déclaration s’inscrit dans le cadre des méthodes de travail des procédures spéciales de l’ONU, mais remet en cause sa crédibilité et sa fiabilité.
Bangkok estime notamment que Tom Andrews a formulé de nombreuses allégations à l’encontre de la Thaïlande alors que son mandat porte sur la situation des droits de l’homme au Cambodge.
Selon Sihasak Phuangketkeow, cela dépasse le mandat confié au rapporteur spécial par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies.
Bangkok dénonce un manque de neutralité et d’objectivité
Le ministre thaïlandais reproche également à Tom Andrews de ne pas avoir accordé suffisamment de temps et d’occasions à la Thaïlande pour présenter les faits et exposer son point de vue avant la publication de sa déclaration et la tenue d’une conférence de presse.
Il affirme que certaines informations présentées étaient « déformées » et n’avaient pas fait l’objet d’une vérification suffisamment approfondie.
Selon Bangkok, la conduite du rapporteur n’était pas conforme au Code de conduite des titulaires de mandat au titre des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme.
Celui-ci prévoit notamment une conduite professionnelle, un dialogue constructif et une évaluation impartiale des faits fondée sur les normes internationales relatives aux droits de l’homme.
Sihasak Phuangketkeow assure que la Thaïlande a régulièrement communiqué les informations qu’elle jugeait pertinentes aux Nations unies par les voies officielles.
Ces échanges ont notamment pris la forme de correspondances, de déclarations devant le Conseil des droits de l’homme et d’une réponse à une communication conjointe en juin.
Le gouvernement thaïlandais estime que la déclaration n’a pas suffisamment pris en compte les faits et les points de vue des différentes parties et s’est ainsi écartée des principes de neutralité, d’impartialité et d’objectivité.
Il affirme également que son contenu a été exploité « à des fins sensationnalistes » par la partie concernée afin d’en tirer un avantage politique.
Des chiffres sur les déplacés également contestés

Une roquette BM-21 tirée depuis le Cambodge a frappé une supérette située dans une station-service PTT à Ban Phue, dans le district de Kantharalak, province de Si Sa Ket, faisant huit morts et 13 blessés en août 2025. Photo : commissariat de police de Kantharalak
La Thaïlande conteste notamment les estimations faisant état de 650 000 Cambodgiens déplacés par le conflit et de 900 000 travailleurs migrants cambodgiens rentrés de Thaïlande.
Bangkok souligne que certaines personnes comptabilisées parmi les déplacés se trouvaient sur le territoire thaïlandais, où elles avaient reçu une aide humanitaire.
Voir : La Thaïlande dénonce l’utilisation de civils cambodgiens pour créer des tensions
Les autorités reprochent également à Tom Andrews de ne pas avoir suffisamment présenté la version thaïlandaise du conflit.
Sihasak Phuangketkeow affirme que les affrontements de juillet 2025 ont fait suite à des attaques cambodgiennes qu’il qualifie de « non provoquées et aveugles », qui ont fait des morts et des blessés parmi les civils thaïlandais et nécessité l’évacuation de centaines de milliers de personnes.
Voir : Conflit Thaïlande-Cambodge : une enfant raconte l’horreur des bombardements
Il estime que ces éléments n’ont pas été suffisamment pris en compte dans la déclaration du rapporteur spécial.
Tom Andrews affirme avoir envoyé le projet à la Thaïlande
Tom Andrews a répondu aux critiques du gouvernement thaïlandais dans un message publié le 7 août sur Facebook.
Le rapporteur spécial affirme avoir envoyé à Bangkok un projet des sections de sa déclaration concernant le conflit frontalier deux jours avant sa publication.
Ces passages faisaient notamment référence au déplacement de populations cambodgiennes.
Selon Tom Andrews, le gouvernement thaïlandais n’a pas répondu à cette communication avant la publication du document.
Il assure néanmoins rester disposé à discuter avec les autorités thaïlandaises et à entendre leur point de vue.
Cette version contredit donc en partie les critiques de Bangkok, qui affirme ne pas avoir bénéficié de suffisamment de temps et d’occasions pour présenter les faits avant la publication.
L’envoyé de l’ONU maintient le chiffre de 650 000 déplacés

Des manifestants thaïlandais et cambodgiens se rassemblent de part et d’autre de la frontière à Ban Nong Chan, les 25 et 26 août 2025, sur fond de tensions entre les deux pays.
Tom Andrews a également répondu aux critiques concernant son estimation d’environ 650 000 Cambodgiens déplacés par le conflit.
Il dit prendre acte de la position thaïlandaise, mais maintient que ce chiffre provient de rapports des Nations unies.
Concernant la présence de certains déplacés en Thaïlande, il explique que l’emploi du terme « déplacés » repose sur des considérations liées aux droits de l’homme et ne dépend pas des revendications de souveraineté territoriale.
Un rapport complet doit être présenté le mois prochain
Tom Andrews doit désormais préparer un rapport complet sur la situation des droits de l’homme au Cambodge, qui sera soumis au Conseil des droits de l’homme des Nations unies le mois prochain.
Il prévoit de reprendre contact avec le gouvernement thaïlandais pendant sa préparation et espère s’entretenir avec ses responsables afin de recueillir leur point de vue avant sa publication.
Le rapporteur s’est également félicité de l’engagement affiché par la Thaïlande en faveur de la promotion et de la protection des droits de l’homme, estimant qu’il constituait une base pour poursuivre le dialogue.
Il souhaite travailler avec les gouvernements thaïlandais et cambodgien sur les conséquences du conflit en matière de droits de l’homme, notamment les déplacements de civils.
« Qu’il s’agisse de Thaïlandais ou de Cambodgiens, les droits de l’homme sont essentiels », a-t-il déclaré.
Voir aussi :
- Xi Jinping rassure la Thaïlande sur les chars chinois livrés au Cambodge
- Le Cambodge lutte-t-il vraiment contre l’industrie des centres d’arnaque ?
- Scambodia : comment le Wall Street Journal humilie le Cambodge
- Thaïlande : la frontière avec le Cambodge restera fermée
- Thaïlande-Cambodge : une photo de mines vaut 14 ans de prison à deux journalistes
Sources : Bangkok Post, Thai PBS World, Khaosod English et Angkor Info
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