La justice thaïlandaise a condamné à mort pour la troisième fois Sararat Rangsiwuthaporn, surnommée « Am Cyanide ».
Voir : Les crimes de la tueuse en série Sararat frappent d’effroi la Thaïlande
Le verdict rendu le 22 septembre 2026 concerne la mort en 2022 d’une femme à qui, selon le tribunal, l’accusée a remis du cyanure en le présentant comme un médicament contre les séquelles du Covid.
Un rendez-vous près du domicile de la victime

Des officiers escortent Sararat Rangsiwuthaporn lors de son arrestation en avril 2023. Photo : Police royale thaïlandaise.
Le tribunal pénal de Bangkok a reconnu Sararat Rangsiwuthaporn, 39 ans, coupable du meurtre avec préméditation de Chantarat Wongkraisin « Jum », 43 ans.
Elle était aussi poursuivie pour avoir altéré des aliments, médicaments ou autres produits destinés à la consommation d’une manière ayant entraîné la mort.
Les deux femmes entretenaient des relations financières.
Chantarat avait notamment investi 70 000 bahts dans une activité de prêt d’argent avec Sararat et lui avait prêté 26 800 bahts.
Un premier rendez-vous avait été prévu le 12 août 2022.
Il avait toutefois été reporté, le mari et l’enfant de Chantarat se trouvant à son domicile en raison du jour férié.
Les deux femmes se sont finalement retrouvées le 15 août dans une station-service près du domicile de la victime, dans la province de Phetchaburi.
Selon les éléments retenus par la justice, Sararat devait restituer à Chantarat de l’argent investi, avec les intérêts.
Elle lui avait proposé un médicament censé soulager les symptômes persistants du Covid.
Les juges ont estimé que Sararat lui avait en réalité remis du cyanure en le présentant comme ce médicament.
Après la rencontre, Chantarat est rentrée chez elle, où elle a été retrouvée inconsciente par son mari.
Transportée à l’hôpital de Cha-am, elle est décédée.
Du cyanure acheté six jours avant sa mort

Des agents de la police scientifique examinent une voiture utilisée par Sararat Rangsiwuthaporn à la recherche d’éventuelles traces de cyanure. Photo : Wassayos Ngamkham
L’accusation ne disposait d’aucun témoin ayant directement assisté à l’administration du produit.
La condamnation repose donc sur un faisceau de preuves circonstancielles que la cour a jugé suffisant pour établir la culpabilité au-delà de tout doute raisonnable.
Sararat avait notamment acheté un pot de cyanure le 9 août 2022, six jours avant la mort de Chantarat.
Les juges ont pris en compte les communications téléphoniques entre les deux femmes, les transferts d’argent et les circonstances dans lesquelles leur entrevue avait été organisée.
Selon la cour, le choix d’une station-service visait à éviter la présence de témoins.
Les magistrats ont par ailleurs relevé des similitudes avec d’autres affaires visant Sararat : plusieurs victimes avaient rencontré l’accusée et reçu de sa part de la nourriture, une boisson ou un médicament avant de présenter des symptômes similaires.
La supérieure de Chantarat a témoigné que celle-ci était en bonne santé avant son décès.
Après avoir contracté le Covid, elle n’aurait conservé qu’une toux persistante.
Un spécialiste en médecine légale a conclu qu’une forte exposition au cyanure avait provoqué un grave manque d’oxygène, affectant notamment le cœur et le cerveau.
Pour la cour, Sararat a tué Chantarat afin d’éviter de lui rembourser de l’argent, notamment une dette de 26 800 bahts.
Elle a été condamnée à mort et devra verser 60 000 bahts d’indemnisation au mari de la victime, avec des intérêts annuels de 5 % calculés depuis le 15 août 2022.
La défense conteste les preuves et le mobile
Les avocats de Sararat ont annoncé leur intention de faire appel.
Ils soutiennent notamment que l’accusation doit démontrer que leur cliente est bien la personne qui a administré le cyanure à Chantarat.
La défense conteste la valeur de certaines preuves matérielles.
Selon l’avocat Chaiya Khum-am, un seul pot de cyanure, ne portant aucune empreinte digitale de Sararat, a été utilisé comme élément de preuve dans les 15 affaires.
Il affirme par ailleurs que des relevés bancaires et des données provenant du téléphone de sa cliente avaient été remis aux enquêteurs, mais n’ont pas été présentés au tribunal.
L’avocat remet aussi en cause le mobile financier retenu par les juges.
Selon lui, plus de 60 millions de bahts ont transité par les comptes de Sararat et celle-ci avait déjà effectué des remboursements totalisant 30 millions de bahts.
Il estime donc peu cohérent qu’elle ait tué pour éviter de rembourser une dette de quelques dizaines de milliers de bahts.
Sararat continue de nier les faits.
Selon son avocat, elle se dit prête à accepter la peine de mort tout en maintenant son innocence.
Trois condamnations à mort dans huit affaires jugées

La tueuse en série thaïlandaise, Sararat Rangsiwuthaporn.
Sararat Rangsiwuthaporn est poursuivie dans 15 affaires : 14 pour meurtre et une pour tentative de meurtre.
Huit jugements ont désormais été rendus, aboutissant à trois condamnations à mort, deux condamnations à la prison à vie et trois acquittements.
Ces décisions ne sont toutefois pas toutes définitives et peuvent encore faire l’objet de recours.
L’affaire avait éclaté au grand jour en avril 2023 après la mort de Siriporn Khanwong.
L’enquête avait ensuite conduit les autorités à réexaminer une série de décès survenus dans l’entourage de Sararat au cours des années précédentes.
Voir : Tueuse en série thaïlandaise : 20 personnes sont mortes après lui avoir envoyé de l’argent
La prochaine décision est attendue le 25 novembre 2026 dans l’affaire concernant Kantima Phaesa-at, victime présumée d’une tentative d’empoisonnement qui a survécu.
Voir aussi :
- Thaïlande : la tueuse en série au cyanure échappe à la peine de mort
- La Thaïlande condamne la tueuse en série au cyanure à la peine de mort
- La tueuse en série au cyanure et ses complices inculpés en Thaïlande
- La tueuse en série thaïlandaise avait d’énormes dettes de jeu en ligne
- Un officier de police thaïlandais impliqué dans la série de meurtres au cyanure
Sources : Thai PBS World, The Nation Thailand
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