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Les digues : bénédiction ou fléau pour les plages de Thaïlande ?

3 commentaires 6 minutes à lire
Les digues : bénédiction ou fléau pour les belles plages de Thaïlande ?

Les digues ont fait leur apparition sur un grand nombre de belles plages de Thaïlande, au grand dam des habitants, des touristes et des défenseurs de l’environnement.

De nombreux experts affirment que ces défenses côtières ne sont rien de moins qu’une condamnation à mort pour les rivages sablonneux et leur habitat littoral.

« Les universitaires du monde entier estiment que les digues sonnent le glas d’une plage.

Peu importe où elles sont construites, la plage finira par disparaître », a déclaré Apisak Tassanee, fondateur et coordinateur du groupe de défense de l’environnement Beach for Life.

Protestations croissantes

La population s’inquiète de la construction de digues dans plusieurs provinces côtières de Thaïlande, estimant que ces structures font plus de mal que de bien.

Construites dans l’espoir de prévenir l’érosion, ces digues se révèlent souvent n’être rien d’autre que des curiosités qui endommagent les plages voisines.

Réalisant que les protestations contre les mauvaises défenses côtières tombaient dans l’oreille d’un sourd, Beach for Life a organisé un rassemblement bruyant devant le ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement à la fin du mois dernier.

Le groupe et ses partisans ont exigé que le gouvernement annule sa résolution autorisant le ministère des Travaux publics et de l’Aménagement du territoire à construire plusieurs autres projets de digues.

Ils demandent également que tous les projets de digues fassent l’objet d’une évaluation de l’impact environnemental (EIE) et que tout dommage causé aux plages soit réparé.

Début décembre, le gouvernement a accepté de mettre en place un comité chargé d’étudier l’impact des projets de digues.

Ce comité est composé de bureaucrates, d’universitaires et de membres du public.

Une solution devenue destructrice

Sakanan Plathong, qui enseigne la biologie à la faculté des sciences de l’université Prince de Songkla, a déclaré que la plupart des gens pensaient au départ que les digues sauveraient les plages, mais ces structures détruisent en fait les côtes sablonneuses.

« Lorsque les vagues frappent la digue, l’impact provoque des dégâts.

Le sable et l’eau de mer franchissent encore les murs et affectent les habitants », a déclaré le conférencier.

« Il est donc inutile de gaspiller les fonds publics pour construire ces murs ».

Selon M. Apisak, normalement, les plages se réhabilitent naturellement.

Par exemple, après qu’une tempête ait dévoré une grande partie du front de mer, le vent et les vagues reconstituent progressivement le sable et restaurent ce qui a été perdu.

« Regardez la plage Muang Ngam de Songkhla.

Le sable peut parfois se déplacer vers la droite puis vers la gauche (dans la baie), mais il est toujours là.

Si vous donnez suffisamment de temps à la plage, vous la verrez se réhabiliter naturellement. »

Une grande partie de la plage de Muang Ngam a disparu lors de la tempête tropicale Pabuk en 2019, a-t-il dit, mais environ 3 mètres sont maintenant revenus.

Malgré cette réhabilitation naturelle, le Département des travaux publics et de l’aménagement du territoire a commencé à y construire une digue l’année dernière.

« De tous les outils que nous pouvons utiliser pour lutter contre l’érosion côtière, les digues sont les pires », a déclaré Apisak.

Que peut-on faire ?

En 2018, le gouvernement a approuvé trois types de mesures pour lutter contre l’érosion côtière dans les 22 provinces balnéaires de Thaïlande.

Pour le premier type, surnommé « mesures blanches », aucune action drastique n’est prescrite.

Au lieu de cela, l’impact de l’érosion côtière est minimisé en relocalisant les gens loin de la plage.

Quant aux « mesures vertes », elles visent à prévenir l’érosion en plantant des forêts le long des côtes.

La troisième option est celle des « mesures grises », qui comprennent des brise-lames et des digues.

M. Sakanan s’est plaint qu’au lieu d’envisager toutes les mesures disponibles, les décideurs ont opté uniquement pour la construction de digues.

Les autorités, a-t-il dit, semblent manquer de connaissances et sont donc incapables de choisir la solution la plus appropriée dans la majorité des cas.

Avant 2013, le nombre de digues construites était limité par l’obligation de réaliser une évaluation de l’impact environnemental pour chaque projet.

Mais depuis que l’exigence d’EIE a été supprimée en 2013, les digues ont poussé comme des champignons sur toute la côte thaïlandaise.

Au cours des sept années de 2007 à 2014, seules 43 digues ont été construites, pour un coût total d’environ 2 milliards de bahts.

Cependant, de 2015 à 2022, 125 projets de digues ont avancé avec un budget total de 6,6 milliards de bahts.

« Sur ces 125 projets, 107 relèvent du département des travaux publics et de l’aménagement du territoire », a précisé M. Apisak.

Ce volume de construction est la raison pour laquelle Beach for Life souhaite que le département ne soit pas autorisé à gérer les projets de digues, a-t-il ajouté.

Des organismes connexes comme le département de la marine envisagent d’autres mesures pour lutter contre l’érosion côtière, mais le département semble privilégier exclusivement les digues, a déclaré Apisak.

Chalermsri Prasertsri, de la Community Resource Center Foundation, est d’accord avec lui et affirme que les EIE permettent au moins de déterminer si une digue est la bonne solution dans chaque cas.

« Les administrations locales ne dépensent qu’environ 50 000 bahts pour regarnir le sable de la plage de Muang Ngam après chaque tempête.

Cependant, la construction de la digue a coûté jusqu’à 200 millions de bahts. Avec un tel budget, nous aurions pu regarnir le sable pendant 500 ans », a déclaré Chalermsri.

Le projet de digue sur la plage de Muang Ngam est suspendu depuis 2020 après une injonction émise par le tribunal administratif en réponse à une pétition des habitants.

Les habitants de nombreuses autres villes balnéaires se sont également mobilisés pour lutter contre les projets de construction de digues sur leurs plages, convaincus que ces structures sont intrusives et nuisibles à l’écosystème.

L’érosion côtière est-elle vraiment un problème ?

Selon M. Apisak, contrairement à une idée répandue, l’érosion côtière n’est pas un problème en soi.

Lorsque les vents et les vagues frappent le rivage, ils contribuent à sculpter un paysage de plage naturellement équilibré.

Les plages emportées par les tempêtes sont souvent restaurées lorsque le temps se calme.

« Mais si vous érigez une digue, la nature ne peut pas faire son travail de restauration naturelle du front de mer pour vous », a-t-il déclaré.

Adieu les digues

Selon M. Apisak, certaines digues ont déjà été démolies en raison de leur impact négatif.

Un exemple notable est la digue qui s’étendait le long de la plage autour du palais de Mrigadayavan dans la province de Phetchaburi, à l’ouest de Bangkok.

« Si vous construisez une digue dans l’espoir de protéger le front de mer, vous devez l’enlever immédiatement, car elle n’arrêtera pas l’érosion côtière », a déclaré M. Apisak.

Beach for Life espère que le comité nommé par le gouvernement sur l’impact des digues ouvrira la voie à des consultations mutuelles et complètes avec toutes les parties concernées.


Source : Thai PBS World

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3 commentaires

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HANSSON 26 décembre, 2022 - 17 h 35 min

Je cite : « Peu importe où elles sont construites, la plage finira par disparaître », a déclaré Apisak Tassanee, fondateur et coordinateur du groupe de défense de l’environnement Beach for Life. » Fin de citation.

Monsieur Apisak n’a, me semble-t-il, ni tort ni raison à 100 % et tout est, comme dans beaucoup de domaines, une question de mesure et de bon sens, de justesse et d’équilibre.

Il est clair que face à des évènements comme des tsunamis dévastateurs, le genre de digues que l’on voit sur la photo de l’article ne sert strictement à rien du tout et défigure la pente et la ligne naturelle de la plage, lui enlevant tout son charme et sa beauté originelle.

De plus, on ne peut pas comparer la force des marées de la Mer d’Andaman, du golfe de Thaïlande, et même de l’Océan indien avec nos marées hautes et marées d’équinoxe de notre Mer du Nord et de l’Océan atlantique qui peut justifier les digues que nous connaissons depuis Knokke-le-Zoute jusque la Panne et au-delà vers la Côte d’Opale, afin de protéger les constructions immobilières et les routes de front de mer…

Quand aux quelques tempêtes annuelles qui sévissent lors de cyclones et ouragans tropicaux venant des Océans pacifique et indien et que l’on peut compter sur les doigts d’une main quand elles atteignent annuellement les côtes thaïlandaises, là encore, ce ne sont pas des digues hautes d’un mètre qui vont y changer grand chose.

Par contre, ces digues risquent en effet, comme le soulignent certains spécialistes, empêcher les mouvements naturels d’érosion et de ré-ensablement des plages au fil des saisons et qui leur donne cet aspect de nature vierge et authentique, presque de cliché « carte postale » d’île déserte que l’on peut découvrir sur certaines côtes enclavées et criques à découvrir, que ce soit sur les côtes Est ou Ouest, dans les provinces de Phuket ou Krabi ou encore sur les nombreuses îles du Sud thailandais, sans parler de la végétation naturelle que la présence d’une digue empêche à celle-ci de croître de manière naturelle et équilibrée.

Personnellement, quand on pèse le pour et le contre de cette initiative du gouvernement, il me paraît que les arguments contre la construction de ces digues, là où elles ne sont pas absolument nécessaires pour sauver de la destruction des habitations proches de la plage en cas de grosses tempêtes, l’emporte sur les arguments pour la construction systématique de « rubans » de digue longs de centaines de mètres, ou même de kilomètres, qui vont faire ressembler les plages de Thailande à nos plages de la Mer du Nord, en leur faisant perdre toute leur beauté naturelle, leur équilibre cyclique et leur éco-système. Voilà mon avis, et, sans être un spécialiste, j’aimerais connaître les arguments mis en avant par les décideurs au niveau de la nécessité et des avantages de la présence d’une digue comme celle que l’on peut voir sur la photo, par rapport à son absence…

Je m’interroge !!!

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Freeman 28 décembre, 2022 - 16 h 24 min

Les digues sont directement liées à la corruption… Malheureusement.
Quoi qui il en soit le retour de bâton risque d’être terrible.

Un autre énorme problème concerne la pollution des mers par les déchets présents absolument partout.

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Wayanjc 26 décembre, 2022 - 21 h 06 min

C’est à peu près le même système de digue que Bali met en place et déjà, des plages ont disparu faisant aussi de ce fait augmenter le niveau de la mer et des vagues.

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