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Les moines femmes (bhikkhunis) embarrassent le bouddhisme thaïlandais

par Redaction Thaïlande
Les moines-femmes (bhikkhunis) embarrassent le bouddhisme thaïlandais

Des moines femmes qui voulaient se recueillir devant la dépouille du roi Bhumibol Adulyadej au grand palais, ont voulu emprunter le passage réservé aux moines et ont été refoulées.

Avant 2003 il n'y avait pas de moine femme en Thaïlande, c'est Chatsumarn Kabilsingh, professeure de religion et de philosophie qui a lancé ce mouvement.


Faire renaître la communauté des femmes moines

Cette mère de trois enfants avait sa propre émission télévisée dans laquelle elle abordait les thèmes du bouddhisme, des femmes et de l’écologie sur une chaîne thaïlandaise. Un jour elle a constaté un vide dans sa vie :

« Comme tous les matins, je me maquillais et j’ai pensé « pendant combien de temps vais-je devoir continuer à faire ça ? Ça suffit! › »

Ce vide, elle a décidé de le combler en se consacrant à sa foi bouddhiste. Mais en Thaïlande, la loi interdit l’ordination des femmes.

Qu’à cela ne tienne, Chatsumarn quitte son pays natal pour le Sri Lanka qui, contrairement à la Thaïlande, compte plusieurs bikkhunnis (femme ordonnée en sanscrit). Elle s’y fait ordonner en 2003.

Dhammananda

Dhammananda

De retour en Thaïlande, Chatsumarn – qui se fait désormais appeler Dhammananda, se heurte à une opinion publique hostile et à un clergé conservateur qui s’opposent à son statut de moniale.

Depuis, les femmes moines tentent de se faire accepter dans le pays.

Les femmes moines face aux traditions thaïlandaises

Le 9 décembre dernier, Dhammananda Bhikkhuni, a voulu rendre hommage à la dépouille du roi Bhumibol Adulyadej au grand palais avec 71 autres bhikkhunis et novices de son monastère de la province de Nakhon Pathom.


Mais un officiel gardant l’entrée du Palais a refusé de les laisser passer par la porte réservée aux moines thaïlandais, les accusant de conduite illégale.

Et les bhikkhunis ont dû rebrousser chemin, car elles n’ont pas voulu utiliser l’entrée réservée aux laïcs.

Bhikkhunis, un mouvement en extension

A l’heure actuelle, une centaine de bhikkhunis vivent en Thaïlande, dans des monastères dans les provinces de Nakhon Pathom, de Chiang Mai, de Sakhon Nakhon, de Yasothorn et de Songkhla.

Mais elles ne sont pas reconnues légalement comme religieuses, ni par les autorités étatiques, ni par la hiérarchie religieuse (le sangha).

Historiquement, le Bouddha a autorisé, après plusieurs hésitations, les femmes à devenir des religieuses à l’égal des hommes. Dans un monde empreint des valeurs sociales indiennes, cette décision était révolutionnaire.

Le bouddhisme est de fait la première religion au monde qui a reconnu que les femmes pouvaient tout aussi bien que les hommes atteindre l’éveil spirituel. Mais la lignée des bhikkhunis semble s’être brisée dans plusieurs pays dans lequel le bouddhisme Theravada a essaimé.

En Thaïlande, il n’y a pas de témoignages historiques sur l’existence de bhikkhunis.

Une première polémique a eu lieu dans les années 1920. Narin Phasit, un ancien gouverneur de province à la personnalité originale, avait fait ordonner en 1928 ses deux filles par un moine.

L’affaire avait fait scandale et le patriarche suprême lui-même – le chef administratif de la communauté monastique thaïlandaise – avait ordonné que les filles de Narin soient défroquées de force par la police.

La même année, le patriarche suprême avait pris un décret interdisant aux moines d’ordonner des femmes.


Actuellement, la situation juridique des bhikkhunis est ambiguë. Le sangha continue à invoquer le décret religieux de 1928, mais toutes les Constitutions depuis l’abolition de la monarchie absolue en 1932 stipulent que les citoyens thaïlandais jouissent d’une « pleine liberté de religion ».

Du fait du manque de reconnaissance légale, les bhikkhunis ne peuvent pas établir de véritables wats (temples) reconnus par le sangha, mais simplement des centres de méditation sous l’égide d’une fondation.

Elles ne peuvent pas non plus recevoir de soutien financier de l’État (tous les supérieurs de temple en Thaïlande sont salariés par l’État), ni de carte d’identité spécifiquement destinées aux religieux avec une photo en habit religieux.

Ces désavantages n’ont pas empêché les rangs des bhikkhunis en Thaïlande de grossir au fur et à mesure (elles étaient 25 en 2011), ni de se montrer actives dans les activités d’aide aux femmes en difficultés et de propagation des enseignements du Bouddha (dhamma).

Du fait de la discipline bouddhique (qui interdit les contacts physiques entre une femme et un moine et interdit à une femme de se retrouver seule avec un moine), les moines masculins ne peuvent pas conseiller et guider les femmes laïques pour toute une série de questions – des problèmes de couples et d’enfants aux problèmes spécifiquement féminins.

Le rôle des bhikkhunis a donc une claire utilité sociale. Beaucoup se posent toutefois la question de la validité doctrinale de la résurgence de l’ordre des femmes moines en Thaïlande.

Dans le bouddhisme Theravada, le fait d’avoir une lignée ininterrompue dans la communauté monastique – chaque nouveau moine étant ordonné par un nombre imposé de moines ayant au moins dix ans d’ancienneté, et cela depuis des siècles – est primordial.

Elle traduit la transmission sur la longue durée du dhamma du Bouddha par le sangha. La lignée semble avoir été clairement interrompue pour les bhikkhunis en Thaïlande et même dans nombre des pays du Theravada.

Les partisans des bhikkhunis mettent toutefois en avant le fait que Dhamananada Bhikkhuni, qui a relancé l’ordre des moines-femmes, en Thaïlande a été ordonnée au Sri Lanka en 2003, par des bhikkhunis qui elles-mêmes avaient été ordonnées en 1998 par des moines-femmes venus de l’ordre Theravada de Chine.

Selon eux, la lignée aurait donc été préservée.

Conscientes que la question reste très sensible en Thaïlande, Dhammananda et ses coreligionnaires se gardent de mener une campagne tapageuse pour réclamer la reconnaissance légale de leur statut, et elles sont parvenues à se faire bien accepter par les populations locales autour de leurs monastères : les villageois leur offrent de la nourriture tous les matins lors de la tournée des offrandes et viennent y écouter les prêches.

Une pétition a aussi été lancée il y a plusieurs années pour demander aux autorités que les bhikkhunis soient classées dans la catégorie « autre sangha », définie par la loi monastique de 1962, qui comprend déjà les moines Mahayana chinois et vietnamiens (la première catégorie « sangha » comprenant les moines thaïlandais).

Source : eglasie.mepasie.org ; information.tv5monde.com/ ; Photo de bhikkhunis: newmandala.org ; Photo de Dhammananda : Gakuro

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3 commentaires

Jack 14 février 2017 - 17 h 37 min

Je suis en Thaïlande depuis 1982 et y voir le “Pays du Sourire” me semble être une aberration ! C’est avant tout le pays de l’hypocrisie et de l’argent !

Réponse
Pierreto 15 février 2017 - 5 h 19 min

Salut Jack,
Tu parle par rapport à ce que j’ai écris sur mon profil et non pas par rapport à l’article.

Je ne sais pas où tu es en Thaïlande ni si tu reviens souvent en Europe, et c’est sur qu’il y a des coins plus accueillant que d’autres, que dans les zones très touristiques les thaï perdent parfois leurs sourires, mais ce que je peux te dire, c’est qu’il suffit de rentrer en France et de voir les tronches pour se rappeler pourquoi la Thaïlande est le pays du sourire !

Et des petits passage au Laos ou au Cambodge nous rappelles que l’on est pas si mal en Thaïlande 😉 !

Réponse
sithsamra 8 décembre 2018 - 17 h 40 min

C’est mon pays de naissance…Sourire ,il faut toujours sourire, même en tristesse…c’est notre éducation et qui devient culture pour ,enfin nous sauver…attention sourire peut être provocatrice…Icio en occident ,quand on est triste ou pas ,on est toujours ailleurs ,pas de manifeste physique…Les occidentaux ne trouvent jamais des sourire chez eux ( depuis que je suis en France depuis 1974) ” vous êtes bien souriant et accueillant “, mais moins avec la venue des réfugiés vécus des campagnes et surtout moins de degrés intellectuels…si naïfs d’ailleurs …

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