La Thaïlande a récemment proposé de créer un système de visas de type Schengen avec certains pays de l’ASEAN.
Ce système de visa unifié inspiré de l’espace Schengen en Europe et proposée par le Premier ministre thaïlandais, Srettha Thavisin, permettrait de se rendre en Thaïlande, au Cambodge, en Malaisie, au Myanmar, au Viêt Nam et au Laos.
Voir : La Thaïlande veut créer un visa conjoint avec 5 pays afin d’attirer les touristes
Une bonne idée pour stimuler le tourisme

Touristes dans le Grand Palais à Bangkok.
Cette initiative est un élément clé des efforts déployés par la Thaïlande pour stimuler le tourisme, avec l’objectif d’attirer 80 millions de touristes par an d’ici à 2027.
Voir : La Thaïlande vise 80 millions de touristes étrangers par an d’ici 2027
La proposition de visa de type Schengen est susceptible de renforcer considérablement l’économie thaïlandaise.
Le tourisme est un secteur vital pour la Thaïlande, qui contribue à hauteur d’environ 12 % au PIB annuel du pays et fournit près de 20 % de ses emplois.
La pandémie de COVID-19 a gravement affecté ce secteur et sa reprise a été lente, ce qui a empêché la Thaïlande d’amortir le déclin simultané de l’industrie manufacturière et des exportations.
Dans le cadre du régime de visa proposé, les touristes doivent d’abord passer par la Thaïlande en tant que plaque tournante, ce qui renforce l’attrait de la Thaïlande en tant que destination de voyage.
Il promet d’attirer davantage de touristes, en particulier des visiteurs qui dépensent beaucoup et restent pendant de longues périodes.
L’augmentation des arrivées de touristes devrait stimuler les dépenses des touristes, ce qui profitera à des secteurs tels que l’hôtellerie, le commerce de détail et les transports.
L’essor du tourisme pourrait également créer de nouvelles opportunités d’emploi et stimuler la croissance économique dans les régions fortement tributaires du tourisme.
Grâce à son infrastructure touristique bien développée, la Thaïlande est bien placée pour profiter de l’afflux de touristes qui en résultera.
Son industrie florissante du bien-être, qui comprend les massages thaïlandais traditionnels, les traitements de spa et les pratiques de guérison holistiques, est particulièrement attrayante pour les touristes en quête de détente et de rajeunissement.
L’initiative en matière de visas pourrait améliorer l’accessibilité pour les touristes intéressés par les expériences de bien-être et aider la Thaïlande à tirer parti de l’industrie florissante du tourisme de bien-être à l’échelle mondiale.
Cette proposition de type Schengen pourrait également diversifier les marchés touristiques de la Thaïlande.
La Thaïlande dépend traditionnellement des touristes des régions d’Asie du Sud-Est et de l’Est, comme la Malaisie, la Chine, la Russie, la Corée du Sud, l’Inde et Singapour.
Mais la Thaïlande cherche désormais à attirer des touristes de marchés plus lointains comme l’Europe, les Amériques et l’Afrique.
Cette stratégie pourrait permettre au secteur touristique thaïlandais de mieux résister aux fluctuations économiques mondiales.
Une proposition risquée

Voyageurs dans l’aéroport de Suvarnabhumi. Photo : Somchai Poomlard
Malgré les avantages économiques potentiels de l’initiative, sa faisabilité, les risques liés au surtourisme et à l’inflation suscitent de nombreuses inquiétudes.
Le paysage politique de l’Asie du Sud-Est est remarquablement diversifié et complexe.
Parvenir à un consensus entre les États membres de l’ASEAN (ou ANASE) sur les politiques en matière de visas n’est pas une mince affaire.
Chaque pays a ses propres lois sur l’immigration, ses propres préoccupations en matière de sécurité et ses propres intérêts économiques.
L’harmonisation de ces éléments disparates en une politique des visas cohérente nécessite des négociations et des compromis approfondis.
Les efforts visant à créer un système de visa unifié en Asie du Sud-Est ne sont pas nouveaux.
Dans les années 2000, une proposition de visa commun dans le cadre de la stratégie de coopération économique Ayeyawady-Chao Phraya-Mekong, une organisation regroupant la Thaïlande, le Laos, le Viêt Nam, le Cambodge et le Myanmar, n’a vu que le Cambodge se coordonner avec la Thaïlande.
En 2019, un projet de « visa ASEAN » ne s’est pas non plus concrétisé.
D’autres tentatives d’intégration régionale, comme la Communauté économique de l’ASEAN, ont montré que si les progrès sont possibles, ils sont souvent lents et semés d’embûches.
Les infrastructures et l’état de préparation technologique varient considérablement d’un pays d’Asie du Sud-Est à l’autre.
La mise en œuvre d’un système unifié de visas nécessite des investissements importants dans les infrastructures de contrôle aux frontières, les mécanismes de partage des données et les protocoles de sécurité.
Les pays dont l’infrastructure est moins développée pourraient avoir du mal à répondre à ces exigences, ce qui pourrait retarder la mise en œuvre du système.
En outre, cette initiative soulève des questions plus larges sur l’intégration régionale et la mobilité.
L’une des questions importantes est de savoir si ce régime de visas pourrait permettre aux citoyens de l’ASEAN de travailler, d’étudier ou de résider librement au-delà des frontières nationales, y compris en Thaïlande.
Cette évolution potentielle aura des répercussions importantes sur la logistique, les infrastructures et les politiques d’immigration dans la région de l’Asie du Sud-Est.
Si ce système de visa de type Schengen facilitera sans aucun doute les déplacements des touristes internationaux, il suscite des craintes quant au surtourisme.
La Thaïlande a déjà fait l’expérience des effets négatifs du surtourisme dans des destinations populaires telles que Pattaya, Bangkok, Phuket et Chiang Mai.
Voir : Comment la Thaïlande peut-elle faire face au surtourisme ?
La mise en œuvre d’un tel régime de visa sans résoudre les problèmes de surtourisme existants risque d’exacerber ces problèmes.
Cela pourrait entraîner une dégradation de l’environnement, une mise à rude épreuve des infrastructures et une diminution de la qualité de vie des résidents permanents.
Le surtourisme peut également diluer l’expérience touristique, en rendant les sites populaires surpeuplés, plus chers et moins agréables.
Cela pourrait en fin de compte nuire à la réputation de la Thaïlande en tant que destination de voyage et réduire la viabilité à long terme de son secteur touristique.
Une autre conséquence potentiellement préjudiciable est la pression inflationniste émanant d’un afflux insoutenable de visiteurs fortunés.
La demande de denrées alimentaires, de produits de première nécessité et de logements augmenterait, ce qui entraînerait une hausse des prix et du coût de la vie pour les résidents.
Aller vers un tourisme durable

La Thaïlande encourage les expériences de voyages respectueuses de l’environnement.
Pour atténuer ces risques, la Thaïlande doit adopter des pratiques touristiques durables.
Il s’agit notamment de mettre en œuvre des mesures de gestion des flux touristiques, de promouvoir des destinations moins connues et d’investir dans des infrastructures capables d’accueillir un nombre accru de touristes sans compromettre l’environnement ou les communautés locales.
Voir : La Thaïlande s’oriente vers un tourisme durable et à forte valeur ajoutée en 2024
La coopération régionale est également cruciale pour garantir que les avantages et les charges liés à l’augmentation du tourisme soient équitablement répartis entre les pays participants.
La proposition de Srettha de mettre en place un système de visa de type Schengen en Asie du Sud-Est est une idée ambitieuse et innovante qui pourrait stimuler le tourisme et la croissance économique dans la région.
Mais sa mise en œuvre réussie nécessite de surmonter d’importants défis politiques, logistiques et infrastructurels.
Si la Thaïlande a tout à gagner sur le plan économique, le risque d’exacerber la crise du surtourisme n’est pas négligeable.
Pour maximiser les avantages potentiels et minimiser les risques, une approche équilibrée est nécessaire.
En relevant ces défis, ce régime de visas de type Schengen pourrait devenir une initiative transformatrice pour le tourisme en Asie du Sud-Est, qui profiterait à la fois à la Thaïlande et à l’ensemble de la région.
Voir aussi :
Les arrivées de touristes en Thaïlande devraient augmenter en 2024 et rebondir en 2025
Thaïlande : le tourisme sportif et musical devrait rapporter 1 373 milliards d’euros
Le tourisme pédestre en Thaïlande stimule la culture locale et le développement durable
Article écrit par :
Fangli Hu, doctorant en santé publique au Centre for Precision Health de l’université Edith Cowan et Jun Wen, maître de conférences en recherche interdisciplinaire sur le tourisme et la santé à la School of Business and Law de l’université Edith Cowan.
Source : East Asia Forum
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2 commentaires
Au delà du risque d’un surtourisme, pour lequel les autochtones de certaines destinations européennes luttent actuellement (en Espagne, notamment), ce projet est loin d’un système de visa « Schengen ».
Il s’agit plutôt ici, d’un système de « visa commun » entre la Thaïlande et 5 pays limitrophes, ce qui permettrait de pouvoir visiter ces pays avec un seul visa temporaire.
Alors que le Visa Schengen regroupe 29 pays et concerne 420 millions d’européens qui sont libres de passer dans ces 29 pays sans aucune restriction douanière, ni vérification de passeport, je doute que le Myanmar, la Malaisie, le Cambodge, le Vietnam et le Laos ouvrent leurs frontières et suppriment les contrôles douaniers.
Il y aura donc toujours les contrôles aux frontières de chaque État, simplement le visa émis en Thaïlande permettrait aussi de voyager temporairement dans les 5 autres pays sans autres formalités administratives ni dépenses supplémentaires d’octroi de visa.
Si cette facilité de séjour touristique élargi peut apporter des facilités de déplacements dans des pays touristiquement attractifs (excepté le Myanmar, étant donné la situation politique insurrectionnelle actuelle) et si elle ne consiste qu’à permettre aux touristes en Thaïlande d’avoir un accès temporaire et touristique dans ces autres pays sans autres frais (encore faut-il voir combien coûtera au départ ce visa « Asiagen ») tout en gardant les contrôles actuels aux frontières de chaque pays, cela ne devrait pas poser de problèmes insurmontables…
Mais arriver à une situation politique et économique de type Schengen avec la libre circulation des biens et des personnes entre 6 pays du Sud-est asiatique, c’est une autre histoire…
Entre la naissance de la CEE en 1957 et la constitution de l’espace Schengen actuel en 1995, il s’est passé 38 ans !
Alors, imaginer un accord des 6 gouvernements actuels, avec l’instabilité politique chronique de certains de ces États, la corruption généralisée d’autres, les conflits locaux ethniques et religieux à certaines frontières, dans un délai de 2 à 3 ans (à la fin de la législature thaïlandaise actuelle), tient plus d’un doux rêve éveillé et d’un bombement de torse de la part de la classe politique du pays que d’un réalisme et d’une volonté d’aboutir…
Mais bon, qui n’essaye rien, n’obtiendra jamais rien…
On verra à l’autopsie !!!
C’est très simple à mettre en place avec un eVisa centralisé.
Mais après…
Comme la Thaïlande veut augmenter de 35 à 80 millions le nombre de touristes, est-ce 45 millions de touristes riches ?
Où sont-ils aujourd’hui ces riches ?
Déjà dans des destinations idylliques probablement.
La Thaïlande est-elle plus accueillante avec son surtourisme actuel à 35 millions de visiteurs ?
On enfume beaucoup avec des propositions vides, les 45 millions de touristes supplémentaires seront des pauvres attirés par des séjours cheap sans moyen financier pour faire un saut dans un pays limitrophe.
Des capacités aériennes sont-elles disponibles pour cela ?
Les investissements sont colossaux pour passer de 35 à 80 millions de visiteurs…
Doubler le nombre d’hôtels, en les passant tous en 4 étoiles minimum.
Les 45 millions de riches cherchent un confort minimum.
Il faut un Vrai effet waouh pour les fidéliser !
Il suffit peut-être de dire qu’un riche est une personne capable de dépenser 500 $ par semaine… Et tout se réalisera…