Des millions de Thaïlandais renoncent à l’alcool pendant les trois mois du Khao Phansa, le carême bouddhiste.
Depuis plus de vingt ans, une campagne nationale encourage les fidèles à faire le vœu de ne plus consommer d’alcool durant cette période de retraite spirituelle, afin de réduire les problèmes liés à l’alcool.
Voir : Le remède secret de la Thaïlande bouddhiste contre la dépendance à l’alcool
Le Khao Phansa, trois mois de réflexion et d’abstinence

Une fidèle prie dans un temple au début du Khao Phansa, une période de trois mois durant laquelle de nombreux bouddhistes thaïlandais choisissent de renoncer à l’alcool. Photo : AFP
Les mains jointes et la tête inclinée devant une statue de Bouddha, Wassana Nak-umma a une nouvelle fois promis de renoncer à l’alcool pendant toute la durée du Khao Phansa.
Cette femme au foyer de 42 ans, originaire de la province de Samut Sakhon, à l’ouest de Bangkok, reconnaît avoir longtemps souffert d’une forte dépendance à l’alcool.
« Je me saoulais tellement que mes enfants devaient nettoyer mon vomi », confie-t-elle à l’AFP.
Encouragée par un proche, elle a participé pour la première fois à cette campagne en 2024.
Malgré des envies persistantes au début, elle est parvenue à tenir son engagement.
« J’en avais toujours envie. Chaque fois que je voyais des gens acheter de l’alcool ou de la bière dans les magasins, je les regardais et j’avais envie de boire comme eux. »
« Mais je me retenais, en me disant que ce n’était que trois mois.
À l’issue de cette période, je me suis rendu compte : Hé, je peux y arriver ! L’année prochaine, je dois recommencer. »
Depuis, Wassana a repris une consommation modérée d’alcool, mais renouvelle chaque année son engagement pour le carême bouddhiste.
Une campagne qui associe religion, santé et prévention

Statue de Bouddha en Thaïlande. Photo : FramepersecC
Le Khao Phansa est une période de trois mois de retraite spirituelle durant laquelle de nombreux bouddhistes renforcent leur pratique religieuse.
Éviter les drogues et l’alcool constitue l’un des principes fondamentaux du bouddhisme.
Pourtant, la Thaïlande affiche la troisième plus forte consommation d’alcool par habitant en Asie, selon les données 2024 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Afin de lutter contre ce phénomène, la campagne du « Carême bouddhiste » a été lancée en 2003.
L’an dernier, elle a réuni plus de huit millions de participants.
À Samut Sakhon, le lancement du Khao Phansa a donné lieu à une cérémonie rassemblant plusieurs centaines de personnes.
Offrandes aux moines, danses traditionnelles et défilés de « salengs » — les célèbres scooters à side-car — ont marqué les festivités.
Les participants brandissaient également des pancartes représentant des foies souriants pour promouvoir les bienfaits d’une vie sans alcool.
« Mes enfants avaient honte de moi »

La consommation d’alcool reste élevée en Thaïlande malgré les campagnes de prévention.
Parmi les participants figurait également Phayom Raksa, 66 ans, ancien cultivateur de noix de coco.
Il affirme avoir définitivement arrêté de boire après avoir rejoint la campagne il y a six ans.
« Mes enfants avaient honte de moi : leur père se saoulait tous les jours et ne s’intéressait pas à eux », raconte-t-il à l’AFP.
Il explique également qu’il consacrait une grande partie de ses revenus à l’alcool avant de changer complètement de mode de vie.
Aujourd’hui, il encourage les autres à suivre son exemple.
« J’aimerais que tout le monde essaie de faire ce que j’ai fait : réfléchir et se concentrer sur les aspects positifs. »
Un engagement renforcé par la dimension spirituelle

Des moines participent aux cérémonies du Khao Phansa, le carême bouddhiste thaïlandais.
Si les campagnes comme le « Dry January » gagnent en popularité dans plusieurs pays, les responsables thaïlandais estiment que le carême bouddhiste bénéficie d’une motivation supplémentaire liée à la religion.
Pour Ubolwan Kongsawang, bénévole du réseau Stop Drinking Network, l’engagement pris devant une statue de Bouddha renforce la détermination des participants.
« Lorsque les personnes s’engagent devant une image de Bouddha, dans un temple ou au sein de leur communauté, elles se sentent tenues d’honorer leur parole », explique-t-elle.
Réduire la consommation plutôt que viser l’abstinence totale

Jeunes Thaïlandais dans un restaurant. Photo : Pantip
Cette année, les organisateurs mettent davantage l’accent sur les bénéfices concrets d’une consommation réduite : une meilleure santé, des relations familiales plus apaisées et des économies.
« Notre objectif n’est pas nécessairement l’abstinence totale pour tout le monde », souligne le Dr Pongthep Wongwatcharapaiboon, directeur de la Fondation thaïlandaise pour la promotion de la santé.
« Beaucoup réduisent leur consommation et découvrent les bienfaits pour la santé, ce qui constitue déjà un succès. »
En décembre dernier, la Thaïlande a d’ailleurs assoupli les restrictions historiques interdisant la vente d’alcool l’après-midi.
Voir : La Thaïlande prolonge les horaires de vente d’alcool de 11 h à minuit
En revanche, la vente d’alcool demeure interdite lors des principales fêtes religieuses bouddhistes, à l’exception de certains établissements autorisés par la réglementation, comme les aéroports internationaux, certains hôtels ou lieux touristiques.
Voir : La Thaïlande assouplit l’interdiction de l’alcool pendant les fêtes bouddhistes
Des restrictions restent également en vigueur à l’approche des élections.
Pour Teera Wacharaprannee, responsable du réseau Stop Drinking, l’objectif dépasse largement la seule période du carême bouddhiste.
« Nous essayons de transformer la culture de la consommation d’alcool elle-même, et pas seulement de réduire la consommation individuelle. »
« Notre stratégie consiste à poursuivre notre action au-delà du carême, en aidant les villages et les communautés à réduire la place de l’alcool dans la vie quotidienne. »
Voir aussi :
- Thaïlande : 40 morts par jour sur les routes, l’alcool au volant en cause
- Thaïlande : une nouvelle loi interdit la vente d’alcool aux clients ivres
- Thaïlande : la consommation d’alcool est en baisse chez les jeunes
Source : Bangkok Post / AFP
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2 commentaires
Initiative plus que louable dans un pays grand consommateur de boissons alcoolisées…
Malheureusement cette période d’abstinence totale ou de réduction drastique de consommation de boissons alcoolisées ne semble concerner que 8 millions de Thaïlandais(e)s, soit entre 14 et 15 % de la population de plus de 16 ans.
Mais, c’est mieux que rien, et, comme le souligne l’article, un certain pourcentage de ces 8 millions d’adeptes de ce trimestre « zéro alcool » poursuit son sevrage et parvient à supprimer totalement sa dépendance à l’alcool, dont les ravages physiques, physio et sociologiques ne sont plus à démontrer.
J’espère que les autorités tiennent des statistiques durant ces 3 mois, car il serait intéressant de constater dans quelle mesure cette campagne du Khao Phansa exerce une influence bénéfique sur le comportement social des Thaïlandais et sur le nombre d’accidents de la route…
Si cela pouvait conscientiser l’ensemble des conducteurs de 2 et 4 roues à s’abstenir de boire quand ils savent qu’ils doivent prendre la route (et pas seulement pendant 3 mois, mais toute l’année), un grand pas serait fait au niveau de la sécurité routière et des statistiques des accidents graves, mortels ou handicapants à vie…
Malheureusement, si cela reste de l’ordre de 14 à 15 % de la population de + de 16 ans sans aller au-delà dans la responsabilisation d’un plus grand nombre de personnes, il serait utile de créer, comme on le fait chez nous, des temps d’antenne sur les chaînes publiques et réseaux sociaux pour multiplier les recommandations et informer de manière répétitive et à l’aide de documents « choc », tout au long de l’année, les conducteurs de tous véhicules par des campagnes de sensibilisation sur les dangers de l’alcool au volant…
Mais, on le sait : le principe des actions préventives d’information et d’éducation à long terme (dans tous les domaines) pour minimiser l’arrivée de problèmes et de catastrophes sociales et humaines n’est pas au centre des actions prioritaires des responsables politiques de ce pays.
Bon, on va pas dire que c’est mauvais de faire une trêve de 3 mois, mais on va quand même rappeler que la 5ᵉ règle fondamentale du bouddhisme est de ne pas boire d’alcool.
Un peu comme si les musulmans appelaient à ne pas boire d’alcool pendant le ramadan…