Près de trois quarts des sondés jugent que la justice ne traite pas tous les groupes sociaux de manière égale en Thaïlande.
La défiance concerne également l’impartialité du système, les ingérences politiques étant le premier facteur cité pour expliquer cette perte de confiance.
73,55 % jugent le traitement inégal

L’égalité de traitement devant la justice figure parmi les principales préoccupations exprimées dans le sondage Suan Dusit. Photo : The Nation Thailand
Le sondage Suan Dusit, publié le 20 septembre 2026, révèle une forte défiance d’une partie des personnes interrogées envers le système judiciaire thaïlandais.
À la question de savoir si les différents groupes de la société bénéficient d’un traitement égal, 38,02 % des répondants estiment que ce n’est « pas du tout » le cas et 35,53 % que ce n’est « pas vraiment » le cas.
Au total, 73,55 % donnent ainsi une réponse négative.
À l’inverse, 13,89 % considèrent le traitement comme plutôt égal et 5,97 % comme très égal. Les 6,59 % restants se déclarent indécis ou sans opinion.
Plus de deux tiers ont peu ou pas confiance

Foule dense de piétons en Thaïlande.
Les participants ont également été interrogés sur leur confiance dans l’équité et l’impartialité du système judiciaire, notamment à la lumière de récentes affaires politiques.
46,39 % déclarent avoir peu confiance et 21,10 % aucune confiance.
Ces deux catégories représentent 67,49 % des personnes interrogées.
À l’opposé, 18,52 % se disent plutôt confiantes et 7,67 % très confiantes, tandis que 6,32 % ne se prononcent pas.
Les ingérences politiques arrivent en tête des préoccupations
Parmi les facteurs susceptibles de réduire leur confiance dans le système judiciaire, les répondants pouvaient citer plusieurs éléments.
Les ingérences politiques arrivent en tête, mentionnées par 66,87 % des personnes interrogées.
L’application inégale de la loi suit avec 58,86 %, devant les différences de traitement dans l’examen ou le jugement des affaires, citées par 56,63 %.
Un accès plus facile à l’aide juridique réclamé

L’accès aux droits et à l’assistance juridique arrive en tête des mesures souhaitées par les personnes interrogées pour renforcer la confiance dans la justice.
Le sondage s’est également intéressé aux mesures considérées comme prioritaires pour restaurer la confiance, là encore avec plusieurs réponses possibles.
La première demande, citée par 66,52 % des répondants, concerne un accès plus facile aux droits et à l’assistance juridique.
65,45 % souhaitent une application égale de la loi à toutes les parties et 62,24 % demandent davantage d’indépendance pour les organismes impliqués dans le système judiciaire.
Pornpan Buathong, présidente de Suan Dusit Poll, estime que les résultats témoignent d’une crise de confiance, notamment concernant l’équité et l’égalité devant la justice.
Ngampravan Aesomnuek, doyenne de l’École de droit et de politique de l’université Suan Dusit, souligne de son côté que la restauration de la confiance passe notamment par des procédures transparentes et cohérentes ainsi que par des décisions pouvant être expliquées au public.
Un sondage réalisé auprès de 1 123 personnes
L’enquête intitulée « Les Thaïlandais et la confiance dans le système judiciaire » a été menée par Suan Dusit Poll, rattaché à l’université Suan Dusit.
Elle a été réalisée du 15 au 18 septembre 2026 auprès de 1 123 personnes à travers le pays, à l’aide de questionnaires en ligne et d’enquêtes de terrain.
Les résultats mesurent donc l’opinion des personnes constituant l’échantillon et ne constituent pas une évaluation objective du fonctionnement de la justice thaïlandaise.
L’affaire Red Bull, symbole d’une justice à deux vitesses

Vorayuth Yoovidhya (à droite), héritier de la famille Red Bull, photographié à Londres alors qu’il est recherché par la justice thaïlandaise.
L’affaire Vorayuth Yoovidhya, héritier de la famille à l’origine de Red Bull, alimente depuis des années le débat sur l’égalité devant la justice en Thaïlande.
Accusé d’avoir mortellement percuté un policier avec sa Ferrari à Bangkok en 2012, il a quitté le pays et n’a toujours pas été jugé.
Au fil des années, plusieurs chefs d’accusation ont été prescrits.
La dernière, pour conduite dangereuse ayant entraîné la mort, doit expirer en septembre 2027.
L’affaire a également révélé de graves dysfonctionnements au sein de l’appareil judiciaire et policier.
Une commission d’enquête avait relevé de nombreuses irrégularités dans le traitement du dossier, impliquant notamment des policiers, procureurs, fonctionnaires, avocats et témoins.
En 2023, la Commission nationale anticorruption (NACC) avait notamment mis en cause 15 responsables dans la manipulation présumée d’éléments du dossier, notamment concernant la vitesse de la Ferrari.
En avril 2025, deux anciens procureurs ont finalement été condamnés à des peines de prison pour leur rôle dans l’affaire, tandis que six autres prévenus ont été acquittés faute de preuves suffisantes.
Les deux condamnés ont fait appel.
L’affaire avait déjà provoqué une importante crise de confiance en 2020, lorsque l’abandon des poursuites contre Vorayuth avait suscité l’indignation et conduit le gouvernement à ordonner une enquête sur la gestion du dossier.
Une question reste toutefois en suspens : si des responsables ont été condamnés pour avoir favorisé Vorayuth Yoovidhya, les procédures rendues publiques n’ont pas établi qui les aurait corrompus…
Voir :
Sources : Suan Dusit Poll, The Nation
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